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Crise anglophone: les leaders sécessionnistes haussent le ton et menacent

Fri, 14 Dec 2018 Source: Signatures N°107

Les dirigeants du mouvement sécessionniste anglophone dit Ambazonie qui, avec leur "président", Sisiku Ayuk Tabe, avaient été mis aux arrêts au Nigeria et rapatriés vers le Cameroun et détenus à Yaoundé depuis 11 mois, ont été traduits devant le tribunal militaire le 6 décembre 2018.

Lors de leur passage le juge militaire, certains avaient vainement cru qu`ils allaient montrer des signes de remords. Ils ont été surpris de constater qu'ils étaient encore plus provocateurs que jamais. En répondant aux questions posées par le juge, ils ont tous nié être Camerounais. Alors que certains ont affirmé être des «Ambazoniens», d’autres ont affirmé être des «Southern Camerounians». Il est à noter que les termes «Ambazonie" et "Southern Cameroons" sont généralement utilisés indifféremment.

Voici la version d'un témoin oculaire qui a vécu les échanges au tribunal militaire : "Le magistrat appelle chacun des accusés, en commençant par Sisiku Ayuk Tabe Julius identifié par son état civil mais le magistrat remarque qu’aucune nationalité n’est mentionnée dans son dossier. Sisiku reconnait ce que lui dit le magistrat. Le prochain à être appelé est Nfor Ngala Nfor, qui est égale- ment identifié de manière routinière, mais s’op- pose au magistrat quand elle le décrit comme un Camerounais. Il répond: "Je suis un Southern Cameroonian". Le magistrat lui dit : `Ce pays n’existe pas encore`, et ensuite elle passe à la personne suivante. Par la suite, que ce soit Tassang Wilfred, ou le Dr Kimeng Henry, ou le plus jeune de tous, Fidelis Che, ils soulignent tous devant le tribunal qu’ils ne sont pas Camerounais, mais Ambazoniens. En guise de réponse, le magistrat répète a chaque fois : «ça n`existe pas ici !»

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Le journal The Star rapporte les faits comme suit : «Lors de l'ouverture de l’audience, le juge président, le colonel Abega Mbezoa, a ordonné à la Cour de garder le silence, le commissaire de l’Etat camerounais a donné lecture des accusations portant sur la sécession, le terrorisme, les réunions illégales, la destruction, la guerre, les fausses publications susceptibles de porter atteinte à l'ordre public, etc.”

Au total, 47 personnes ont été arrêtées au Nigéria et déportées au Cameroun. Cependant, seules dix ont été traduites en justice ce jour-là. Il s`agit de Sisiku Julius Ayuk Tabe, le «président» de leur République, Maitre Eyambe Elias, Nfor Ngalla Nfor, Dr. Fidelis Ndeh Che, Dr. Egbe Ngu Ntui Ogork, Dr. Cornelius Kwanga, Tassang Wilfred, Dr. Kimeng Henry Tata, Maitre Shufai Blaise Berinyuy, et le Prof.Awasum Augustine. L’affaire a été renvoyée au 10 janvier 2019. Le journal The Post explique la raison: "Alors que la partie civile représentée par l'avocat Duclair Mangoua tentait de présenter les faits pour le compte de l'Etat du Cameroun, l'avocat principal de la défense, John Fru Nsoh , appuyé par plus de 50 cabinets d'avocats différents, a soulevé une objection à la participation de son collègue et le juge lui donne gain de cause. La raison est que en tant qu’avocat du ministère public, il n’avait pas présenté d’autorisation valable délivrée par l'Ordre des avocats du Cameroun et indiquant qu’il pouvait plaider en un procès impliquant des collègues de la profession. " The Post raconte : «Entre-temps, la liste des 79 témoins présentés par l’accusation et notifiés aux avocats moins de 24 heures avant le début de l'audience constituait un autre sujet de discorde au tribunal. Selon l’avocat de la défense, cela était en contradiction avec la loi qui stipule à l'article 414 (1, 2, 3) du Code pénal que l’accusation est censée transmettre la liste des témoins à l’équipe de la défense au moins cinq jours avant l'ouverture de l’audience».

