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General News Wed, 8 Apr 2020

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Covid-19 : troublante enquête d'un journal français dans les centres de santé privés très exposés

au Cameroun, les centres de santé clandestins sont démunis face au coronavirus. Dans les plus de 3 000 structures informelles que compte le pays, le personnel soignant est mal formé, peu informé et, surtout, dénué des matériels adéquats.

Au centre de santé de l’Amitié, à Douala, l’inquiétude a pris ses aises. Alors qu’au Cameroun, le bilan de l’épidémie liée au coronavirus est de 658 cas confirmés, 9 décès et 17 guérisons au 7 avril, ce petit centre de quartier est dénué de gants, de masques et de solutions hydroalcooliques. Des produits trop chers.

Assise derrière sa table en bois, Olga, une infirmière de 29 ans, scrute l’écran de son smartphone. Comme avant. Mais elle a perdu son sourire d’antan et ne flirte plus sur WhatsApp. Un mot nouveau s’est invité dans sa vie : coronavirus. « Je lis tout sur Internet sur cette maladie, je suis les informations à la télé. J’ai vu des médecins masqués de la tête aux pieds comme pour aller sur la Lune, mais ici, dans notre centre, nous n’avons pas ça. » Elle pointe une boîte d’alcool sur un plateau de soins. « Voilà ce que j’ai. Aucun masque. Et j’économise les gants, car on n’en a pas assez. »

Quand le pays a enregistré ses deux premiers patients testés positifs au Covid-19, Olga n’a pas fait de recherches sur « cette maladie qui tue les Blancs ». Elle reçoit pourtant chaque jour des patients souffrant de grippe, de toux et de fièvre. « Des maux habituels. Ici, la plupart des malades toussent ou ont le paludisme », relativise la jeune femme. Alain*, propriétaire du centre de santé et infirmier à l’hôpital de district de Deïdo, ne cache pas sa peur « face aux morts de Chine et d’Italie ».

Signe de la gravité du moment, le gouvernement mène une « vaste recherche active des cas au sein de la population » de Douala. Quelque 1 500 agents communautaires ont été mobilisés pour faire du porte-à-porte afin de sensibiliser aux mesures de prévention et d’« identifier les personnes risquant de développer la maladie » pour leur faire subir un test de dépistage.

Pas d’existence légale

« Au chapitre de la formation, la priorité reste le renforcement continu des capacités du personnel de santé, en première ligne dans la lutte contre cette pandémie et qui, jusqu’ici, s’acquitte de sa mission avec dévouement, engagement et sens élevé du sacrifice et du service public, a déclaré le ministre de la santé publique, Manaouda Malachie, lundi 6 avril. Sous ce rapport, des formations sont organisées tous les jours, au niveau central et déconcentré, pour s’assurer que notre personnel dispose des éléments probants, de nature à répondre avec efficacité et permanence à cette pandémie. »

Selon Georges Alain Etoundi Mballa, directeur de la lutte contre la maladie, les épidémies et les pandémies au ministère de la santé, des formations et des opérations de sensibilisation et de renforcement des capacités des personnels soignants sont organisées à travers le Cameroun. « L’objectif est de former le plus grand nombre afin qu’ensemble, nous puissions faire face à cette pandémie », souligne-t-il sans plus de précisions.

Mais ils sont des milliers, comme Olga et Alain, à se sentir oubliés, parfois mal formés et souvent peu informés, dans les centres de santé des quartiers populaires. Un centre comme celui de l’Amitié n’a d’ailleurs aucune existence légale et pas d’autorisation d’exercer. Pourtant il est là, depuis des années, au cœur des zones les plus déshéritées. Et les malades, faute d’autres services de proximité, sont bien contents de le trouver. Dans les grandes villes comme Yaoundé ou Douala, ces centres sont parfois installés au sein même des maisons.

D’après Sylvain Nga Onana, le président du Syndicat national des personnels des établissements et entreprises du secteur de la santé du Cameroun, ces structures sont même les premiers lieux où se rendent les habitants dès qu’ils sont malades. « C’est la porte à côté », plaide-t-il, conscient du danger dans cette épidémie. « J’ai peur que les chiffres d’aujourd’hui ne soient multipliés par 1 000 d’un moment à l’autre, parce que ces centres ne comptent pas toujours de professionnels de santé » formés, équipés et maîtrisant les règles de réception de malades infectés par le Covid-19, s’inquiète le syndicaliste.

Le danger est immédiat

En août 2019, l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC) s’était bien alarmé de la « cote d’alerte atteinte », dénombrant un minimum de 3 400 centres de santé privés illégaux à travers le pays, structures clandestines où on trouve « toute la panoplie de la mal-pratique sur le plan médical ». De leur côté, les deux principaux syndicats du secteur de la santé ont adressé le 31 mars une lettre au ministre de la santé publique, dans laquelle ils demandent notamment que chaque professionnel exerçant dans une structure sanitaire publique ou privée soit doté d’un équipement adéquat et que chaque centre dispose de matériels de détection du coronavirus.

Mais le président d’une association y croit peu, estimant, sous couvert d’anonymat, que le danger est immédiat pour les petits centres : « Ce sont de véritables mouroirs. Les malades vont contaminer les personnels soignants qui n’ont ni masques, ni gants, ni le matériel nécessaire, et qui vont contaminer à leur tour les autres patients. » Il ajoute que jusqu’alors, le sujet intéressait d’autant moins que « depuis des années, les responsables nationaux vont se soigner ailleurs ; mais aujourd’hui, avec ce coronavirus, même leurs mères, tantes et oncles risquent de mourir ici ».

Si Olga, au centre de l’Amitié, craint par-dessus tout de « mourir avant d’avoir eu un enfant », Diane, infirmière dans un autre petit centre de Douala, a peur, elle, de contracter la maladie et de la transmettre à ses trois enfants et, surtout, à sa mère, âgée de 64 ans, avec qui elle vit. « On a constamment des coupures d’eau. En plus, on n’a même pas de masques », se plaignait-elle déjà, mi-mars, à notre passage. Sa collègue Suzie, qui riait encore un peu du danger il y a deux semaines, a disparu. « Je suis seule, Suzie est partie. Elle est enceinte et ne veut pas prendre de risque. Elle a raison, le salaire est minable. Moi je reste, je dois m’occuper de ma famille », regrettait Diane lors de notre dernier appel, fin mars.

Source: lemonde.fr/afrique

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