Le rapatriement des six crânes de Fribourg, aussi symbolique soit-il, ne représente qu'une infime partie d'un patrimoine camerounais bien plus vaste, encore dispersé à travers les musées allemands. Une enquête de Jeune Afrique dresse l'inventaire impressionnant de ce patrimoine culturel et humain toujours détenu outre-Rhin, et documente les attentes des communautés directement concernées par ces spoliations.
Selon Jeune Afrique, plus de 40 000 objets camerounais sont aujourd'hui conservés dans les musées publics allemands, une dispersion géographique qui contraste, selon l'enquête, avec la situation française où de telles collections restent concentrées dans la capitale. L'enseignant Hanse Gilbert Mbeng Dang, cité par Jeune Afrique, précise qu'à Stuttgart seulement, la collection camerounaise du Linden Museum compte plus de 8 000 objets, avec environ 5 000 objets supplémentaires répartis entre Berlin et Leipzig.
Ce que révèle Jeune Afrique, c'est l'ampleur disproportionnée de cette collection allemande au regard de la durée de la présence coloniale : alors que la France et le Royaume-Uni ont administré le Cameroun bien plus longtemps que l'empire allemand (de 1919 à 1961, contre 1884-1919 pour l'Allemagne), le Cameroun reste beaucoup moins représenté au musée du Quai Branly à Paris, avec environ 7 840 objets recensés, ou au British Museum de Londres, qui n'en compte que 1 468 selon un inventaire récent cité par l'enquête.
Jeune Afrique documente enfin les attentes concrètes des populations de l'Est camerounais directement concernées par ces spoliations : les élus locaux de Doumé, d'Atok et de Nguelemendouka plaident pour la construction de musées sur les sites mêmes des anciens palais royaux saccagés et incendiés par les troupes coloniales allemandes. Une revendication qui dépasse la seule restitution matérielle des objets, pour viser la reconstruction d'une mémoire collective directement ancrée sur les lieux mêmes où se sont déroulées les atrocités.
Ce que cette enquête de Jeune Afrique met en évidence en définitive, c'est le caractère encore très partiel du travail de restitution engagé jusqu'ici : face à un patrimoine humain et culturel aussi massif, le rapatriement de six crânes, bien que hautement symbolique, ne constitue qu'un premier pas dans un processus de réparation mémorielle dont l'ampleur réelle reste, pour l'instant, largement à la mesure du travail de recherche encore à accomplir des deux côtés du Rhin.