Quel que soit le cas, ajournement ou non, la ligne dure adoptée récemment par les dirigeants sécessionnistes conduira probablement à un approfondissement de la crise en cours au lieu d’aider à la résoudre. Voici comment un avocat international a analysé la situation: "Si les accusés continuent d'affirmer qu’ils ne sont pas Camerounais mais plutôt Ambazoniens, une telle réponse peut entraîner une pléthore d'autres complications devant le tribunal. Peuvent-ils prouver que le pays auquel ils prétendent appartenir existe réellement et est reconnu par la communauté internationale? Que se passera-t-il si le ministère public arrive à établir que des pièces d’identité camerounaise avaient bien été délivrées? Pourront-ils nier les faits? Et si l’avocat du ministère public présentait des copies d`actes de naissance prouvant que les accusés étaient nés au Cameroun et non pas ail- leurs, que feraient-ils? Et si le tribunal prouvait qu’ils avaient par le passé exercé des professions pour le compte du gouvernement du Cameroun, que diraient-ils? Comme vous pouvez le constater, leur réponse au tribunal a définitivement ouvert la boîte de Pandore. Ce que je redoute le plus, est que, si l’on tient compte des chefs d’accusation retenus contre eux, le tribunal pourrait éventuellement les condamner à mort, comme le prévoit le code pénal en vigueur au Cameroun. Si cela se produit, que vont-ils faire?»

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Jusqu'à présent, force est de constater que les effets de la crise ont été dévastateurs. Des milliers de personnes ont été dispersées à l'inté- rieur des deux régions touchées et certaines ont été déplacées, en particulier au Nigéria. De nombreuses familles vivent dans la brousse, ayant fui leurs maisons incendiées soit par les forces régulières, soit par les sécessionnistes. Le quotidien The Star rapporte pour sa part que : "Franklin Ngoni Njie, le directeur général de la Société de développement du Cameroun (Cdc), a présenté un tableau très sombre de cette entreprise agro-industrielle géante qui est le deuxième employeur après l’Etat du Cameroun. Le directeur général a déclaré que si l'interven- tion n'était pas rapide, la situation pourrait continuer à se dégrader en raison de la crise socio-politique que l’on connaît. Il a révélé que le secteur de la banane avait été durement tou- ché et nécessitait une réorganisation de près de 15 milliards de francs CFA, le caoutchouc, 7,7 milliards de francs CFA et les palmiers, 6,47 mil- liards de francs CFA. Il a en outre souligné que seulement 6 des 18 plantations d'hévéa et de palmiers étaient actuellement opérationnelles et que 12500 emplois avaient été perdus dans l`entreprise.

Le Star rapporte en outre que la situation au Cdc est devenue tellement alarmante que l’armée a été invitée à donner un coup de main : "L’Armée camerounaise a commencé à transporter des morceaux de caoutchouc provenant de l'usine de caoutchouc Cdc de Mukonje Kumba III pour être traités à l'usine de caoutchouc àTiko Fako. Ces morceaux de caoutchouc s’accumulaient depuis que la société avait cessé ses activités il y a plus de trois mois à la suite des menaces proférées par les forces de défense ambazoniennes. Ceci a été suivie par la destruction des installations de la Cdc dans les départements de Meme et de Ndian ".

Un leader politique s'est prononcé très amère- ment face à la situation de dégénérescence. La présidente du Parti du peuple camerounais, Edith Kah Walla, qui avait déjà été candidate à l’élection présidentielle, a déclaré que les deux régions anglophones sont les plus grandes perdantes dans le conflit en cours, car les habitants de ces deux régions traversent une période douloureuse et que les régions elles-mêmes sont en train d'être détruites. Kah Walla reproche à ceux qu`elle appelle "les parrains des combattants d'Ambazonie" d`être à l`origine de ce fâcheux retournement de la situation. Elle a également lancé un appel à l`endroit du gouvernement pour qu’il initie un dialogue urgent et inclusif afin de résoudre la crise.

Néanmoins, avec la position belligérante prise par les dirigeants sécessionnistes incarcérés, on peut se demander ce qui se passera si ceux-ci continuent à se creuser les talons. Le 10 janvier, date à laquelle leur procès doit reprendre, on connaitra la réponse.

Source: Signatures N°107

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