« Je pourris à vue d’œil après avoir fait l’amour », confie-t-elle. Elle l’a fait avec le mari d’autrui.
Je m’appelle Mélissa. J’ai 24 ans. Je vivais à Makepe à Douala. J’étais jolie, souriante, un peu rêveuse. Et parfois trop attirée par la facilité. Il s’appelait Arnaud. Il avait 45 ans. Gros commerçant à Akwa. Je savais qu’il était marié. Tout le monde le savait. Mais il disait qu’il n’aimait plus sa femme. Qu’elle ne faisait que le surveiller. Qu’elle était stérile. Qu’il méritait un peu de douceur.
Moi, bêtement, j’ai cru. J’ai accepté de sortir avec lui. Au début, on se voyait dans les hôtels. Puis un jour, il m’a dit : « Viens dormir chez moi. Ma femme est partie au village pour l’enterrement de son père ».
J’ai hésité. Mais il insistait. Il a envoyé un taxi. J’ai cédé. J’ai dormi dans leur lit. J’ai utilisé ses savons. J’ai porté sa robe de nuit, qu’il a dit avoir « gardée pour moi ». Mais vers 3h du matin, la porte a claqué. Bruit sec. Fort. La femme était rentrée.
Je l’ai vue. Petite, mais les yeux rouges comme une braise. Elle m’a regardée. Elle n’a rien dit. Elle m’a juste soufflée un mot en langue. Une phrase que je n’ai pas comprise. Moi j’ai fui. Pieds nus. Sans sac. Sans téléphone. J’ai couru jusqu’à Bonamoussadi.
Trois jours après, une plaie est apparue sur ma jambe. Une tâche noire, ronde. Puis une autre dans mon dos. Puis mes cheveux ont commencé à tomber. Mes doigts ont gonflé. Et aujourd’hui, je pourris vivante.
Je sens la peau qui s’ouvre par endroit. Ça coule. Ça brûle. J’ai tout essayé : l’hôpital, la prière, les plantes, rien ne marche. Une vieille voisine m’a dit : « Tu as marché sur un sort. Ça, c’est les femmes des Bassins du Cameroun. Elles ne crient pas. Elles n’insultent pas. Elles punissent ».
Et depuis ce jour, chaque nuit, je rêve d’elle. Elle est assise sur une chaise en bois. Elle me dit : « Ce que tu as touché avec ton corps, tu vas le rendre avec ta chair ». Je ne peux plus vivre comme ça. Je cache mon corps. Je pleure. Je me décompose. Et personne ne peut m’aider.