'Un immobilisme pesant, entretenu par celui-là même qui devrait impulser le mouvement'
Les camerounais attendent, depuis la présidentielle du 12 octobre 2025, la composition d’une nouvelle équipe gouvernementale promise par le président Paul Biya après sa réélection à la magistrature suprême. Pratiquement sept mois plus tard c’est la République du Bénin qui vient montrer la voix au locataire du palais d’Étoudi. En effet, la rapidité avec laquelle le président béninois Romuald Wadagni a formé son gouvernement, immédiatement après son investiture, arrive comme un coup de massue sur la tête de Paul Biya. Dans une analyse, notre consœur Angie Forbin critique la lenteur et l’immobilisme du pouvoir camerounais, soulignant que plusieurs mois après certaines annonces présidentielles, des décisions importantes comme le remaniement gouvernemental tardent toujours à être prises. Selon elle, cette attente crée une paralysie administrative et nourrit les spéculations politiques autour de l’état du pouvoir et de la gouvernance au Cameroun.
À peine investi hier, le président Béninois Romuald Wadagni a immédiatement formé son gouvernement, composé de 24 membres. Le même jour, tout était déjà en place.
Pendant ce temps, au Cameroun, même la parole présidentielle semble avoir perdu de sa force. L’expression « dans les prochains jours », utilisée par le président Biya lors de son discours de fin d’année, est devenue un sujet d’analyse à part entière, tant son sens paraît extensible à l’infini.
Six mois plus tard, le pays attend toujours. On suppute, on murmure que le gouvernement est prêt, mais pour des raisons obscures, ce fameux décret tarde à être publié. Résultat : tout est figé. Par anticipation, l’administration tourne au ralenti. Les ministres, conscients d’être assis sur des sièges éjectables, se livrent à une bataille de visibilité pour conserver leurs portefeuilles.
Un immobilisme pesant, entretenu par celui-là même qui devrait impulser le mouvement.
Ailleurs, la parole présidentielle déclenche l’action. À Etoudi, elle sert surtout à meubler les plateaux télé et à prouver aux sceptiques que le chef de l’État peut encore parler, marcher et reconnaître les visages.
C’est aussi cela, les règnes qui s’étirent trop longtemps.
Mais n’oublions jamais qu’à tout moment, le monde peut changer.
Angie Forbin