Affaire Martinez Zogo : Une lettre ouverte adressée au Capitaine Effoudou

Capitaine Awussi Effoudou En Exil 'Martinez Zogo a été sacrifié et broyé sur l'autel de deux clans cyniques'

Sat, 24 Oct 2026 Source: www.camerounweb.com

Dans une lettre ouverte adressée au capitaine Effoudou, le lanceur d’alerte Paul Chouta l’interpelle sur les preuves qu’il affirme détenir concernant l’assassinat de Martinez Zogo. Il lui reproche de multiplier les accusations sans présenter publiquement d’éléments tangibles et dénonce ce qu’il considère comme un traitement inégal des différents clans du pouvoir camerounais. Paul Chouta s’interroge également sur le silence du capitaine au sujet de Paul Biya et soupçonne ses prises de position de servir certains intérêts dans les rivalités politiques. Il l’exhorte à rendre ses preuves disponibles à la justice afin que la vérité sur cette affaire soit établie.

Lettre ouverte au Capitaine Effoudou

Capitaine,

L’heure n’est plus aux tergiversations. Je vais droit à l’essentiel.

Voilà des mois que vous martelez posséder des preuves irréfutables et décisives. Pourtant, pas l’ombre d’un commencement de preuve n’a franchi le seuil de votre bouche ou de votre fameux carnet. Comment peut-on être en possession de ce qui éclairerait la justice, apaiserait l’opinion et mettrait fin aux spéculations, et choisir de se muer en coffre-fort d'une vérité confisquée ? Comment pouvez-vous prétendre détenir les clés d’un drame qui déchire une nation entière, et choisir de vous murer dans un silence calculateur ? Qu’attendez-vous pour livrer ces éléments au grand jour et mettre un terme définitif à cette tragi-comédie ? Quel pacte, quelle peur ou quel calcul vous retient de tout déballer ?

En tant qu'ancien chef des renseignements à l'état-major de la Présidence de la République, vous devriez pourtant disposer de documents et de preuves tangibles. Pourquoi ne pas les brandir enfin pour étayer vos accusations ? Par exemple, vous affirmez sans détour que Me Félicité Esther Zeifman, l'avocate de la famille de Martinez Zogo, fréquenterait Ferdinand Ngoh Ngoh. Si vous l'affirmez, mettez donc ces preuves à la disposition du public pour étayer ce que vous avancez !

Le temps est un juge impitoyable, Capitaine. Et ce qu’il révèle aujourd'hui de vous est troublant : vous ne donnez plus l’image d’un chercheur de vérité. Vos dénonciations apparaissent au grand jour pour ce qu'elles sont : totalement disproportionnées. Vous chargez violemment un clan tout en égratignant à peine l'autre, alors même que vous soutenez que tous sont des bandits. Dans ce cas, pourquoi deux poids, deux mesures ? Il faut avoir le courage de charger tout le monde avec la même violence !

Lorsque l'on emprunte le chemin des dénonciations, il faut aller jusqu'au bout et faire preuve de courage. Or, nous constatons qu'au fil de vos prises de parole, vous épargnez curieusement Paul Biya — pourtant le principal responsable de tout ce système, qui, malgré la gravité des dénonciations, ne frappe toujours pas le poing sur la table. À moins que vous ne cherchiez à nous faire croire que Biya est bon et que seules ses créatures sont mauvaises ?

En tentant de dédouaner un clan plutôt qu'un autre, vous donnez l’effroyable impression d’être un instrument de diversion, voire une plume de loyauté au service du réseau d’Amougou Belinga que vous tentez maladroitement d’absoudre aux yeux des plus crédules. Or, l’opinion n’est pas dupe et la réalité des faits est aujourd'hui limpide : Martinez Zogo a été sacrifié et broyé sur l'autel de deux clans cyniques (le clan Bulu et le clan Nanga), engagés dans une lutte à mort pour la succession au sommet de l'État.

En gardant ces preuves par devers vous, ne vous rendez-vous pas sciemment complice du recel de la vérité et de l’obstruction à la justice ? Est-ce là l'idée que se fait un capitaine du devoir envers la patrie : faire du chantage à l'information sur le cadavre d'un compatriote supplicié ? Cherchez-vous à faire éclater la vérité, ou monnayez-vous votre silence dans l'ombre auprès des commanditaires ? Ces fameuses preuves existent-elles réellement, ou ne sont-elles que le bluff d'un homme en quête d'existence médiatique ? Si le sang d'un journaliste sert de monnaie d'échange dans la guerre des clans pour le pouvoir, dans quel camp comptez-vous encaisser vos dividendes ?

Comme le disent si bien les Allemands : votre rhétorique devient langweilig. Mais sachez qu'en matière de sang versé, la lassitude du public finit toujours par se transformer en fureur.

Paul Chouta

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