Ils sont morts pour avoir « dépanné » la Première Dame, partie en fugue à l’étranger
L’ex DG du FEICOM, Gérard Ondo Ndong est une possible « victime expiatoire » du pouvoir de Paul et Chantal Biya. Ses ennuis judiciaires sont liés à des financements accordés à la Fondation Chantal Biya et à Synergies africaines, ainsi qu’à une supposée affaire privée impliquant la Première Dame.
Gérard Ondo Ndong, à peine sorti du « bagne » après plus de vingt ans de réclusion, s’était précipité pour réaffirmer son soutien indéfectible et inconditionnel au président Paul Biya, qu’il remerciait au passage.
Mais remercier pourquoi ? De l’avoir ainsi fait embastiller pendant deux décennies ? Mystère !
C’est qu’au pays des patients du syndrome de Stockholm, par ailleurs candidats perpétuels à la « servitude volontaire », on ne raisonne décidément pas avec les canons de la logique ordinaire.
Officiellement accusé et condamné pour « détournement de deniers publics », le patriarche de la vallée du Ntem payait, en réalité, selon cette lecture des événements, pour avoir commis le même crime de lèse-majesté que l’ancien patron de la CRTV, Gervais Mendo Ze : avoir « dépanné » la Première Dame, partie en fugue à l’étranger, lorsque ses provisions vinrent à se tarir.
À l’origine des ennuis des deux hommes, il y aurait eu une brouille conjugale et une scène de ménage somme toute banale, comme il en existe dans bien des couples. La Première Dame claque la porte et s’envole pour Paris.
Plus tard, le chef de l’État constate la disparition de l’une de ses mallettes contenant la rondelette et coquette somme de 600 000 euros en coupures de 500. Après enquête, le président aurait appris que sa moitié se serait emparée de la mallette.
Connaissant la folie dépensière de celle qu’il affuble, en privé, du titre de « madame la vice-présidente », il tabla sur moins de six mois pour la voir revenir au bercail, comme jadis le fils prodigue de la Bible.
Mais les jours, les semaines et les mois passèrent, sans aucune nouvelle de la belle, qui ne daignera regagner le foyer conjugal qu’au bout d’une année et demie.
Le maître des lieux, qui venait d’apprendre que, pendant sa fugue, la belle entretenait une relation galante adultérine, convoqua alors les fins limiers de ses barbouzes et ordonna une enquête minutieuse, histoire de retracer l’origine des subsides ayant permis cette longue absence à l’étranger.
C’est ainsi que l’on aurait appris que les « bienfaiteurs » auxquels la Première Dame aurait ordonné, en brandissant la menace de représailles, de ne souffler mot à âme qui vive, n’étaient autres que Gervais Mendo Ze et Gérard Ondo Ndong.
Lors du procès d’Ondo Ndong, il sera notamment question de versements effectués par le FEICOM au titre « des aides », pour plusieurs dizaines de millions de francs CFA, à la Fondation Chantal Biya ainsi qu’à l’ONG Synergies africaines.
Selon les éléments rapportés au procès, la Fondation Chantal Biya avait reçu, en mai 2001, 60 millions de francs CFA pour une « Opération cartable garni en faveur des enfants marginaux du Sud-Ouest », puis, en septembre 2002, 93,1 millions de francs CFA pour des opérations similaires.
Synergies africaines avait, pour sa part, reçu 40 millions de francs CFA en août 2002, au titre de la « lutte contre le VIH/SIDA et les grandes souffrances ».
Selon le tribunal, ces transferts étaient irréguliers au regard des règles de fonctionnement du FEICOM, son code de procédure prévoyant que les communes étaient les seules bénéficiaires des aides.
À l’heure où nous apprenons la disparition de Gérard Ondo Ndong, il n’est donc pas inutile de s’interroger sur l’origine de ses infortunes et sur les circonstances qui ont finalement marqué son destin.
Il n’est sorti de prison que pour mourir.
Pour une compréhension plus détaillée de cet épisode, voir le livre de la journaliste Fanny Pigeaud, Au Cameroun de Paul Biya, notamment à la page 146.
JPD