Coup d'Etat : Djeukam Tchameni démonte l'accusation et demande la perpétuité

Djeukam Tchameni Perquisition Image illustrative

Fri, 23 Oct 2026 Source: www.camerounweb.com

« Je comparais devant vous pour atteinte à la sûreté de l'État, rébellion et propagation de fausses nouvelles. La peine encourue : la prison à vie. Eh bien, je vais vous surprendre. JE PLAIDE COUPABLE. » C'est par ces mots que Mwalimu Djeukam Tchameni a électrisé la salle d'audience du Tribunal militaire de Yaoundé. Accusé d'avoir organisé une coalition de 22 partis et 34 associations pour porter la candidature d'Issa Tchiroma en 2025, cet éternel étudiant, major de promotion, ancien condamné politique de 1990 et ancien exilé, a livré une plaidoirie d'une rare intensité. Refusant l'acquittement, il a réclamé la perpétuité : « Condamnez-moi à voir ce Cameroun que j'appelle de tous mes vœux. L'Histoire, elle, m'acquittera. » Un moment de grâce et de courage qui restera dans les annales judiciaires du pays.



JE PLAIDE COUPABLE

Plaidoirie de Mwalimu Djeukam Tchameni

Au Tribunal Militaire de Yaoundé

Monsieur le Président, Messieurs les Juges,

Je comparais devant vous pour atteinte à la sûreté de l'État, rébellion et propagation de fausses nouvelles. La peine encourue : la prison à vie. Eh bien, je vais vous surprendre. JE PLAIDE COUPABLE.

Oui, je suis coupable. Mais pas des crimes dont vous m'accusez. Je suis coupable d'avoir consacré ma vie à ce pays. Je suis coupable d'avoir cru en la démocratie. Je suis coupable d'avoir voulu un Cameroun digne.

Devant Dieu et devant les hommes, pour l’Histoire, permettez-moi de m’expliquer.

Je plaide coupable d'excellence académique

Je suis en effet coupable d’être un éternel étudiant. À l'école principale d'Ekoudou à Yaoundé, je suis le premier de tout l’établissement avec une moyenne de 19/20. Au Lycée Joss, j’obtiens un Baccalauréat C avec mention à 17 ans. En 1982, Major de promotion à l'Université de Yaoundé en 1982. Puis vient un MBA en 1985 à l’Université de Houston, un troisième cycle en Management Politique à George Washington University en 1995. En 2005, je m’inscris dans un PhD en Gestion de la Connaissance en Afrique du Sud ; En 2015, je complète un postgrad en économie numérique dans un programme conjoint MIT-Columbia University. En 2024, je suis admis dans un doctorat en intelligence artificielle dont je continue d’écrire la thèse … en prison. Tous les dix ans je retourne à l’école pour améliorer mes connaissances.

Je suis Coupable, oui. Coupable d'avoir refusé la médiocrité intellectuelle.

Je plaide coupable d'avoir osé entreprendre

En 1986, j'ai créé à Douala une start-up dénommée « L’Intelligence Artificielle ‘Inc. en abrégé INTELAR. J'ai conçu RAMSES, le premier micro-ordinateur africain dont la caractéristique unique était sa résistance à la chaleur, à la poussière et à l’humidité. En 1991, l'État a détruit ma société. On me reprochait de vouloir faire du Cameroun une puissance technologique à l’instar de Taiwan.

Je suis Coupable, oui ; coupable d'avoir rêvé grand pour le Cameroun et l'Afrique.

Je plaide coupable d'aimer ce pays

Je suis né en 1961 à Baré Nkongsamba, de parents eux-mêmes nés à Mbanga. Au gré des affectations de mon fonctionnaire de père, j'ai parcouru pratiquement tout le Cameroun. J'en ai tiré un amour profond pour tout le Cameroun et tous les Camerounais. Mon esprit d’enfant a pu détecter les valeurs communes qui se cachent derrière notre apparente diversité. J’ai ainsi développé un profond mépris pour toute forme de chauvinisme ethnique. Le repli identitaire est pour moi une abomination.

Je suis coupable, oui ; Coupable d'être un véritable patriote.

Je plaide coupable de constance idéologique

En 1979, j'ai créé à l'Université de Yaoundé le Club d’Etudes et de Réflexion sur la Culture Africaine (CERCA) avec Achille Mbembe et Michel Lobé Ewane. Parallèlement, dans une Cellule Marxiste Clandestine, Je me suis initié à la Science de la Révolution.

De 1982-1985, j’ai perfectionné ma formation militante aux États-Unis au sein du All African People’s Revolutionary Party, sous la direction de Kwame Touré, ancien Premier Ministre des Black Panthers.

En 1986, de retour au Cameroun, je crée le Pati Panafricaniste (P2), une organisation clandestine qui œuvre pour la fin de la dictature du parti unique et le retour de la démocratie au Cameroun, ainsi que pour l’unité de l’Afrique.

En 1987, je me rends au Burkina Faso sous Thomas Sankara que je rencontre. Ouagadougou est à ce moment la Mecque des mouvements progressistes en Afrique. Du retour d’un de mes voyages en 1988, je suis arrêté par la Sécurité Militaire. Après 17 mois de détention extrajudiciaire, je suis traduit devant ce même tribunal militaire en Mars 1990. J’ai 29 ans et je suis condamné à 3 ans de prison ferme pour … subversion, en même temps que Me Yondo Black et Anicet Ekane.

