Les deux clans ont participé à ce crime odieux
Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait est accusé de chercher à disculper Jean-Pierre Amougou Belinga dans l’assassinat de Martinez Zogo, en mettant principalement en cause le camp de Martin Savom. Le lanceur d’alerte Paul Chouta estime que le témoignage d’Ayissi Nanga devant le tribunal militaire relève davantage d’une stratégie de repositionnement politique que d’une volonté de faire éclater la vérité.
Le passage du Lieutenant-Colonel Ayissi Nanga Parfait devant le tribunal militaire de Yaoundé, en qualité de témoin dans l’affaire Martinez Zogo, a levé le voile pour tout observateur averti. Bien qu’il fait semblant d’être malin, le constat est clair: Cet homme ne milite pas pour la manifestation totale de la vérité. Il milite pour blanchir Amougou Belinga, en ne livrant qu’un seul des deux clans impliqués dans cette affaire : celui auquel appartient Martin Savom.
Je l’ai répété dans diverses sorties sur cette plateforme : Martinez Zogo a été tué par les deux clans, Bulu et Nanga, qui se livrent une guerre sans merci pour le pouvoir. L’évolution du procès le démontre explicitement. Amougou Belinga a passé la commande de l’enlèvement et la torture de Martinez Zogo et Savom a infiltré cette commande pour finir avec la victime. Seuls les myopes refusent de le voir.
Ayissi Nanga, tout comme son complice Effoudou, fait semblant de servir la justice. En réalité, tous deux sont en mission : dédouaner Amougou Belinga, le trésorier du clan Bulu.
À la barre, Ayissi Nanga s’est carrément substitué au juge pour tenter de disculper le "Zomloa des Crimes". Ce n’est pas le rôle d’un témoin. Et face aux interpellations des avocats, il n’a rien fourni de probant. Au contraire, il est passé des preuves qu’il prétendait avoir aux suppositions et opinions.
Tenons-nous-en à ses propres déclarations devant le tribunal militaire. C’est Ayissi Nanga lui-même qui a réclamé, avec insistance, l’arrestation d’Amougou Belinga, face aux indices qui l’accablaient. Comment peut-il aujourd’hui dénoncer un « acharnement politique », alors qu’il a été le premier à exiger les menottes pour le Zomloa ?
On ne peut pas être l’instigateur d’une arrestation et crier au complot. C’est un contresens total.
En réalité, Ayissi Nanga a fait volte-face. Au départ, il collaborait avec le clan Nanga. C’est ce clan qui lui a permis de d’occuper rapidement des postes de responsabilité, notamment au port de Douala où trône le tout puissant Cyrus Ngo’o, ami intime et confident de Ferdinand Ngoh Ngoh. Le patron du Sed, Galax Etoga avait enlevé Ayissi Nanga de la brousse à Boutouri pour le port et du port pour le groupement à Yaoundé jusqu’à ce qu’ils se déchirent. Les mauvaises langues -espérant qu’elle soit vraiment mauvaises- prétendent qu’ils avaient des rapports on ne peut plus intimes. Cette proximité l’a enrichi : il s’est offert une somptueuse et splendide villa au quartier Golf à Yaoundé, où le mètre carré atteint des sommets que même les ministres et les hommes d’affaires peinent à se payer. Son parking regorge une dizaine de voitures de luxe. Cette fortune, il la doit à sa loyauté envers le clan Nanga.
Puis vint la brouille. Le clan Nanga a découvert qu’il vendait des informations sensibles au clan d’en face, le clan Bulu. Il est même allé jusqu’à prendre plusieurs millions de francs CFA à Sylvain Mvondo dans le cadre des enquêtes de la ligne 94. Dès cette découverte, il a été mis à l’écart, et le clan Nanga l’a durement sanctionné. Sa carrière en a pris un coup.
Pour se venger, il a basculé tout entier au service du clan Bulu. La vérité n’est pas son objectif. Il ne cherche que son positionnement et sa survie.
