Le paradoxe des distinctions honorifiques au Cameroun : quand le mérite cède la place au « business relationnel ». Entre Emmanuel Eseme, sprinteur qui fait rayonner le Cameroun sur les pistes africaines, et Charles Ebune, journaliste qui a interviewé le pape, nombreux sont ceux qui portent haut les couleurs du pays sans jamais être décorés. Pendant ce temps, des profils inconnus du grand public accumulent les médailles. Une dérive dénoncée par l'opinion publique.
LE PARADOXE DES DISTINCTIONS HONORIFIQUES AU CAMEROUN
À l’origine, les distinctions honorifiques au Cameroun avaient une vocation noble :
récompenser le mérite, le dévouement au service de la Nation, les actes de bravoure, l’excellence professionnelle et les contributions exceptionnelles au rayonnement du pays.
Un système prestigieux placé sous l’autorité de la Grande Chancellerie des Ordres Nationaux.
Mais depuis plusieurs années, de plus en plus de Camerounais dénoncent ce qui ressemble désormais à une profonde dévalorisation de ces distinctions pourtant censées incarner l’excellence républicaine.
Dans l’opinion publique, beaucoup ont aujourd’hui le sentiment que les décorations nationales sont devenues un simple réseau d’entre-soi, parfois même un véritable “business relationnel”, où certaines distinctions semblent accordées davantage sur la base des connexions, des affinités ou des positionnements administratifs que du mérite réel.
Résultat des courses, des personnalités dont les états de service restent flous ou peu connus se retrouvent décorées, pendant que de nombreux Camerounais qui portent véritablement l’image du pays à l’international restent totalement ignorés.
Pourtant, les exemples ne manquent pas.
●Prenons le cas d’Emmanuel Eseme.
Depuis plusieurs années, le sprinteur camerounais fait rayonner le drapeau national sur les pistes africaines et internationales. Depuis l’époque de Françoise Mbango, très peu d’athlètes camerounais ont porté aussi haut les couleurs du pays dans les compétitions d’athlétisme.
Autre exemple : Charles Ebune.
Depuis plus d’une décennie, le journaliste camerounais réalise des interviews avec certaines des plus grandes personnalités politiques, diplomatiques et religieuses du monde. Sa récente interview du pape Pope Leo XIV illustre encore l’ampleur de son parcours et la visibilité internationale qu’il apporte indirectement au Cameroun.
Et pourtant, malgré ces accomplissements visibles, mesurables et reconnus au-delà des frontières camerounaises, leurs noms apparaissent rarement voire jamais parmi les bénéficiaires des distinctions honorifiques nationales.
Ce décalage soulève une vraie question :
que récompensent réellement aujourd’hui les distinctions honorifiques au Cameroun ?
●Le mérite ?
●Le service rendu à la Nation ?
●Ou simplement la proximité avec certains cercles de pouvoir ?
Car une distinction honorifique perd toute sa valeur symbolique lorsque ceux qui incarnent véritablement l’excellence nationale sont systématiquement oubliés au profit de profils parfois inconnus du grand public et sans impact clairement identifiable sur le rayonnement du pays.
Shance Lion