Coup dur pour Paul Biya et le RDPC: après Issa Tchiroma, Maurice Kamto annonce un tsunami

Issa Kamto Bello Image illustrative

Mon, 12 Jan 2026 Source: www.camerounweb.com

Après avoir boycotté les scrutins de 2020, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto annonce officiellement son retour dans l'arène électorale. Objectif affiché : briser l'hégémonie du RDPC et conquérir une majorité de sièges aux élections législatives et municipales. Entre ambition politique et défis opérationnels, le pari est risqué.

C'est la fin d'une longue attente pour les militants du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Après avoir boycotté les élections législatives et municipales de février 2020, le parti dirigé par Maurice Kamto a officiellement annoncé son retour dans l'arène des scrutins locaux prévus en 2026. L'objectif affiché est clair et ambitieux : briser l'hégémonie du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) et conquérir une majorité de sièges dans les mairies et à l'Assemblée Nationale.

Une déclaration qui sonne comme un tournant stratégique pour un parti qui, depuis 2020, a concentré son action sur les mobilisations de rue, les réseaux sociaux et les contestations judiciaires, tout en restant absent des institutions électives locales.

Le boycott des élections de 2020 avait laissé le MRC sans aucun élu local, une situation qui a largement limité sa capacité d'action concrète sur le terrain. Contrairement au Social Democratic Front (SDF) ou au Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), qui ont conservé des positions municipales et parlementaires, le MRC s'est retrouvé cantonné à un rôle d'opposition extra-institutionnelle.

Cette absence a eu des conséquences directes : aucun levier sur la gestion quotidienne des communes, aucune tribune parlementaire pour porter ses idées, et une visibilité politique réduite à des actions symboliques souvent réprimées.

Conscient de cette faiblesse, le parti de Maurice Kamto souhaite désormais corriger le tir pour peser sur la gestion quotidienne des Camerounais et démontrer sa capacité à gouverner localement avant, éventuellement, de prétendre au pouvoir national.

Ce retour dans l'arène électorale marque un véritable changement de doctrine pour le MRC, articulé autour de trois axes majeurs :

1. La reconquête institutionnelle

Il s'agit de passer des réseaux sociaux et des meetings de rue à la gestion concrète des municipalités. Le MRC veut prouver qu'il ne se contente pas de critiquer, mais qu'il est capable d'administrer, de gérer des budgets et de répondre aux attentes des populations à l'échelle locale.

2. Le maillage national

Le MRC ambitionne de présenter des listes dans toutes les régions du Cameroun, affirmant ainsi sa volonté d'être une force politique véritablement transversale et non plus circonscrite à certaines zones géographiques ou communautés linguistiques.

3. La mobilisation de la base électorale

Le parti mise sur sa capacité à mobiliser les jeunes, les déçus du système et les sympathisants de l'opposition pour transformer l'engouement populaire observé lors de certains rassemblements en sièges d'élus. Un pari qui nécessitera une organisation logistique et militante sans précédent.

Les défis immenses du chemin vers la victoire

Si l'annonce suscite l'enthousiasme des partisans du MRC, le chemin vers la victoire est semé d'embûches majeures :

Le MRC devra faire face à un système souvent accusé de favoriser le parti au pouvoir lors du processus de dépôt des candidatures, de distribution du matériel électoral et de validation des listes. Les batailles administratives risquent d'être aussi rudes que les batailles électorales elles-mêmes.

La question des coalitions avec d'autres forces de l'opposition (PCRN, SDF, etc.) sera au cœur des débats. Sans alliances stratégiques, l'éparpillement des voix pourrait une nouvelle fois profiter au RDPC dans les circonscriptions disputées. Le MRC parviendra-t-il à fédérer autour de lui ou préférera-t-il jouer cavalier seul ?

Le parti insiste déjà sur la nécessité d'une surveillance accrue des bureaux de vote pour garantir la transparence des résultats. Le MRC annonce qu'il déploiera des observateurs dans toutes les circonscriptions et qu'il contestera fermement toute irrégularité. Une posture qui pourrait, en cas de défaite, alimenter de nouvelles polémiques post-électorales.

"Remporter la majorité" : réalisme ou stratégie de communication ?

En annonçant vouloir remporter la majorité des sièges à l'Assemblée Nationale et dans les municipalités, le MRC place la barre extrêmement haut. Certains analystes y voient un objectif irréaliste au regard de la domination historique du RDPC et des difficultés structurelles de l'opposition camerounaise.

D'autres y lisent une stratégie de communication destinée à galvaniser les troupes après des années de retrait institutionnel et à démontrer que le MRC reste le "principal parti d'opposition" capable de proposer une alternative crédible à la gestion actuelle du pays.

Pour Maurice Kamto, ce discours volontariste vise également à maintenir la pression sur le pouvoir en place et à entretenir la flamme militante au sein de sa base, souvent frustrée par l'absence de résultats concrets depuis la présidentielle contestée de 2018.

Au-delà du seul MRC, les élections de 2026 constitueront un test grandeur nature pour l'ensemble de l'opposition camerounaise. Sauront-elles s'unir ou s'affronteront-elles une fois de plus dans une dispersion fatale ? Parviendront-elles à mobiliser massivement dans un contexte de défiance vis-à-vis du processus électoral ?

Pour le MRC, le défi est double : convaincre ses propres militants que le retour dans le jeu électoral n'est pas une trahison des principes, et prouver aux Camerounais qu'il peut transformer les promesses en réalité.

Source: www.camerounweb.com