Un coup se prépare. Le jeune homme promet de choquer. Il se dit meurtri par la trahison la plus impitoyable, avec une douleur qui l’habite et qui est trop lourde pour qu’il la porte seule.
Je suis perdue, je suis au bord du gouffre et je ne sais plus quoi faire. Ma vie, ma famille, tout ce que j’ai connu, semble me glisser entre les doigts et tout cela à cause de celle que je chérissais le plus : ma propre sœur.
Je suis un jeune Camerounais, né sous le soleil ardent de Yaoundé, mais la vie m’a conduit sur les rives de la Seine, ici à Paris, pour chercher ce que le destin semblait me refuser. Je travaille dur, très dur en France. Chaque jour, je me lève avant le chant du coq, je balaie les rues, je lave les sols, je soulève les meubles lourds dans les déménagements.
Ma sueur coule comme les eaux d’une rivière, mais je ne me plains pas, car chaque goutte est un pas de plus vers mon rêve : construire une maison au pays, pour ma famille, pour mes vieux jours. Il y a trois ans, par la grâce de Dieu, j’ai pu acheter un petit terrain à Yaoundé. Un morceau de terre, une promesse de lendemain meilleur. Mais, construire une maison, ce n’est pas un jeu d’enfant. Il faut de l’argent, beaucoup d’argent.
Alors, je suis retourné en France, les poches vides mais l’espoir plein le cœur. Pendant trois ans, j’ai épargné chaque centime. Je me suis privé, j’ai privé ma femme, mon enfant, tout cela pour économiser 12 millions de francs CFA. Douze millions arrachés à la douleur et à la sueur, qui devaient servir à bâtir mon avenir.
Ne pouvant retourner au Cameroun, car un voyage m’aurait coûté trop cher, j’ai fait confiance à ma petite sœur. Celle que j’ai vue grandir, celle à qui j’ai tout donné, celle pour qui j’aurais donné ma vie. Je lui ai envoyé l’argent, lui demandant de superviser la construction de ma maison. J’avais confiance en elle, aveuglément. Mais hélas, la chair de ma chair, celle que j’appelais « ma petite », m’a poignardé dans le dos.
Avec cet argent, ma sœur n’a pas construit ma maison. Non. Elle a pris les 12 millions, acheté un taxi pour son copain, s’ouvrir un commerce et ensemble, ils se sont construit une petite maison et une vie de bonheur, pendant que moi, je continue à frotter le sol des autres. Elle ne prend plus mes appels, elle m’évite, comme un vulgaire malpropre. Je n’ai reçu ni photo, ni vidéo, rien. Le silence. Alors, pris de panique, j’ai pris un vol pour Yaoundé.
Quand je suis arrivé au pays, je suis tombé des nues. Mon terrain était toujours là, nu, désertique, comme mon cœur en ce moment. Mais ma sœur, elle, vivait comme une reine. Un taxi flambant neuf pour son copain, une petite maison où ils rient et s’aiment, et le reste de l’argent investi dans son commerce. Mon argent. Ma sueur. Ma vie.
Je suis dévasté, tata croquette. Mes amis me conseillent de la mettre en prison, de la traîner en justice. Ma mère, mes oncles, mes tantes, tous me disent de laisser tomber. « Si tu la mets en prison, oublie que tu as une famille », me répètent-ils, comme un sort jeté sur moi. Je suis au bord du gouffre. Ma tête bourdonne de mille pensées sombres. J’ai envie de lui faire quelque chose qui va sortir dans les journaux.