Banque, BTP, cacao, énergie, assurance, technologie : Jeune Afrique dresse le portrait de six Camerounaises qui dynamisent l’économie locale, et rappelle les freins qui pèsent sur l’entrepreneuriat féminin.
Un entrepreneuriat féminin freiné par le financement. Selon Jeune Afrique, entreprendre au féminin au Cameroun reste souvent synonyme de petites structures difficiles à faire grandir. Le magazine cite la Banque mondiale, d’après laquelle moins d’un quart des entreprises formelles sont dirigées par des femmes. Jeune Afrique identifie l’accès au financement comme l’un des principaux obstacles : manque de garanties, faible historique bancaire et poids de l’informel empêchent nombre d’entrepreneuses de franchir un cap. Le magazine précise que son panorama est une liste non exhaustive.
Rebecca Enonchong, une vision internationale dès le départ. D’après Jeune Afrique, Rebecca Enonchong dirigeait déjà une vingtaine de personnes à 19 ans, tout en poursuivant ses études. Le magazine rapporte qu’en créant AppsTech aux États-Unis à la fin des années 1990, elle pensait d’emblée à l’échelle internationale : « Il fallait être une multinationale pour répondre aux besoins d’une multinationale », dit-elle. Pour Jeune Afrique, l’internationalisation faisait partie de son modèle initial, et non d’une seconde étape.
Un développement sur fonds propres. Jeune Afrique relève que l’entrepreneuse a financé sa croissance sur fonds propres et grâce à ses clients, sans levée de fonds, ce qui lui a fait mesurer les difficultés d’accès au capital. Le magazine ajoute qu’elle a ensuite investi dans des start-up et participé à la création d’ActivSpaces au Cameroun, pour accompagner de jeunes entrepreneurs. Selon Jeune Afrique, AppsTech a été complétée en 2017 par AppsTech Labs, tournée notamment vers l’intelligence artificielle, et les deux structures auraient généré plus de 50 millions de dollars de chiffre d’affaires cumulé, d’après Rebecca Enonchong. Son conseil aux futurs entrepreneurs, rapporte le magazine : ne pas attendre.
Kate Fotso, un retour en tête dans le cacao. Jeune Afrique présente Kate Fotso comme la fondatrice et PDG de Telcar Cocoa, l’un des acteurs majeurs de la filière cacao camerounaise, et présidente de l’Union des exportateurs de cacao du Cameroun. Selon le magazine, ses programmes de formation et de certification ont concerné plusieurs dizaines de milliers de producteurs. Jeune Afrique rappelle qu’en 2025, la rupture du partenariat historique avec le négociant américain Cargill avait fait perdre à Telcar sa place de premier exportateur.
Un an plus tard, la première place retrouvée. D’après Jeune Afrique, l’entreprise a repris la tête du marché lors de la campagne 2025-2026, avec 40 631 tonnes de cacao exportées, soit 32,38 % des exportations camerounaises. Le magazine y voit l’illustration d’entreprises insérées dans les chaînes de valeur mondiales et directement exposées aux fluctuations des marchés internationaux.
Alvine Tiwoda, aux commandes de CCA Bank. Selon Jeune Afrique, Alvine Tiwoda, longtemps directrice générale adjointe de CCA Bank, en est désormais la directrice générale. Le magazine rappelle que l’établissement est issu du Crédit communautaire d’Afrique et est devenu banque universelle en 2018.
Des résultats en hausse pour CCA Bank. Jeune Afrique indique que, avec un bénéfice net de 21,8 milliards de F CFA en 2025, la banque a franchi pour la première fois le seuil des 1 000 milliards de F CFA de bilan et doublé ses fonds propres à 61 milliards de F CFA. Selon le magazine, une vaste réorganisation a été engagée pour soutenir son expansion en zone Cemac et en Afrique de l’Ouest.
Carole Epée, de la biologie au courtage d’assurance. Jeune Afrique retrace le parcours de Carole Epée, formée en biologie puis en qualité et marketing à Lille, passée par le Crédit lyonnais Cameroun, Maersk et AES-Sonel, devenu Eneo. Le magazine précise qu’elle a rejoint Willis Towers Watson (WTW) Cameroun en 2016 pour prendre en charge l’activité santé, puis qu’elle en a pris la direction générale cinq ans plus tard. Pour Jeune Afrique, son itinéraire se distingue moins par la création d’une entreprise que par sa capacité à évoluer d’un secteur à l’autre et à accéder au sommet d’une filiale d’un groupe international.
Nathalie Lum, une ambition énergétique régionale. D’après Jeune Afrique, Nathalie Lum dirige M&L Consulting, un cabinet de conseil et d’ingénierie basé à Houston, et préside le Central Africa Business Energy Forum (Cabef). Le magazine rappelle qu’elle est intervenue sur des projets liés au gaz, aux hydrocarbures, aux télécommunications et à la formation en Guinée équatoriale.
Un projet à 14 milliards de dollars. Jeune Afrique rapporte qu’elle porte, par le biais du Cabef, le projet Central Africa Pipeline System (CAPS), un réseau transfrontalier d’oléoducs et de gazoducs destiné à relier les pays de la Cemac élargie à la Ceeac, avec stations de pompage, dépôts, terminaux GNL, raffineries et centrales électriques. Selon le magazine, la Cemac, l’Appo et le Cabef ont signé à Brazzaville, le 29 septembre, un protocole d’accord révisé pour faire avancer le projet, dont le coût est actuellement estimé à 14 milliards de dollars. Jeune Afrique y voit une logique moins nationale qu’institutionnelle et régionale.
Elysée Bogning Deumany, d’une démission à une PME diversifiée. Selon Jeune Afrique, Elysée Bogning Deumany a débuté comme auditrice interne, un métier qu’elle vivait mal : « J’étais comme la policière de l’entreprise », se souvient-elle. Le magazine raconte qu’après le refus de son employeur de créer un service de marketing qu’elle proposait, elle a démissionné en 2003 et fondé Elbing l’année suivante, en commençant seule avec des objets publicitaires pour les stations-service.
Un chiffre d’affaires divisé par plus de trois. Jeune Afrique précise qu’Elbing s’est diversifiée dès 2005 dans le bâtiment et l’aménagement, puis dans trois activités : supports publicitaires, BTP et événementiel. Selon sa dirigeante, citée par le magazine, l’entreprise a atteint jusqu’à 500 millions de F CFA de chiffre d’affaires avant d’être violemment frappée par le Covid : « On est revenu à zéro ». Elle survit, rapporte Jeune Afrique, avec un chiffre d’affaires redescendu autour de 150 millions de F CFA.
Le financement, un frein persistant. D’après Jeune Afrique, Elysée Bogning Deumany juge que la difficulté majeure reste le financement : les banques réclament des garanties immobilières que nombre de femmes ne possèdent pas directement, et le recrutement de personnel qualifié pose aussi problème. Le magazine indique qu’elle a participé, après le Ladies Business Forum, à la création en 2023 d’une fédération qui rassemble plusieurs associations de femmes entrepreneuses. Son ambition, selon Jeune Afrique, est d’aider davantage d’entrepreneuses du secteur informel à créer de véritables PME.