Ployant sous la pression de l’opinion nationale et internationale, le régime nous libère en Août 1990. Nous nous attelons immédiatement à la construction de la Coordination des Partis Politiques et Associations. CAP Liberté, une association non partisane que je préside est la première à organiser une manifestation publique pour recalmer la Conférence Nationale Souveraine. La Coordination de l’Opposition en fait son mot d’ordre.

En 1992, CAP Liberté est un des membres fondateurs de l'Union pour le Changement qui porte la candidature victorieuse de John Fru Ndi. En 2025, je suis cofondateur avec Anicet Ekane de l'Union pour le Changement en 2025 (UPC 2025) qui porte la candidature consensuelle d’Issa Tchiroma. A chaque fois le peuple nous donne raison. Il donnera encore raison à l’Union pour le changement en 2027, en octroyant à ses candidats une majorité absolue à l’Assemblée Nationale.

Je suis coupable, oui ; Coupable d'être resté fidèle à mes convictions démocratiques pendant plus de 45 ans.

Je plaide coupable d'avoir payé cher le prix de la liberté

J'ai subi 3 ans de prison politique. J’ai perdu mon fils Nkrumah pendant que j’étais en détention. Ma société INTELAR a été détruite. Mon passeport a été confisqué. Après des tentatives d’assassinat sur ma personne, j’ai été contraint à 5 ans d’exil.

Mon épouse Makini, afro-américaine, a lutté à mes côtés pour le Cameroun et l'Afrique. Les travaux de construction de son école à Bonanjo de mon épouse ont été bloqués en 2017, malgré une décision du Tribunal Administratif en sa faveur. La ministre des Domaines de l’époque lui a déclaré : « L'État (voyou) camerounais n'est pas tenu de respecter les décisions de justice. »

Nos enfants Nzinga, Shabaka, Samory qui sont camerounais par droit de naissance n’ont jamais pu avoir une carte d’identité ni un passeport camerounais à cause des lois iniques sur la double nationalité qui s’applique à tête chercheuse.

Le 24 octobre 2025, j’ai été kidnappé dans notre domicile sans mandat d’amener. Ma maison a été perquisitionné sans mandat de perquisition. L’école de mon épouse a été dévalisée par des hommes armés et en uniformes. Des journalistes proches du pouvoir ont prétendu qu’on aurait trouvé chez nous des chars d’assaut, des kalachnikovs, de la drogue… curieusement, rien de tout ceci ne figure dans mon dossier d’accusation

Je suis coupable d'avoir tout donné pour ce pays : mon fils, ma liberté, mon entreprise, la quiétude de ma famille, bref …ma vie.

Ce que le Commissaire du Gouvernement qualifie de crimes

Monsieur le Juge, que me reproche vraiment le procureur ?

D'avoir pacifiquement organisé une coalition de 22 partis et 34 associations. D'avoir choisi dans la transparence un candidat consensuel. D'avoir participé légalement à une élection présidentielle. D’avoir mené une campagne dénuée de chauvinisme partisan, de culte de la personnalité et d’allusion ethniciste. D'avoir cru que le résultat des urnes serait respecté.

Le 12 octobre 2025, le peuple a parlé. Son verdict était sans appel. Le régime a refusé. Le pays a sombré dans une crise post-électorale sans précédent. Terrorisme d'État. Arrestations arbitraires. Emprisonnements sans procès. Une centaine de morts par balle. Des milliers de citoyens innocents qui croupissent un an après dans des prisons infectes.

Et l'on poursuit ceux qui ont obtenu la victoire, pas les perdants qui ont organisé la violence.

Quel bel exemple de parodie judiciaire, un véritable procès en sorcellerie !

Mes réquisitions

Monsieur le Juge, je ne demande pas l'acquittement. Je demande la peine que mo sacrifice exige. Qu'il plaise à la Cour de me condamner à perpétuité.

Qu'il me soit retiré à jamais le privilège de subir cette dictature féroce : son administration corrompue, sa presse bâillonnée, sa justice aux ordres, sa jeunesse sans emploi, ses routes cabossées, ses ordures jonchant les rues, ses hôpitaux sans médicaments.

Qu'il me soit permis de passer le restant de mes jours dans le Cameroun dont ont rêvé avant moi Um Nyobè, Félix Moumié, Ernest Ouandié, Osende Afana : un Cameroun souverain et démocratique dans une Afrique unie et forte.

Monsieur le Président, Messieurs les Juges,

Je prends stoïquement mon incarcération car c'est le prix à payer pour la liberté de mon peuple. Condamnez-moi. Condamnez-moi à perpétuité. Condamnez-moi à voir ce Cameroun que j'appelle de tous mes vœux.

Je plaide coupable. Je le fais avec fierté. Condamnez-moi aujourd’hui. L’Histoire, elle, m’acquittera.

I REST MY CASE.

Mwalimu Djeukam Tchameni

Prison Principale de Kondegui

Source: www.camerounweb.com