Affaire Joyce Nawal : La responsabilité d’Issa Tchiroma engagée

Joyce Nawal TCHIROMA Ce que cette affaire révèle sur la classe politique camerounaise dans son ensemble dépasse Tchiroma

Fri, 29 May 2026 Source: www.camerounweb.com

La réaction d’Issa Tchiroma Bakary dans l’affaire Joyce Nawal, une fillette victime présumée de violences dans le cadre de l’affaire liée à l’Olympic Glory School, est fortement critiquée par certains Camerounais. Le principal reproche porte sur le fait que Tchiroma a longtemps appartenu au système politique qu’il critique aujourd’hui, ayant occupé des fonctions importantes sous le régime d’Paul Biya. Il aurait dû reconnaître cette responsabilité passée au lieu de se présenter comme totalement extérieur au problème.

JOYCE NAWAL ET TCHIROMA : LA LEÇON DE DÉCENCE QUE LA POLITIQUE CAMEROUNAISE N'A PAS ENCORE APPRISE

Il y a des moments où la seule posture digne est de s'effacer. De mettre son nom, son titre, ses ambitions entre parenthèses, et de n'être plus qu'un être humain face à la douleur d'un autre être humain. L'affaire Joyce Nawal était un de ces moments. Issa Tchiroma Bakary n'a pas su le reconnaître.

Son communiqué, publié dans les heures qui ont suivi l'explosion de l'affaire Olympic Glory School, commence pourtant bien. La consternation est dite, la colère est exprimée, la répression des femmes venues manifester devant l'école est dénoncée avec des mots justes.

Sur ce point précis, la critique est légitime et mérite d'être entendue : quand des mères se mobilisent pacifiquement pour réclamer justice pour une enfant de 3 ans et que la réponse de l'État est le bâton, il y a une inversion scandaleuse des priorités. Tchiroma a raison de le nommer. Jusqu'ici, l'exercice est humain. Jusqu'ici, il est acceptable.

C'est l'en-tête qui rompt tout. "Présidence Élue de la République du Cameroun." Ces quatre mots, placés au sommet d'un communiqué traitant du viol présumé d'un nourrisson, disent tout ce qu'il faut savoir sur ce qui s'est passé dans la tête de ses rédacteurs.

La petite Joyce Nawal devient, structurellement, le support d'une revendication de légitimité post-électorale. Le drame d'une famille camerounaise terrassée devient la tribune d'un homme politique en exil qui cherche à exister dans l'espace public. Ce n'est pas une lecture malveillante du texte. C'est ce que le texte dit, objectivement, par sa mise en forme même, avant même qu'on en lise le premier mot.

La suite confirme le diagnostic. "Sous mon magistère, une véritable politique de protection de l'enfance sera mise en place." Cette phrase est la phrase de trop. Face à une enfant dont le traumatisme est réel, immédiat, aujourd'hui, la réponse apportée est un programme de gouvernement pour un avenir hypothétique.

Ce que la famille de Joyce Nawal attend ce matin, ce n'est pas une promesse électorale. C'est un avocat. C'est une prise en charge psychologique. C'est un accompagnement médical concret. Ce sont des réseaux militants encore présents sur le terrain camerounais qui se mobilisent, pas un communiqué rédigé depuis l'étranger avec un logo de présidence autoproclamée.

La distance géographique n'est pas un obstacle à la compassion, mais elle devrait être un obstacle à la posture présidentielle quand l'urgence réclame de l'action et non de la rhétorique.

Il y a aussi une contradiction que personne ne peut ignorer. Issa Tchiroma Bakary a été une pièce majeure du système qu'il dénonce aujourd'hui comme un "vide abyssal". Il a exercé des responsabilités gouvernementales pendant des années sous le régime de Paul Biya. Les failles de la protection de l'enfance au Cameroun, les insuffisances du cadre légal, les lacunes de l'inspection scolaire, il les a côtoyées de l'intérieur.

Ce n'est pas interdit de changer de camp, ni d'évoluer dans ses convictions. Mais quand on choisit un drame aussi grave pour instruire le procès d'un système dont on fut partie prenante, la moindre des honnêtetés intellectuelles est de le reconnaître. Ce communiqué ne le fait pas. Il fait comme si Tchiroma arrivait de nulle part, vierge de toute responsabilité passée, pour juger un désastre auquel il fut, à un moment de son parcours, associé.

Ce que cette affaire révèle sur la classe politique camerounaise dans son ensemble dépasse Tchiroma. C'est un réflexe systémique. Dès qu'une émotion populaire sature l'espace public, le premier mouvement de la politique est de s'y greffer, d'en capter l'énergie, de transformer la douleur collective en carburant médiatique.

Les victimes deviennent des arguments. Les drames deviennent des tribunes. Et la politique continue de tourner en rond, indifférente à sa propre indécence. Compatir est un devoir humain élémentaire. Faire d'un nourrisson violé une arme de communication politique, c'est une faute morale, quelle que soit la sincérité des mots qui l'habillent.

Tchiroma aurait pu écrire cinq lignes. Cinq lignes sobres, sans logo, sans titre autoproclamé, sans promesse de gouvernance future. Cinq lignes disant simplement : je suis effondré, je me tiens aux côtés de cette famille, voici ce que mes réseaux sur le terrain peuvent faire concrètement pour elle. Cinq lignes, et il aurait gagné en stature ce que ce communiqué de deux pages lui a fait perdre en crédibilité.

L'affaire Joyce Nawal mérite la justice. Elle mérite la mobilisation. Elle mérite que chaque Camerounais, qu'il soit simple citoyen ou prétendant à la magistrature suprême, mette son ego de côté et regarde en face ce que notre société doit changer. Elle ne mérite pas d'être le décor d'une campagne électorale.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com