'Aucune peine de prison ne pourra apaiser la douleur de sa veuve'
L’opinion publique camerounaise dénonce l’utilisation présumée de moyens et de responsables de l’État dans l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Selon notre consœur Angie Forbin, ce crime illustre une grave dérive du pouvoir, où des agents chargés de la sécurité nationale auraient été mobilisés pour éliminer un citoyen critique. Elle estime qu’aucune condamnation ne réparera la souffrance de la famille, mais appelle à une justice exemplaire afin d’empêcher que de tels abus se reproduisent.
Au cœur du procès sur l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, une vérité nue, brutale, devrait glacer tous les défenseurs des droits humains : l’appareil d’État, ses moyens, ses hommes, ses budgets, ont été mobilisés pour humilier, torturer et réduire au silence un citoyen désarmé. On a vu se déployer tout un département du renseignement, avec son directeur des opérations, Justin Danwe, troisième figure de cette institution, pour exécuter un simple civil, coupable d’avoir contrarié un puissant.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’à peine deux ou trois millions de francs suffisent pour transformer un colonel un haut responsable d’un pilier de la sécurité nationale en coursier macabre au service d’un oligarque enraciné dans le régime Biya.
Martinez avait un micro, une voix forte, parfois abrasive, peut-être même imprudente. Mais le Cameroun possède des lois pour encadrer ces dérives. Aucune d’entre elles ne prévoit la mort comme sanction.
Et, en vérité, Martinez n’était qu’un enfant de chœur face aux concasseurs de milliards, ceux qui broient la fortune publique, écrasent la population, manipulent les élections et violent sans vergogne les droits fondamentaux.
Aucune peine de prison ne pourra apaiser la douleur de sa veuve, ni combler le vide laissé dans la vie de ses enfants.
Mais justice doit être faite. Non seulement pour avoir tué un homme, mais pour avoir fait de lui le théâtre d’une cruauté méthodique, un rituel d’humiliation sans limite.
Il faudra tout mettre en œuvre pour qu’aucune branche de la sécurité nationale n’ose plus jamais s’arroger un tel droit de mort.
Angie Forbin