Ayissi Nanga a fait partie de l’enquête mixte dès le début avant d’être écarté. Il avait même été convoqué par le juge Sikati. Il se montre aujourd’hui prompt à saisir le ministre de la Défense pour dire que sa vie est menacée. Pourquoi, en plus de trois ans, n’a-t-il jamais fait les révélations qu’il fait aujourd’hui ? Il en avait largement le temps et des occasions se sont présentées même devant le juge Sikati qui avait la charge de ce dossier. Il a fallu que l’agent de renseignement Alain Ekassi prenne personnellement l’initiative en allant dénoncer Martin Savom au tribunal militaire pour qu’on mette main sur lui. Pendant ce temps Ayissi Nanga qui est ami à Savom depuis 2013 comme lui-même le reconnaît dans l’extrait audio que nous avons récemment publié était muet comme une carpe.
Ses conversations privées avec Martin Savom, que j’ai rendues publiques, le montrent : il espérait revenir dans les bonnes grâces du camp Nanga. Sa posture avant de témoigner, son irruption au tribunal militaire relevait du chantage, un appel du pied au clan Nanga pour qu’il fasse un geste, faute de quoi il les éclabousserait. Il a préparé l’opinion publique en arguant que sa vie était en danger pour susciter l’émoi et la compassion.
Des informations qui nous parviennent attestent que Ayissi Nanga a été acheté par Amougou Belinga. La deuxième femme de ce dernier aurait acheminé une forte somme de 200 millions à Ayissi Nanga le 17 septembre dernier dans sa résidence à Ebolowa en passant par Fouda Abega, l’homme de main du patron de Vision4. Il attend à présent la libération d’Amougou Belinga pour percevoir le reste. Ils travaillent méthodiquement pour la libération du Zomloa. Au sein de leur QG au rond-point Bastos ; ils élaborent leurs stratégies avec certains DP de journaux qui ne paraissent jamais et c’est à Martial Owona qu’incombe la mission de payer ces DP.
Revenons à l’affaire Martinez Zogo. L’enquête a clairement démontré qu’Amougou Belinga est mouillé dans l’affaire Martinez Zogo. Ses rencontres avec Justin Danwé, le chef du commando, ont été confirmées par sa secrétaire. Les images de vidéosurveillance de l’immeuble Ekang attestent notamment la venue de Danwé, porteur de la vidéo de la torture de Martinez Zogo. Quelques mois avant l’assassinat, Amougou Belinga avait déjà reçu Justin Danwé à son domicile et lui avait remis 2,5 millions de francs CFA, ce qu’il a lui-même reconnu en parlant d’un petit « dépannage ».
Si Amougou Belinga n’avait rien à se reprocher, pourquoi a-t-il dissimulé plusieurs téléphones et un disque dur, avec l’aide de son épouse Mélissa ? Parmi ces téléphones figurait celui sur lequel il avait reçu la vidéo de la torture. Même Maxime Eko Eko, patron de la DGRE aujourd’hui incarcéré dans cette affaire, avait mis les enquêteurs sur sa piste. Pire encore, Amougou Belinga a supervisé la création d’une Task Force, composée de Bruno Bidjang, Martin Désiré Brouta, Martial Owona, Ebode et d’autres, chargée d’infiltrer les enquêteurs pour le renseigner et lui permettre de faire disparaître les éléments compromettants.
Pourquoi Amougou Belinga a supprimé son compte Watsap, Télégram, ICloud et quelques jours avant son arrestation ? Pourquoi a-t-il supprimé certaines conversations avec Justin Danwe? Quel était le contenu des échanges entre lui et son cousin le faux Capitaine Arthur Essomba qui était la dernière personne à voir Martinez Zogo et a ensuite appelé Amougou Belinga avant de lui envoyer un message qu'il a supprimé après lecture ?
La vérité est comme la grossesse. Tu fais en cachette, mais tu montes tu descends le ventre va sortir.
Quiconque cherche à disculper l’un des deux clans dans l’assassinat de Martinez Zogo est un vendeur d’illusions. Les deux clans ont participé à ce crime odieux. C’est ça qui est la vérité immuable. Et tous méritent la peine capitale.
Paul Chouta