Crise énergétique : La police camerounaise bientôt paralysée

Police Rangs Des stocks de sécurité de carburant de la police épuisés et plus de 21 milliards à couvrir

Thu, 8 Oct 2026 Source: www.camerounweb.com

Selon une correspondance du 6 octobre 2026, le ministre de l’Eau et de l’Énergie alerte sur les difficultés d’approvisionnement de la DGSN en carburant, alors que les stocks de sécurité seraient épuisés. Les consommations concernées atteignent 22,765 millions de litres, pour une valeur de 21,06 milliards de FCFA.

L’approvisionnement de la police camerounaise en carburant est sous pression. Dans une correspondance du 6 octobre 2026 adressée au secrétaire général de la présidence de la République, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, alerte sur l’épuisement des stocks de sécurité et les difficultés de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) à poursuivre les livraisons à la Délégation générale à la sûreté nationale (DGSN).

Le problème dépasse un simple retard de livraison. Selon le ministre, le volume de carburant consommé par la DGSN et concerné par ce dossier atteint désormais 22 765 mètres cubes, soit 22,765 millions de litres, pour un montant de 21 061 896 338 FCFA au 6 octobre 2026.

Ces consommations ont épuisé les stocks de sécurité. Elles comprennent également des volumes appartenant à certains distributeurs pétroliers, qui en exigent le remplacement auprès de la SCDP. L’entreprise se retrouve ainsi exposée, selon la correspondance, à des risques juridiques et financiers alors qu’elle doit continuer d’assurer l’approvisionnement de la police.

Une première opération de près de 4,9 milliards toujours impayée

Une tentative de régularisation avait pourtant été engagée. Le ministre rappelle qu’une instruction du secrétariat général de la présidence, datée du 14 juin 2024, demandait au ministère des Finances de mobiliser un distributeur pour approvisionner en urgence la DGSN, en attendant la reconstitution des stocks de sécurité.

Le ministère des Finances avait alors signé une convention avec Neptune Oil S.A. pour remplacer 5 860 mètres cubes, soit 5,86 millions de litres, déjà consommés par la DGSN entre 2022 et 2023. Le montant de cette opération s’élevait à 4 875 520 000 FCFA.

Mais, deux ans après l’instruction présidentielle relayée par le secrétariat général, cette somme reste impayée, indique Gaston Eloundou Essomba. Il précise qu’elle avait pourtant été régulièrement engagée, liquidée et ordonnancée au profit de Neptune Oil.

Ces 4,875 milliards de FCFA ne doivent pas être automatiquement ajoutés aux 21,062 milliards : la lettre ne précise pas qu’il s’agit de deux montants entièrement distincts.

Un mécanisme de financement qui ne fonctionne plus

Le diagnostic du ministre est sévère. Il décrit comme « structurellement inopérant » le dispositif consistant à faire prendre en charge les consommations de la DGSN par un distributeur privé. En cause : les tensions de trésorerie de l’État et la dépendance des opérateurs pétroliers à des financements bancaires de court terme.

Le déséquilibre est concret : le carburant est consommé, mais son remplacement et le paiement des fournisseurs ne suivent pas. Les réserves sont sollicitées jusqu’à épuisement, tandis que les entreprises réclament leurs produits ou leur règlement.

Pour la police, dont les patrouilles, les interventions et les déplacements dépendent du carburant, cette fragilité représente un risque opérationnel. La correspondance ne signale toutefois ni arrêt général des livraisons ni immobilisation effective des unités. Elle alerte sur les difficultés à maintenir leur approvisionnement.

Tradex proposée comme solution

Pour sortir de cette impasse, Gaston Eloundou Essomba propose de rattacher la DGSN au mécanisme d’approvisionnement des corps de défense assuré par Tradex S.A. Il cite le modèle appliqué au ministère de la Défense et récemment étendu, selon sa lettre, à la Garde présidentielle.

Cette proposition reste soumise aux instructions sollicitées auprès de la présidence. Aucun accord de mise en œuvre n’est annoncé dans le document.

Au-delà du choix d’un fournisseur, l’urgence porte donc sur le règlement des engagements, la reconstitution des stocks et la sécurisation durable du financement. Changer d’opérateur ne suffira pas, à lui seul, à résoudre le problème si les paiements continuent de prendre du retard.

Boris Bertolt

Source: www.camerounweb.com