Il était attendu le retour de Paul Biya dans la capitale et le palais présidentiel d'Etoudi s'est préparé pour cette cause. Après plus de 70 jours à l'extérieur, le patron du parti au pouvoir retourne chez lui, un peu soigné, mais pas totalement guéri. Ses opérations aux yeux et au genou, sans oublier ses nombreux trous de mémoire, le rendent fragile et dépendant de son entourage qui doit le suivre de près et ce de façon constante pour éviter le pire. C'est justement pour cette raison qu'un plan est déjà prévu.
Dans l'avion de retour, avons-nous appris en exclusivité, se trouve le couple présidentiel et le fils Emmanuel Franck Biya. Ce dernier est retourné en Suisse auprès de son père hospitalisé, après un séjour privé en Chine avec sa famille et celle de Franck Hertz.
Sont également de la délégation, Samuel Mvondo Ayolo le directeur du cabinet civil de la présidence ; le conseiller spécial du président, Joseph Fouda ; le directeur de protocole d'État, Simon Pierre Bikele. Cléopasse Medoulou, l'intendant adjoint chargé des affaires intérieures au palais de l'unité ; l'habilleuse de Chantal Biya… y sont également allés visiter le leader souffrant.
Ils étaient plus nombreux que ça à se rendre en Suisse. Les autres ne sont pas rentrés, une bonne partie, disons-le, est restée à Genève « pour continuer leur vie de poulet au frais du contribuable », dénonce par exemple le lanceur d'alerte Jacques Zang. Le cortège présidentiel a donc pris la route pour l'aéroport de Nsimalen sans des têtes bien connues qui ont choisi de bruler la chandelle par les deux bouts, visiblement séduites par la vie suisse.
La veille, une source nous a informé que des éléments de la police nationale et le personnel routier ont reçu au moins 20 millions de francs CFA comme « frais de mission » pour bien accueillir le couple présidentiel. Il a toujours été prévu que l'avion qui transporte Paul Biya atterrisse en fin d'après-midi quand la nuit s'apprête à tomber pour éviter au maximum des regards et des photographies.
Cela rejoint sans doute les rumeurs qui circulent et qui disent que Paul Biya ne serait plus en mesure de marcher sans des béquilles ou un fauteuil roulant. D'ailleurs, à propos, il a longtemps été programmé que « plus de 250 personnes de la Cameroon Radio Television (CRTV), la chaîne publique, soient mobilisées pour la production de reportages spéciaux le long de l'itinéraire présidentiel, avec la charge de faire des plans d'ensemble et non des plans rapprochés » pour masquer les lacunes physiques de l'homme-lion, avons-nous obtenu de la même source.
Les maires, en amont de ce retour que la présidence elle-même qualifie de triomphal, ont eu comme instruction spéciale de mobiliser leurs troupes pour chanter les louanges de Paul Biya au passage du cortège présidentiel. Encore une mise en scène pour flouer tout le monde, pour cacher à la population, souveraine et grande décideuse, la vérité.
« Nous sommes fatigués d'être gouvernés par un homme qui se comporte chaque fois comme un voleur, qui rentre tard dans son propre pays, qui ne veut pas qu'on le voit, qui évite les caméras, qui ne vient pas au contact de la population, qui musèle les opposants, qui emprisonne les soutiens d'autres partis », regrette Liam, un bensikineur que nous avons interrogé.