Les révélations de Jeune Afrique sur la multiplication des fuites de documents sensibles mettent en lumière une crise profonde de la confidentialité au sein des institutions camerounaises. Du plan de vol présidentiel aux dossiers judiciaires classés "secret", aucun secret d'État ne semble à l'abri.
L'affaire de la lettre du général Ngolo Ngomba Tobie Gabriel sollicitant des véhicules auprès d'Eneo n'est que la partie visible d'un iceberg. Selon les informations exclusives obtenues par Jeune Afrique, le Cameroun fait face à une véritable crise systémique de la confidentialité qui touche tous les échelons de l'administration.
Le magazine panafricain révèle qu'il ne se passe désormais pas un mois sans qu'un document interne d'une administration, d'un ministère ou même de la présidence de la République ne se retrouve diffusé sur les réseaux sociaux. Une situation qui témoigne d'une fragilisation inquiétante des circuits de sécurité de l'information au sein de l'appareil d'État.
Le précédent gravissime de février 2019
Jeune Afrique rappelle un épisode particulièrement alarmant survenu en février 2019. À cette date, un document ultra-sensible faisant état du plan de vol du président Paul Biya avait été divulgué sur la toile, provoquant une onde de choc au sommet de l'État.
Cette fuite intervenait dans un contexte explosif, marqué par les menaces proférées par des activistes de la diaspora camerounaise, frustrés par l'issue de l'élection présidentielle de 2018. Ces derniers avaient publiquement annoncé leur intention de perturber le séjour du chef de l'État en Suisse. La divulgation du plan de vol présidentiel avait alors soulevé de graves questions sur la capacité des services de sécurité à protéger les informations vitales pour la sûreté du président.
L'affaire Martinez Zogo : quand le "secret le mieux gardé" s'évapore
Mais c'est sans doute la fuite du dossier d'instruction de l'affaire Martinez Zogo qui illustre le mieux l'ampleur du problème, selon Jeune Afrique. Longtemps présenté comme l'un des secrets les mieux gardés de la République, ce dossier judiciaire hautement sensible a fini par fuiter, et ce, au sein même de l'institution militaire censée garantir la sécurité de l'État.
Cette révélation, rapportée par le magazine, soulève des interrogations vertigineuses : si même les dossiers les plus confidentiels de la justice militaire ne sont plus à l'abri, qu'en est-il des autres secrets d'État ? Quels mécanismes de contrôle ont failli ? Et surtout, qui tire profit de ces divulgations à répétition ?
Face à cette multiplication des fuites, les autorités ont beau multiplier les enquêtes – comme celle actuellement menée par la Sécurité militaire (Semil) dans l'affaire de la lettre du général Ngolo Ngomba – les résultats tardent à venir. Aucune arrestation majeure n'a été annoncée, aucun responsable n'a été publiquement sanctionné.
Jeune Afrique souligne l'ironie de la situation : la seconde lettre du général, datée du 12 janvier 2026 et classée "Confidentiel", dans laquelle il enjoignait la direction d'Eneo à collaborer avec les enquêteurs, a elle-même fuité sur les réseaux sociaux. Un échec retentissant qui illustre l'impuissance des autorités face à ce phénomène.
Au-delà des questions de sécurité, ces fuites successives révèlent une crise de confiance au sein même de l'appareil d'État. Des fonctionnaires, des militaires, des agents de l'administration choisissent délibérément de divulguer des informations sensibles, parfois au péril de leur carrière. Un acte qui traduit soit une profonde désapprobation des pratiques dénoncées, soit l'existence de réseaux organisés visant à déstabiliser certaines institutions.
Pour les observateurs interrogés par Jeune Afrique, cette situation pose une question fondamentale : comment un État peut-il fonctionner efficacement quand ses propres agents ne respectent plus le principe de confidentialité ? Et comment restaurer la confiance dans un système où le secret, fondement de toute organisation étatique, n'existe plus ?