CONFIDENTIEL : Que cherchent les Rothschild au Cameroun ?

Rothschild Cameroun Les non-dits d’une relation singulière

Thu, 27 Aug 2026 Source: www.camerounweb.com

Une vive polémique est née autour de l’exploitation de 1 640 km² de terres dans le Faro, confiée à la société Faro Lobéké pour le tourisme cynégétique, et les liens économiques entre le Cameroun et la famille Rothschild.

L’affirmation résonne comme un cri de ralliement nationaliste : les régimes successifs d’Ahmadou Ahidjo et de Paul Biya auraient « bradé » le Cameroun à la prestigieuse dynastie Rothschild. Si cette formule relève davantage de la joute politique et de l'affirmation souverainiste que d'une aliénation territoriale définitive, le cadre juridique qui entoure l’exploitation de 1 640 km² de terres soulève de profondes interrogations.

Derrière l'exotisme du tourisme de luxe, se profile une réalité plus sombre : celle de baux emphytéotiques conclus dans le secret des dieux, imposant de strictes restrictions à des peuples autochtones dont les voix restent inaudibles, alors même que seuls les sommets de l’État en maîtrisent les arcanes financiers.

Un duel feutré sous les dorures de la cour suprême camerounaise

Nous sommes en août 2026. Les projecteurs des médias nationaux et internationaux sont braqués sur la Cour suprême du Cameroun. C’est là que se joue un vaudeville juridique aux accents post-coloniaux, opposant le guide de chasse français Pierre Guerrini à la baronne Ariane de Rothschild.

Ce litige hyper-médiatisé lève le voile sur le fonctionnement opaque des Zones d’Intérêt Cynégétique (ZIC), précieux héritage des structures de l'immédiat après-indépendance.

Concession d’exploitation : La fiction de la propriété privée

Pour comprendre l'enjeu, il convient de dissiper un malentendu juridique. Les 1 640 km² nichés dans le département du Faro ne constituent pas un sanctuaire privé appartenant aux Rothschild. Cet espace relève du domaine public de l’État camerounais sous l'appellation de ZIC n° 30.

L'histoire est celle d’un accord de gestion. L’État a confié les clefs de ce territoire à la société Faro Lobéké, portée sur les fonts baptismaux en 2012 par Pierre Guerrini et feu Benjamin de Rothschild, afin d'y orchestrer des safaris de luxe. Si ces magnats occidentaux s'acquittent d'une redevance d'exploitation auprès du Trésor public, la terre demeure constitutionnellement camerounaise. L'arbitrage de la Cour suprême, venue geler les procédures en cours, rappelle à qui l'aurait oublié que le dernier mot appartient à la justice souveraine du pays — corruptible ou non!

Les Rothschild : de l’ingénierie financière aux plaisirs de cour

Le compagnonnage entre Yaoundé et la banque d’affaires Edmond de Rothschild, en dépit de l’intimité familiale avec le président camerounais, s’articule autour de la haute finance internationale.

Véritable architecte de l'ombre pour le gouvernement de Paul Biya, l'institution genevoise intervient régulièrement pour structurer la dette publique, orchestrer des levées de fonds ou piloter des restructurations macroéconomiques. Récemment encore, c’est sous l’égide de la maison Rothschild que le Cameroun a mobilisé 400 millions de dollars américains (plus de 200 milliards de francs CFA) sur les marchés.

À cette diplomatie du carnet de chèques se superpose une passion plus aristocratique : le penchant de la branche de Benjamin de Rothschild pour le Grand Nord camerounais. Un tourisme cynégétique haut de gamme, axé sur la chasse aux trophées, subtilement encouragé sous l’ère Biya pour séduire une oligarchie planétaire fortunée.

Le grand schisme : Partenariat économique ou prédation territoriale

Ce face-à-face entre l'appareil d'État et ses détracteurs cristallise deux visions irréconciliables du destin national.

1. Le réquisitoire des critiques : le spectre du « bradage »

Pour l’opinion publique, le spectacle de deux ressortissants français se disputant une portion du territoire national équivalente à un département de l'Hexagone provoque un profond sentiment de spoliation. Au-delà des chiffres, c'est le drame humain des communautés autochtones, notamment les Baka, qui émeut. Confinés à la périphérie de leurs aires culturelles millénaires, ces peuples primaires se voient interdire l'accès à leurs forêts ancestrales pour la cueillette ou la chasse, sacrifiés sur l'autel des loisirs exclusifs de riches visiteurs étrangers. Des accords de gré à gré qui, selon les contempteurs du régime, méprisent souverainement les réalités socio-anthropologiques locales.

2. Le plaidoyer des autorités : le pari du codéveloppement

Du côté des palais officiels, le discours se veut pragmatique. On vante l’attractivité économique de ces concessions, perçues comme des incubateurs de devises étrangères et de recettes fiscales grâce au tourisme de prestige. De plus, ces structures privées cofinancent le déploiement d’écogardes, présentés comme le dernier rempart contre le braconnage de masse qui décime les éléphants de forêt.

Entre les lignes : Les non-dits d’une relation singulière

Au final, si la collaboration entre les présidents camerounais et la holding Rothschild mêle intimement la gestion des finances de l'État et celle des réserves de faune, parler de « vente à l’encan » du Cameroun reste une interprétation militante. Il demeure cependant légitime pour le citoyen de s’interroger sur les motivations profondes de l’État lorsqu'il aliène de si vastes portions du territoire pour les divertissements d'une élite cosmopolite.

Le doute plane également sur ce que recèlent les entrailles de ces terres interdites.

Au-delà de la bataille juridique de l'été 2026, cette affaire agit comme un révélateur des tensions contemporaines autour du contrôle des ressources de l'Afrique par des capitaux exogènes. Sous le vernis de la mise en valeur économique, resurgit la question lancinante de la prédation foncière par des mécanismes subtils, interrogeant de manière cruciale la nature des liens entre Paul Biya et les cercles financiers occidentaux, parfois perçus au détriment du peuple camerounais.

Lïoc Kodjay

Source: www.camerounweb.com