CONFIDENTIEL: ces 8 hauts gradés du SED bientôt en prison

Biya Honneurs Militaires Image illustrative

Thu, 26 Mar 2026 Source: www.camerounweb.com

L'universitaire accuse le secrétaire d'État à la Défense, Galax Etoga, et plusieurs gradés du SED de « kidnapping », « séquestration aggravée », « violation de domicile » et « traitements inhumains » lors de son interpellation en octobre 2025.

Le professeur Jean Calvin Aba'a Oyono, enseignant-chercheur en droit public à l'Université de Yaoundé II, a déposé une plainte le 24 mars 2026 devant le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Yaoundé. L'opposant au régime de Paul Biya met en cause huit responsables des forces de sécurité, dont le secrétaire d'État à la Défense chargé de la gendarmerie, Galax Yves Landry Etoga, et le général Pierre Louba Zal, directeur central de la coordination à la gendarmerie nationale.

La plainte, dont nous avons obtenu copie, relate les circonstances de son interpellation le samedi 25 octobre 2025, deux jours avant la proclamation des résultats de l'élection présidentielle du 12 octobre. L'universitaire, qui avait multiplié les critiques contre le régime, affirme avoir été victime d'une opération menée conjointement par la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) et le Service central des recherches judiciaires (SED) de la gendarmerie.

Selon le récit du plaignant, une quinzaine d'hommes en civil, cagoulés et armés, ont encerclé sa résidence à Yaoundé aux alentours de 7 heures du matin. Parmi eux, le professeur dit avoir reconnu un ancien camarade de classe de son fils, le lieutenant Kutiche Kuitche Ben Sirac, en service à la DGRE.

Après un bref échange au cours duquel il a demandé à voir un mandat de perquisition ou une convocation, l'universitaire affirme avoir été menacé : « si vous n'ouvrez pas ce portail afin de déférer à mon ordre de nous suivre en embarquant dans le véhicule, nous allons vous abattre comme un chien ». Une violente altercation s'en est suivie, avant que le professeur ne soit maîtrisé, menotté aux pieds et aux mains, puis jeté dans une Pajero noire.

Durant le trajet vers le SED, le Pr Aba'a Oyono déclare avoir été cagoulé avec un tissu sans perforation, roué de coups de poings et de pieds, et couvert d'injures. À trois reprises, affirme-t-il, ses geôliers l'ont sorti du véhicule pour le faire arpenter des marches de bureaux, probablement afin de filmer sa capture.

Au SED, il a été auditionné par le lieutenant-colonel Biallo Dieudonné, chef du service central de la recherche judiciaire, en présence du capitaine Otelé Etoundi Moïse et du maréchal de logis chef Som Ledru. Lorsque l'universitaire a refusé de remettre ses téléphones portables sans mandat judiciaire, invoquant la Constitution, le lieutenant-colonel lui aurait sèchement répondu : « je suis le seul à poser des questions dans mon bureau ».

Le dimanche 26 octobre, l'épouse et les enfants du professeur se sont présentés au SED pour lui apporter des vivres et des vêtements. Selon la plainte, le lieutenant Bodo Guillaume Moïse leur a exigé la remise des téléphones portables du détenu avant toute rencontre. Faute de quoi, l'accès leur serait refusé. Contraints, ils ont obtempéré, permettant ainsi aux enquêteurs d'exploiter les téléphones sans base légale.

Le Pr Aba'a Oyono dénonce dans sa plainte une « entente souterraine » entre la DGRE et le SED, soulignant que son « kidnapping » a été exécuté par des agents extérieurs au service central, avant d'être livré à ce dernier.

Huit responsables visés

La plainte cite nommément :

Galax Yves Landry Etoga, secrétaire d'État auprès du ministre de la Défense chargé de la gendarmerie ;

Le général Pierre Louba Zal, directeur central de la coordination à la gendarmerie nationale ;

Le lieutenant-colonel Biallo Dieudonné, chef du service central de la recherche judiciaire ;

Le capitaine Otelé Etoundi Moïse, en service au SED ;

Le lieutenant Bodo Guillaume Moïse, en service au SED ;

Le maréchal de logis chef Som Ledru, en service au SED.

Les infractions retenues dans la plainte sont au nombre de huit : violation de consignes (article 40 du code de justice militaire), coaction et complicité, abus de fonction, rébellion aggravée, préparatifs dangereux, menaces sous conditions, arrestation et séquestration aggravées, et violation de domicile aggravée.

Cette action judiciaire intervient alors que le Pr Aba'a Oyono avait déjà adressé un recours gracieux au directeur général de la DGRE, réclamant trois milliards de FCFA de réparation pour 42 jours de détention qu'il qualifie d'« illégale ». L'absence de réponse l'a conduit à saisir la juridiction militaire.

Contactés, les services du secrétaire d'État à la Défense n'ont pas encore réagi. La procédure devra suivre son cours devant le tribunal militaire, une juridiction d'exception dont la réactivité et l'impartialité seront scrutées par l'opposition et la société civile.

Source: www.camerounweb.com