Cameroun : les incroyables nouvelles promesses de Paul Biya au peuple

Biya Photo Claire Promesses du président

Wed, 4 Mar 2026 Source: Cameroun Horizons n°56

Dans son adresse à la Nation le 10 février dernier, veille de la 60è édition de la Fête de la Jeunesse, le Chef de l’Etat a annoncé concomitamment un glissement du calendrier électoral et la formation d’un nouveau gouvernement.

Paul Biya entre le marteau et l’enclume » d’un remaniement ministériel et de la tenue des élections législatives et municipales ti- trait fort opportunément le journal Cameroun Horizons dans sa dernière édition début février 2026. Quelques jours plus tard, dans son traditionnel discours à l’occasion de la Fête de la Jeunesse le 11 février, le Président de la République a officiellement déclaré que la formation d’un nouveau gouvernement issue des élections présidentielles du 12 octobre 2025 ainsi que la tenue du double scrutin législatif et municipal qui auraient pu se tenir au plus tard en mai prochain vont connaitre un glissement de date. Sans donner un calendrier précis, Paul Biya qui a invoqué des « contraintes » assure cependant que cette prorogation est adossée à la Loi.

« Diverses opportunités me viennent à l’esprit à cet égard : le renouvellement, en préparation, des dirigeants des sociétés d’État, la formation du prochain gouvernement qui, je le sais, est très attendue, mais aussi la tenue des élections législatives et municipales. Même si le calendrier afférent à ces dernières devrait, au vu de certaines contraintes impérieuses, connaître un léger réajustement, dans le respect des dispositions pertinentes de nos lois, et tout particulièrement de la Loi fondamentale », a-t-il précisé.

Comme nous le relevions précédemment, il fallait être inconséquent pour procéder à une redistribution de cartes dans les hautes sphères de l’État dans un contexte où le parti présidentiel, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) a eu du mal pour que finalement son candidat remporte finalement l’élection avec 53,55 % de suffrages. Un score obtenu au forceps tout simplement par le fait que Paul Biya le président national de cette formation politique incarne encore une unité factice face aux velléités de leadership et de sortes qui minent le « parti des flammes ».

Tout laisse croire que dans ces conditions, un re- maniement à l’aube des élections cruciales que constituent les législatives et les municipales allait précipiter la chute du RDPC ouvrant la voie à une cohabitation dont tout laisse croire le Président de la République diminué par l’âge, 93 ans et lessivé par un long règne de 44 ans aurait toutes les difficultés du monde pour tenir. En gagnant le temps, le président de la République entend reprendre la main, surtout qu’entre-temps, l’on ne sent pas une opposition déterminée pour remporter les prochaines échéances.

Calculateur et malin, Paul Biya sait non seulement que la formation d’un nouveau gouverne- ment est très « attendue » mais que les Camerounais piaffent d’impatience pour un renouvellement à la tête des entreprises publiques. Traduction, des élites du RDPC, militants et sympathisants vont décupler les efforts lors des prochaines élections pour s’assurer la victoire dans leurs fiefs respectifs. En effet, bien que des cadres du RDPC se mangent comme des poissons, ils seront quasiment obligés de taire leurs querelles pour assurer la victoire à leur parti. Vu sous cet angle, Paul Biya en vétéran politique marque des points qui pourraient lui éviter une fin de règne tumultueuse avec une épuisante cohabitation.

Promesses de réformes institutionnelles

Conscient de l’impopularité du régime face à son incapacité à répondre efficacement aux préoccupations des citoyens, l’éducation, la santé, l’eau, l’électricité, les routes, la gouvernance, bref tout ce qui concerne le quotidien des populations, le chef de l’État miroite une « réforme » des institutions, sans la moindre précision.

« Je voudrais vous réitérer mon engagement à ne ménager aucun effort, pour créer les conditions les plus favorables à votre épanouissement. C’est le sens des instructions que j’ai données au gouvernement pour une action plus efficace de celui-ci. C’est le sens des réformes que j’entends engager prochainement en vue d’un meilleur fonctionnement de l’État. C’est également le sens de la lutte acharnée que j’entends mener contre la corruption et les détournements de deniers publics ». Il sait que ses compatriotes sans être amnésiques sont généralement suspendus aux promesses sachant pertinemment que ces derniers n’ont pas le courage de sanctionner cette mal gouvernance finalement érigée en système de gouvernance.

Alors que la première session parlementaire de l’année tire à sa fin, l’on attend toujours que le gouvernement dépose sur la table des députés et des sénateurs, des projets de loi visant la réforme des institutions promise par le chef de l’État. Dans sa stratégie, il va sans doute faite miroiter le même rêve lors de la prochaine session en juin, au moment où toute l’attention sera focalisée sur les élections législatives et municipales qui devraient se tenir au plus tard en août 2026. Faut-il le préciser, par décret du 24 juillet 2024, le président de la République a prorogé jusqu’au 31 mai 2026 le mandat des conseillers municipaux tandis que le mandat des députés a été prorogé au 30 mars 2026. Il ne peut qu’avoir une autre prorogation de trois mois pour les élections municipales conformément à la loi, dans un système où les deux scrutins sont souvent couplés, les Camerounais seront appelés à renouveler les mandats des députés et des conseillers municipaux.

Au-delà des promesses habituelles sur l’amélioration de l’offre éducative, en formation et à l’insertion professionnelle des jeunes « j’entends veiller, à ce qu’un plus grand nombre d’entre vous, hommes comme femmes, se voient progressivement confier des responsabilités élevées, dans la gestion des affaires publiques », a-t-il martelé. En tout état de cause, tout bon flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.

À travers son adresse du 10 février, Paul Biya a non seulement fait les yeux doux aux jeunes dont il sait qu’ils peuvent être une force pour un changement du régime ou une alternance à la tête du pays, mais il a voulu également démontrer qu’il tient toujours le gouvernail, contrairement à ce que ses détracteurs déclarent. En réalité, de nombreux Camerounais de tout bord et de toutes castes sociales soutiennent que le chef de l’État ne dirige plus le pays à cause d’un affaiblissement naturel résultant de son grand âge.

Pour preuve, des batailles larvées et ouvertes au sein du gouvernement et dans les administrations publiques donnent le sentiment que le pays souffre d’un leadership à sa tête surtout que le quotidien des Camerounais va de mal en pire. L’inflation ne s’est jamais si bien portée, car tout a augmenté sur le marché, loin des déclarations triomphalistes du gouvernement sur une réduction de l’inflation. Au-delà des promesses d’un avenir meilleur, la vie quotidienne apporte une cinglante contradiction, les Camerounais dans leur extrême majorité étant menacés d’être asphyxiés.

Source: Cameroun Horizons n°56