Alors que la révision constitutionnelle d'avril dernier a créé un poste de vice-président de la République toujours vacant plusieurs mois plus tard, les explications livrées par le ministre René Emmanuel Sadi dans une interview à RFI ressemblent moins à une clarification qu'à l'aveu, en creux, d'un arbitrage bloqué au sommet de l'État.
Interrogé sur le profil que pourrait avoir le futur vice-président — expérimenté ou plus jeune —, le ministre s'est réfugié derrière une réponse générale sur la valeur de l'expérience, sans jamais s'avancer sur un nom, une orientation, ni même un calendrier. Une prudence de langage qui, selon RFI, traduirait moins une réserve institutionnelle légitime qu'une réelle incapacité, ou une réelle réticence, à évoquer un dossier manifestement sensible au sein même du sérail présidentiel.
Le président « mieux placé que quiconque », un aveu par défaut
Le ministre a insisté sur le fait que le président de la République serait seul juge de l'opportunité de cette nomination. Une formule qui, si elle relève en apparence du respect des prérogatives constitutionnelles du chef de l'État, laisse aussi transparaître, selon la lecture qu'en fait RFI, l'absence totale de consensus gouvernemental sur la question — chacun s'en remettant à un arbitrage présidentiel dont on ne connaît ni la teneur ni l'échéance.
« Je ne m'agite pas » : une réponse qui en dit long
Interrogé directement sur ses propres ambitions pour ce poste, René Emmanuel Sadi a préféré se démarquer de ceux qu'il qualifie lui-même de candidats « qui s'agitent » — une formule qui, sans le nommer, vise implicitement d'autres figures du gouvernement ou du RDPC prêtées candidates à ce poste. Cette pique, rapportée par RFI, révèle en creux l'existence de rivalités internes déjà bien identifiées autour de ce poste nouvellement créé, à rebours du discours officiel de sérénité institutionnelle.
En définitive, ce que cette interview accordée à RFI met en lumière, au-delà des dénégations sur une éventuelle vacance du pouvoir présidentiel, c'est une autre vacance, tout aussi révélatrice : celle d'un poste de vice-président créé dans la précipitation constitutionnelle, mais que huit mois de tergiversations n'ont toujours pas permis de pourvoir — signe, pour beaucoup d'observateurs, d'une bataille de succession qui se joue déjà, mais dans l'ombre.