Les montants alloués au Budget d'investissement public (BIP) au Cameroun intéressent la Banque africaine de développement (BAD). Dans une récente sortie, l'institution panafricaine fait savoir que 50 % du volume des montants alloués au BIP va dans des projets immatures, fantômes, fictifs et inutiles, sans impacts sur l'économie et la qualité de vie des Camerounais.
Pour la seule année 2026, 50 % des 2031,15 milliards de francs CFA du BIP sont dilapidés, soit 1015,575 milliards de francs. Le plus grave étant que 44,3 % de ce BIP provient de l'endettement, le reste provenant de nos impôts.
D'après la BAD, tous les ans, des centaines de milliards sont dilapidés à travers des projets mal montés ou farfelus, alors que le Premier ministre avait pris un décret exigeant la mention « maturation » avant tout financement. D'après l'institution panafricaine, environ la moitié des ressources injectées dans l'investissement public au Cameroun ne se traduit pas par des infrastructures réellement fonctionnelles, un constat qui fragilise les ambitions de développement portées par la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
Les données disponibles corroborent ce diagnostic sévère. Le taux d'exécution physique des projets d'investissement public plafonnait à environ 44 % au troisième trimestre 2024, révélant une sous-consommation chronique des crédits pourtant votés. Une étude de la Banque mondiale sur le sujet pointait déjà un système de gestion des investissements marqué par des coûts anormalement élevés et des retards considérables.
Sur un échantillon de cinq grands projets, les délais d'exécution initialement prévus entre trois et quatre ans se sont étirés jusqu'à sept, voire dix ans, pour des coûts finaux de deux à six fois supérieurs à ceux observés dans des pays comparables. Le circuit de la dépense publique n'arrange rien à l'affaire. Le traitement des dossiers dans la chaîne de passation des marchés publics dure en moyenne 11,3 mois, contre une norme internationale de trois mois.