Cameroun : les méthodes musclées du ministre Manaouda Malachie irritent l’Ordre des médecins

Malachie Manaouda Paul Biya Cameroun : les méthodes musclées du ministre Manaouda Malachie irritent l’Ordre des médecins

Tue, 25 Feb 2025 Source: www.camerounweb.com

Au Cameroun, les méthodes du ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, continuent de susciter des vagues de mécontentement au sein de la communauté médicale. Selon des révélations exclusives de Jeune Afrique, l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC) a récemment exprimé son indignation face aux descentes inopinées et médiatisées du ministre, jugées humiliantes pour le personnel soignant.

Le 15 février 2025, lors d’une visite de travail à Meiganga, dans la région de l’Adamaoua, Manaouda Malachie a fait une halte imprévue au Centre hospitalier de Ngaoundéré. Accompagné du gouverneur de la région, Kildadi Taguiéké Boukar, le ministre s’est emporté contre des membres du personnel, les accusant de négligence dans la prise en charge d’un patient. « Des noms, maintenant, pas demain ! », a-t-il lancé, exigeant des explications immédiates. Une employée, visiblement sous pression, a été publiquement réprimandée, tandis que le gouverneur semblait gêné par la scène.

Cette visite s’inscrit dans une série d’inspections surprises que le ministre a multipliées ces derniers mois. Ces descentes, souvent nocturnes et largement médiatisées, ont pour but de dénoncer les dysfonctionnements dans les établissements de santé. Cependant, elles ont également pour effet de mettre à mal la dignité des professionnels de santé, exposés sous le feu des caméras et des réseaux sociaux.

Les révélations de Jeune Afrique soulignent que ces pratiques ne sont pas nouvelles. En septembre 2023, Manaouda Malachie avait déjà fait fermer plusieurs cliniques illégales à Douala, dont la Polyclinique de Poitiers et le Trust Care Medical Center. En octobre de la même année, il avait contraint le Centre Médical Bethel à se conformer aux normes en vigueur. Plus récemment, en août 2024, il avait vivement critiqué le personnel du centre médical de Bonamoussadi pour des insuffisances en équipements, avant de dénoncer la location illégale de matériel médical à l’Hôpital de district de Deido.

Ces actions, bien qu’elles visent à améliorer la qualité des soins, ont souvent été perçues comme des humiliations publiques. Les vidéos de ces descentes, largement partagées sur les réseaux sociaux, ont suscité l’indignation de la communauté médicale, y compris à l’étranger.

Face à cette situation, l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC) a décidé de réagir. Dans un communiqué daté du 17 février, l’Ordre a reconnu le droit des autorités sanitaires à mener des contrôles, mais a fermement condamné les méthodes employées. « La présence régulière des caméras de télévision au sein des hôpitaux lors des contrôles administratifs et visites inopinées des autorités sanitaires de notre pays est inacceptable », a déclaré l’ONMC.

L’Ordre a également déploré l’impact de ces vidéos sur la confiance des populations envers les soignants et sur l’image de la profession médicale. « Ces pratiques altèrent significativement la sacralité des enceintes hospitalières et renvoient une image négative de la profession tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays », a-t-il ajouté.

Les révélations de Jeune Afrique mettent en lumière un climat de tension croissante entre le ministre de la Santé et les professionnels du secteur. Alors que Manaouda Malachie semble déterminé à réformer le système de santé par des méthodes autoritaires, l’Ordre des médecins appelle à un dialogue respectueux et à la préservation de la dignité des soignants.

La question qui se pose désormais est de savoir si ces méthodes musclées parviendront à améliorer la qualité des soins ou si elles risquent, au contraire, de fragiliser davantage un système de santé déjà sous pression. Une chose est sûre : les révélations de Jeune Afrique ont ouvert un débat qui ne pourra plus être ignoré.

Source: www.camerounweb.com