37 milliards de francs CFA évaporés des caisses de l'État. C'est le montant vertigineux qu'Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil, aurait détourné avec la complicité de son prête-nom Bony Dashaco, selon cette enquête. Le mécanisme est rodé : sous couvert de financer la campagne présidentielle, Baboke externalise la communication présidentielle au profit de Full Circle Advertising, l'agence de Dashaco. L'argent public s'évapore, tandis que Dashaco lance son propre empire médiatique – Dash TV, Dash Radio, Dash Afrique Magazine – une formidable machine à laver l'argent sale. Récompense de sa loyauté, Dashaco décroche des marchés publics liés au Covid-19 et est nommé membre du comité de suivi du Grand Dialogue National. Sa chaîne retransmet en direct et en intégralité la soutenance de thèse d'Indira Baboke, alias « Croqueuse d'or », qui décroche une mention « Spéciale » inventée pour l'occasion. Sans emploi connu, la jeune femme ouvre une station-service à Yaoundé. L'impunité du clan frôle le ridicule. Et chaque fois que le scandale menace, la machine médiatique de Dashaco se met en branle pour laver l'honneur de son parrain. Jusqu'à quand ?
Babokegate : Comment Oswald Baboke a détourné 37 milliards avec la complicité de Bony Dashaco
Si le pilleur de la République Oswald Baboke siphonne si facilement les caisses de l’État et les ressources minières du pays, c'est grâce à une armée de l'ombre : ses prête-noms. Ces hommes de paille acceptent de figurer officiellement sur les contrats, d’acheter des biens ou de créer des entreprises pour le compte exclusif de Baboke. Ce système hautement opaque, scellé par des conventions secrètes — les fameuses "contre-lettres" —, permet au commanditaire de rester invisible et d'échapper aux radars de la justice. Parmi la dizaine de complices qui gravitent autour de ce délinquant à col blanc, un nom sort du lot : Bony Dashaco.
Le faux magnat des médias et le blanchisseur en chef
Bony Dashaco de son vrai nom Boniface Abayo Dashaco est né le 1er décembre 1976 à Buéa. En réalité, Dashaco est le maillon fort du système de prévarication d'Oswald Baboke. Pour blanchir l’argent sale de son parrain, il a bâti un empire médiatique sur mesure : les groupes Full Circle Advertising et l'ACMAR (African Center for Marketing, Advertising and Research), qui chapeautent Dash TV, Dash Radio, et Dash Afrique Magazine, recemment crée. Une formidable machine à laver l'argent public pour faciliter et masquer leurs forfaits.
Le casse du siècle : 37 milliards de fcfa évaporés
Le cœur du scandale bat au rythme des scrutins présidentiels de 2018 et 2025. Sous sa casquette de Directeur Adjoint du Cabinet Civil de la Présidence de la République, Oswald Baboke réussit un tour de force : détourner 37 milliards de francs CFA issus des caisses de la fameuse « Ligne 94 », sous prétexte de financer la campagne de Paul Biya.
Pour orchestrer ce braquage institutionnel, Baboke externalise la communication présidentielle au profit de l'agence Full Circle Advertising de son complice Dashaco. Censée concevoir des spots publicitaires, des affiches électorales et des campagnes d'envergure, l'agence brille surtout par son opportunisme : elle en profite pour lancer sa propre chaîne de télévision en s'accaparant de fausses affiches publicitaires dans les plus grandes métropoles du pays.
Récompenses, Covid et allégeance politique
En affaires, l'ascenseur se renvoie toujours. Pour récompenser son fidèle complice, Baboke manœuvre en coulisses. Dashaco décroche ainsi de juteux marchés publics liés à la gestion du Covid-19 et s'offre même le luxe d'être nommé membre du comité de suivi du Grand Dialogue National pour la crise anglophone.
L'allégeance est totale. Le 1er octobre 2025, dans les colonnes du journal The Guardian Post, Bony Dashaco enfonce le clou :
« J’ai décidé de donner mon soutien total et indéfectible à la candidature de Son Excellence Paul Biya. »
Une déclaration d'amour politique qui sert surtout de bouclier. En parallèle, l'empire médiatique lancé en 2021 (Dash TV, Dash Info, Dash Sports) tourne à plein régime pour diffuser un narratif ultra-favorable au régime et redorer le blason d'un Oswald Baboke de plus en plus contesté et qui a des ambitions politiques.
De la mention "Spéciale" aux stations-service : l'insolente réussite de la "Croqueuse d'or"
L'impunité de ce clan frôle parfois le ridicule. C'est ce même Bony Dashaco qui, via Dash TV, a retransmis en direct et en intégralité la soutenance de thèse d’Indira Tamboulo Baboke, alias "Croqueuse d’or". À cette occasion, le jury lui décerne une mention qui n’existe dans aucune charte académique au monde : la mention "Spéciale". Une invention purement camerounaise pour une étudiante dont le parcours interroge, elle qui avait déjà obtenu son GCE de manière tout aussi "spéciale" après avoir pourtant été déclarée recalée dans un premier temps.
Dans la vie de la "Croqueuse d'or", tout est décidément magique. Sans emploi connu ni revenus déclarés, la jeune femme vient d'ouvrir en toute décontraction une station-service flambant neuve, baptisée Tam Énergies -Tam étant le diminutif de son nom TAMBOULO, au quartier Bata-Nlongkak à Yaoundé.
L'opération sauvetage
Récemment, alors que la famille Baboke se retrouve ciblée par un énorme scandale de pillage d'or transfrontalier, l'appareil de propagande s'est immédiatement mis en branle. Sans surprise, Bony Dashaco a créé dans l'urgence un magazine imprimé (Dasha Afrique Magazine) et multiplié les émissions spéciales sur Dash TV pour laver l'honneur de son parrain.
Jusqu'à quand ce jeu de dupes pourra-t-il durer sous les yeux d'un peuple camerounais spectateur de son propre dépouillement ?
Paul Chouta