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Barreau du Cameroun : les défis et chantiers qui attendent Mbah Eric Mbah

Avocats Detenus Anglophones Justice Camerounweb "La charge est lourde"

Wed, 22 Jun 2022 Source: Nouvelle Expression du 22-06-2022

Questions sur les lendemains d:une institution qui a connu une période de déchirements, le temps d!une élection.

«Ayons à l’esprit qu’un nouveau jour s’est levé, une nouvelle ère a commence . pour l’histoire au Barreau camerounais». Mbah Eric Mbah. le nouveau bâtonnier de l’Ordre des avocats du Cameroun, peut à juste titre penser ceci. Lui qui a bousculé les lignes pour accéder au perchoir du Barreau du Cameroun.

Anglophone de son état. «On ne le dit pas toujours mais son élection est à saluer car il ne fallait pas que le président de l’Assemblée générale et le bâtonnier soient tous Francophones, dans le contexte de crise sécessionniste qui sévit dans les régions d’expression anglaise», se réjouit une avocate, militante du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), le parti au pouvoir.

L’homme aura également bravé l’obstacle de l’âge que semblaient brandir certains de ses adversaires qui souhaitaient le voir rallier la candidature d’un aîné. « C’est une question de compétence et non d’âge», a aussitôt réagi un partisan de Mbah. Malgré sa popularité observable par l’applaudimètre depuis la campagne même pour le Conseil de l’ordre, a dû chercher au loin son électorat. «Il a parcouru le territoire; à Douala nous l’avons reçu, et on s’est senti intéressés par sa candidature», témoigne Me Chiemo Samuel.

Mais c’est une révolution réussie finalement par celui qui s’est sentie frustré par les organisateurs, durant la dernière campagne électorale, interpellant le service d’ordre lorsqu’il constatait que le temps des autres, s’allongeaient sans que les gardiens du chronomètre ne daignent réagir. Puis Me Tarn Bateky s’alliera à Me Memong Philippe. Les deux Francophones en lice faisaient ainsi front commun, contre les trois Anglophones. C’est sur ces entrefaites qu’une bonne

partie des avocats anglophones a laissé éclater sa bile, revendiquant le bâtonnat. «It’s our time!», lançaient-ils, en quittant la salle. La question de l’alternance qui s’est posée au départ et qui semblaient enterrée, ressurgissait alors. «Il existe une loi non écrite qui prévoit l’alternance entre bâtonniers Francophones et Anglophones, et qui a toujours été respectée. Maintenant, après deux bâtonniers francophones, ils ne veulent pas céder le poste aux Anglophones», braillait un jeune avocat anglophone.

Mais finalement, «ce sont surtout les avocats Francophones qui ont donné la victoire à Me Mbah», confie un avocat de Douala. «En raison de la polémique qui n’avait plus sa place, beaucoup d’Anglophones sont rentrés», regrette Me Jean Marie Nnomo. Pour autant, «la candidature de Me Mbah était assez solide, et il avait déjà convaincu beaucoup de Francophones», assure un autre avocat de Douala, d’expression française. Du coup, la question de la langue n’aura pas joué en défaveur du futur vainqueur.

Appel à l’unité

Pour autant, c’est une question qu’il va falloir résoudre : «c’est compliqué parce que certains demandent d’appliquer simplement les textes, en sachant que l’alternance entre Francophones et Anglophones n’est pas prévue dans les textes. Il va falloir inscrire cela dans nos textes», propose un fervent défenseur de la cause anglophone.

«En matière juridique, les usages comptent beaucoup; avec ou sans loi écrite, on avance», lui oppose me Chiemo Samuel. Précisant que «le trouble n’est pas survenu du fait de la question de l’alternance».

Quoi qu’il en soit, il reste que «nos textes ont été faits pour à peine 300 avocats : aujourd’hui, nous sommes près de 4000. et beaucoup de choses ne cadrent plus vraiment avec le temps», a reconnu Me Atangana Bikouna, bâtonnier par intérim. Du coup, «il va falloir toiletter nos textes et les arrimer aux nouveaux défis et à la réalité d’aujourd’hui», a-t-elle indiqué dans son discours d’ouverture des travaux.

La question de la succession du bâtonnier en cas de décès en cours de mandat par exemple, devrait être résolue, car ce cas de figure n’avait pas été envisagé au départ. Or Charles Tchakouté Patie est mort en octobre 2020, en cours de mandat. En outre, la campagne électorale a vu le barreau se déchirer. Heureusement, les parties se sont très vite accordées sur l’essentiel.

«La charge est lourde. Je voudrais profiter de ce moment pour inviter les confrères à tourner la page des élections, et que le barreau reste un et indivisible», a lancé Me Mémong, le principal challenger du vainqueur final. Et le vainqueur de saisir la balle au bond; «tout ce qui s’est passé est passé. C’est à mettre au compte de l’élection», a- t-il embrayé, en appelant à l’unité du Barreau et en demandant pardon tant à ceux que son camp a offensés que ceux qui ont offensé les siens.

Et surtout, en indiquant vouloir travailler avec toutes les compétences car «le bâtonnier n’est pas celui qui connaît tout». Lui qui met en garde ceux qu’il va nommer dans les prochains jours, contre toute velléité de «récompenser ceux qui m’ont voté». Invitant tous les avocats à apporter leur concours pour faire grandir le barreau. «Nous sommes forts lorsque nous sommes unis», a-t-il martelé.»

Source: Nouvelle Expression du 22-06-2022