Affaire Martinez Zogo : Les petits arrangements entre officiers au cœur des failles de l'enquête

Colonel Otoulou Le colonel Otoulou ne donne pas une image brillante de la gendarmerie

Wed, 2 Sep 2026 Source: www.camerounweb.com

Le Directeur de publication du journal Kalara, Christophe Bobiokono, critique vivement la conduite de l’enquête sur l’assassinat de Martinez Zogo, en particulier la gestion du téléphone du lieutenant-colonel Justin Danwé après son interpellation. Selon lui, le colonel Otoulou a justifié cet accès par des considérations d’« humanisme » et de solidarité entre camarades d’armes, au détriment de la sécurisation des éléments de preuve.

Le colonel Otoulou, commandant de la Légion de gendarmerie du Centre à l'époque des faits, a longtemps été cuisiné mardi dernier par le parquet sur la curieuse latitude laissée au LC Danwé après son interpellation, d'utiliser son téléphone à sa guise, alors même que ce dernier était déjà suspecté d'effacer des messages.

Comme explication à son laxisme étonnant pour un officier supérieur de son rang, qui s'est poursuivi de longs jours durant alors que le téléphone en question était prétendument saisi, M. Otoulou n'a pas trouvé mieux que d'expliquer que M. Danwé est un « camarade », qui a bien coopéré pour la manifestation de la vérité, qui comptait plusieurs de ses camarades de promotion parmi les enquêteurs, et qu'il n'y avait aucun mal qu'il puisse accéder à son téléphone pour être en contact avec sa famille. Il a dit avoir fait preuve d'humanisme à l'égard de son camarade d'armes.

Si je trouve compréhensible la solidarité de corps dont se prévaut le Commandant de Légion à l'égard du colonel Danwé, je le trouve personnellement léger comme Directeur d'enquête. Il a perdu de vue l'essentiel de sa mission d'enquêteur en sécurisant peu les appareils dont l'expertise pouvait davantage éclairer la lanterne de la Justice, comme ce téléphone.

Mon expérience d'ancien membre de la Commission des droits de l'homme et des libertés du Cameroun me permet d'affirmer que le Code de procédure pénale a prévu la possibilité pour un prévenu ou un gardé à vue d'avoir accès à sa famille, à son avocat, son médecin lorsqu'il est privé de liberté. Et le téléphone du service est bien indiqué pour cela. Est-ce franchement anodin de laisser à un suspect la possibilité de disposer de son téléphone déjà saisi ?

Je suis franchement abasourdi d'apprendre qu'un Directeur d'enquête, grade le plus élevé des Officiers de police judiciaire (OPJ), peut se montrer aussi laxiste dans le maniement des téléphones et autres appareils électroniques saisis dans une enquête sérieuse concernant l'enlèvement osé et la mort atroce d'un citoyen.

Et je trouve finalement folkloriques, toutes les mesures prises pour limiter les visites à un gardé à vue suspecté dans un crime aussi abominable, s'il peut communiquer à sa guise avec ses propres téléphones.

Je me demande même si l'ancien Commandant de la Légion du Centre a une personnalité double. Il est pour moi incompréhensible qu'on puisse laisser son téléphone à Justin Danwé dans les circonstances qu'il a décrites lui-même, en évoquant l'humanisme, mais qu'on fasse preuve de froideur noire devant un Anicet Ekane suffoquant à l'agonie, alors qu'on a à portée de main son extracteur d'oxygène. Je préfère croire que j'ai mal compris ce qui a été dit l'autre jour.

Mais, pour être vrai, je ne suis pas surpris par le laxisme de certains Officiers supérieurs de gendarmerie avec leur travail quand ils doivent protéger un camarade d'armes simplement suspecté d'avoir été impliqué d'une façon ou d'une autre dans une affaire pénale.

Onze mois après l'assassinat de Martinez Zogo, l'enquête concernant l'assassinat d'un de mes proches à Nkoabang a connu une fortune curieuse à la Légion du Centre. Je sais maintenant que les considérations de solidarité de corps entre camarades d'armes ont pris le pas sur l'essentiel.

Je suis désolé de le dire dans une grande déception après avoir écouté d'un bout à l'autre la première phase de l'audition du colonel Otoulou dans l'affaire Martinez Zogo : il ne donne pas une image brillante de la gendarmerie. L'humanisme à tête chercheuse qui relègue l'essentiel au second plan est une forme d'incompétence qu'on ignore. Et c'est très grave à certains niveaux de responsabilité.

Christophe Bobiokono

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