À la veille de la 54ᵉ Fête nationale de l’Unité, un document confidentiel du ministère de la Défense, en date du 6 mai 2026, ordonne le retrait des « ensembles mobiles » des armes des militaires, gendarmes et policiers qui défileront devant le président. Une mesure sécuritaire exceptionnelle qui intervient alors que Paul Biya, habituellement discret, a publié un message de vœux sur les réseaux sociaux.
À moins de 24 heures du grand défilé civil et militaire du 20 mai sur le boulevard du 20 mai à Yaoundé, une consigne inédite a été transmise aux forces de défense camerounaises. Selon un message-porte confidentiel du ministère de la Défense (n° 63347 /MP/MINDEF/01), signé du ministre Joseph Beti Assomo, tous les personnels défilants doivent retirer l’« ensemble mobile » de leurs armes – c’est-à-dire la culasse, la pièce de manœuvre, le piston et le percuteur.
Sans ces éléments, une arme à feu ne peut ni tirer, ni se charger. « Une arme devient un simple jouet », commentent des spécialistes de sécurité consultés.
Pourquoi cette mesure exceptionnelle ?
Le document, daté du 6 mai 2026 et classé « confidentiel », liste une vingtaine de destinataires, du chef d’état-major de l’armée (CEMA) aux commandants de groupements, en passant par la gendarmerie nationale (CGN), le commandement de la Garde présidentielle (CACVG), la DGSN, et même l’administration pénitentiaire.
Primo : retirer les ensembles mobiles des armes des personnels défilant sur le boulevard du 20 mai ;
Secundo : les personnels non défilants doivent rester dans leurs casernes ;
Tertio : tous les gardes du corps (GDC) et portes-fanions doivent éviter d’être porteurs d’arme sur la place des cérémonies.
Cette directive ultra-sécuritaire, transmise sous le sceau de l’urgence (UHS), est perçue par plusieurs observateurs comme une réponse à une menace d’attentat ou d’action hostile contre le chef de l’État lors du défilé.
Presque au même moment, le président Paul Biya a publié un tweet depuis son compte officiel (@PR_Paul_BIYA) :
« Bonne Fête Nationale à tous les Camerounais ! Happy National Day to all Cameroonians ! #PaulBiya #20Mai2026 #NationalDay2026 #Cameroon #Cameroun »
Un message sobre, sans aucune mention de la crise anglophone ni des tensions sécuritaires. Mais il met fin à plusieurs jours d’absence sur les réseaux, alors que circulaient des rumeurs sur un possible remaniement ou une nomination de vice-président.
Pour de nombreux Camerounais, la conjonction de ces deux faits – armes neutralisées + message présidentiel soudain – est troublante. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #PaulBiya a été rapidement associé à l’idée d’une « peur d’assassinat ». Les critiques rappellent que depuis le début de la crise anglophone (2016), plusieurs tentatives d’attaques contre des symboles de l’État ont eu lieu, et que les services de renseignement avaient déjà déjoué des projets visant la sécurité présidentielle.
Le ministère de la Défense n’a pas officiellement commenté la raison exacte de cette directive. Mais aucun défilé du 20 mai, sous les mandats de Paul Biya, n’avait donné lieu à une telle neutralisation des armes des troupes défilantes.
Un défilé sous haute tension
La mesure intervient dans un contexte particulier. La veille, plusieurs médias, dont Jeune Afrique, révélaient que les groupes séparatistes des régions anglophones avaient décrété trois jours de « ville morte » à Bamenda et Buea, et qu’une attaque à Muyuka avait coûté la vie à quatre soldats. Face à cette menace diffuse, l’état-major semble avoir choisi la stratégie du risque zéro : aucun coup de feu ne pourra partir accidentellement – ou volontairement – des fusils des défilants.
Rendez-vous demain matin sur le boulevard du 20 mai à Yaoundé. Les forces défilantes présenteront les armes… mais des armes vidées de leur mécanisme de tir. Paul Biya, lui, regardera le défilé depuis la tribune officielle, entouré d’un dispositif sécuritaire encore renforcé.
Un symbole fort, volontaire ou non : celui d’une fête de l’Unité célébrée sous le signe de la méfiance et de la défiance.