72 jours d'absence, des images de 2025 pour preuve de vie, et une facture de 4 milliards FCFA à l'hôtel Intercontinental

Paul Iya E Fauteuil Roulat Image illustrative

Tue, 18 Aug 2026 Source: www.camerounweb.com

Soixante-douze jours d'absence, des images de 2025 pour preuve de vie, et une facture de 4 milliards FCFA à l'hôtel Intercontinental. C'est le constat sans appel de MMI News, qui dénonce un schéma désormais bien rodé : chaque fois que la demande de preuve de vie s'intensifie, du contenu apparaît ; chaque fois que ce contenu est examiné, il s'avère antérieur à la question à laquelle il prétend répondre. Les images du président serrant des mains dans un aéroport, présentées comme la preuve de son retour, datent en réalité d'octobre 2025. Pendant ce temps, le porte-parole du gouvernement annonçait il y a seize jours un retour « très bientôt », sans que rien ne se soit concrétisé. L'estimation des frais d'hébergement de la délégation à l'InterContinental Genève s'élève entre 3,46 et 4,15 milliards de francs CFA, soit l'équivalent de 69 centres de santé intégrés ou 345 salles de classe. La question s'impose : si une image actuelle pouvait être produite, pourquoi ne l'a-t-elle pas été ?



Soixante-douze jours après le début de l’absence de Paul Biya, l’évolution la plus révélatrice n’est pas le silence venant de Genève. C’est l’effort croissant déployé pour le combler.

D’abord sont apparues des vidéos et des photographies présentées comme des preuves que le président était vivant et travaillait en Suisse. Elles ont été démenties après avoir été identifiées comme des contenus plus anciens. Depuis le 17 août, une nouvelle série circule : des images montrant le président serrant des mains dans un aéroport, présentées comme la preuve que le chef de l’État, âgé de 93 ans, est rentré.

Ces images datent de 2025. L’examen effectué par MMI News montre qu’elles correspondent aux photographies prises à l’aéroport le 7 octobre 2025, lorsque Biya et son épouse Chantal avaient quitté Yaoundé pour Maroua dans le cadre de ce qu’ils avaient présenté comme une campagne présidentielle.

Il faut nommer précisément ce schéma, car c’est là que se trouve l’histoire. Chaque fois que la demande de preuve de vie s’intensifie, du contenu apparaît ; chaque fois que ce contenu est examiné, il s’avère antérieur à la question à laquelle il prétend répondre. Faire circuler la photographie d’un homme quittant Yaoundé comme preuve qu’il est revenu ne constitue pas une assurance. C’est la même absence, photographiée plus tôt.

Cela va bien au-delà d’une simple analyse d’images. Il y a seize jours, le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, déclarait lui-même à RFI que le président était « vivant », qu’il n’y avait « pas de vacance du pouvoir » et que son retour interviendrait « très bientôt ». Seize jours après cette assurance, le retour n’a toujours pas eu lieu et les seules nouvelles « preuves » proposées au public sont rétrospectives. Une photographie actuelle, dont la date pourrait être vérifiée de manière indépendante, ou une courte vidéo suffirait à répondre à une grande partie des spéculations. Aucune n’a été publiée. La question qui s’impose est donc inévitable : si une image actuelle pouvait être produite, pourquoi ne l’a-t-elle pas été ?

Pendant ce temps, les Camerounais sont invités à croire sur parole à la continuité des institutions. La Présidence continue de publier des décrets au nom du président. Le poste de vice-président créé en avril reste vacant, et un constitutionnaliste a désormais officiellement demandé au Conseil constitutionnel de préciser qui peut même le saisir d’une éventuelle vacance du pouvoir si ce poste demeure inoccupé. Aucun Conseil des ministres n’a été convoqué depuis janvier 2019.

Les coûts continuent de s’accumuler parallèlement à l’incertitude. Au 72e jour, l’estimation actualisée par MMI News des frais d’hébergement de la délégation à l’InterContinental Genève — méthodologie complète et relevés tarifaires publiés les 8 et 27 juillet — s’élève entre 4 522 752 et 5 418 864 livres sterling, soit entre 3,46 et 4,15 milliards de francs CFA, uniquement pour les chambres, sans compter les vols, les repas, les véhicules ou la sécurité. La fourchette haute dépasse désormais quatre milliards de francs CFA. Selon les propres prix d’appel d’offres de l’État, l’estimation la plus prudente équivaut à 69 centres de santé intégrés, 345 salles de classe, ou à une année de salaire minimum pour 4 805 travailleurs camerounais.

Depuis le 8 juillet, la Présidence, l’InterContinental Genève et IHG disposent de nos chiffres ainsi que de notre invitation à les corriger en fournissant la facture réelle et la liste de la délégation. Aucun n’a répondu. Au regard des éléments de la semaine écoulée, la réponse privilégiée de l’État aux questions sur le président reste une photographie prise avant son départ.

Source: www.camerounweb.com