Elle ne peut pas être transformée en coupable par la seule circulation d’une accusation
La solidité des accusations portées contre Mélissa Amougou Belinga concernant la destruction d’un téléphone qui a contenu des vidéos liées à l’assassinat de Martinez Zogo est mise en doute. Selon les éléments rapportés des expertises présentées à l’audience, l’exploitation des téléphones de Jean-Pierre Amougou Belinga n’a pas révélé de contenu compromettant en lien avec le meurtre.
DES « OUÏ-DIRE » DU LIEUTENANT- COLONEL BIALO À LA CABALE CYBERNÉTIQUE CONTRE MÉLISSA AMOUGOU BELINGA : LES INCOHÉRENCES DU RÉCIT D'UN TÉMOIN IMPROVISÉ QUI RÉSISTE MAL À L’ÉPREUVE DES FAITS
La déposition du lieutenant-colonel Bialo sur la prétendue destruction d’un téléphone contenant des vidéos liées à l’affaire Martinez Zogo soulève de sérieuses interrogations. Entre une accusation relayée dans l’opinion et la reconnaissance, à la barre, du caractère indirect de l’information, le dossier appelle une lecture rigoureuse, loin des amalgames et des conclusions précipitées.
Comment comprendre qu’une accusation aussi grave puisse être relayée avec autant de certitude, alors que son propre fondement est ensuite présenté comme relevant du « ouï-dire » ? C’est pourtant la question que soulève la déposition du lieutenant-colonel Dieudonné Bialo au Tribunal militaire de Yaoundé. Selon les propos rapportés des débats, le témoin a évoqué la destruction, par Mélissa Amougou Belinga, d’un téléphone utilisé par son époux, Jean-Pierre Amougou Belinga, et qui aurait contenu des vidéos de torture et d’assassinat de Martinez Zogo. Mais interrogé par Me Mbuny, avocat du colonel Danwe, sur l’origine de cette information, l’officier reconnaît qu’il s’agit de « ouï-dire ». Voilà donc une accusation qui circule, mais dont le témoin ne revendique pas la constatation directe. Comment peut-on alors transformer une information rapportée en certitude publique, puis en accusation personnelle contre une femme dont la responsabilité dans cette destruction reste à démontrer ?
Plus encore, cette affaire met en lumière un procédé qui mérite d’être interrogé : celui qui consiste à faire peser sur une personne la charge d’un récit sans établir, au préalable, la réalité de ses éléments matériels. Où est ce téléphone ? A-t-il été identifié ? A-t-il été saisi ? Son contenu a-t-il été authentifié ? Les experts ont-ils établi qu’il contenait effectivement les vidéos évoquées ? Et surtout, quels éléments permettent d’affirmer que Mélissa Amougou Belinga l’a détruit ? Ces questions ne sont pas secondaires. Elles constituent le cœur même de la démonstration. D’autant que les dépositions des experts Bell Bidjoka et Jean-Pierre Oloumou, telles qu’elles ont été rapportées, indiquent que l’exploitation des téléphones utilisés par Jean-Pierre Amougou Belinga n’a révélé aucun élément compromettant permettant de le relier à l’assassinat de Martinez Zogo, et qu’aucune conversation entre lui et Justin Danwe en rapport avec Martinez Zogo n’a été retrouvée. Dès lors, comment une accusation visant son épouse peut-elle être présentée comme une évidence lorsque les éléments techniques évoqués à l’audience ne viennent pas l’étayer ?
Au fond, la question de Mélissa Amougou Belinga dépasse la seule polémique du moment. Elle renvoie à une exigence élémentaire : une personne ne peut être rendue responsable d’un fait aussi grave sur la base d’une information indirecte, d’un téléphone dont l’existence et le contenu doivent encore être établis, ou d’un récit amplifié par les réseaux sociaux. La justice doit pouvoir distinguer ce qui a été vu, ce qui a été entendu, ce qui a été expertisé et ce qui est simplement déduit. Mélissa Amougou Belinga ne peut pas être transformée en coupable par la seule circulation d’une accusation ; sa responsabilité doit être démontrée par des éléments précis, vérifiables et contradictoirement examinés. C’est cette exigence de rigueur qui doit prévaloir dans l’affaire Martinez Zogo, afin que le débat judiciaire ne soit pas remplacé par des récits dont la solidité ne résiste pas toujours à l’épreuve des faits.
Mefou et Afamba digital TV