Décembre 2023, tribunal militaire de Yaoundé. Les avocats des parties impliquées dans l'affaire du rapt du journaliste Martinez Zogo sont convoqués en urgence au greffe. On leur remet un document qui va, en quelques heures, semer la confusion dans tout le dossier : une ordonnance de mise en liberté provisoire concernant Jean-Pierre Amougou Belinga, homme d'affaires soupçonné d'être l'un des commanditaires de l'assassinat. Selon des révélations de Jeune Afrique, cet épisode judiciaire est resté, près de deux ans plus tard, l'un des mystères les mieux gardés du système judiciaire camerounais.
D'après les informations de Jeune Afrique, le document en question portait la signature du juge Sikati II Kamwo et laissait espérer, aux soutiens de Jean-Pierre Amougou Belinga, une issue favorable rapide. L'homme d'affaires, incarcéré malgré des soutiens réputés proches du directeur du cabinet civil de la présidence, Samuel Mvondo Ayolo, ainsi que de plusieurs ministres influents, semblait sur le point d'être remis en liberté. Le soulagement de son camp fut cependant de courte durée.
Le ministère de la Défense dément
Jeune Afrique rapporte que le ministère de la Défense, dirigé par Joseph Beti Assomo, a rapidement publié un communiqué qualifiant l'ordonnance de faux document. Un rétropédalage aussi brutal que la publication initiale, qui a immédiatement relancé les spéculations sur les véritables commanditaires de cette manœuvre : qui avait intérêt à faire croire à une libération imminente, avant de la démentir aussitôt ?
Un juge remplacé peu après
Élément troublant relevé par Jeune Afrique : quelques mois après cet épisode, la présidence de la République a officialisé, par un décret signé de Paul Biya lui-même, le remplacement du juge Sikati II Kamwo. Une coïncidence de calendrier qui, selon le média, alimente les interrogations : le magistrat a-t-il payé le prix d'avoir rédigé — ou laissé rédiger en son nom — une ordonnance jugée gênante par une partie du pouvoir ? Ou son ordonnance reposait-elle sur de véritables fondements juridiques, écartés ensuite pour des raisons politiques ?
Ces zones d'ombre, souligne Jeune Afrique, dépassent le seul cas de Jean-Pierre Amougou Belinga : elles posent la question plus large de la capacité de la justice militaire camerounaise à instruire un dossier aussi sensible que celui de l'assassinat de Martinez Zogo à l'abri des pressions politiques. Aucune version officielle n'ayant, à ce jour, permis de clarifier entièrement les circonstances de cette ordonnance controversée, ces informations doivent être prises avec la réserve qui s'impose sur un dossier judiciaire toujours en cours — mais elles illustrent, selon Jeune Afrique, combien la frontière entre décision de justice et jeu d'influence politique reste, à Yaoundé, difficile à tracer.