Une information explosive : Jeune Afrique révèle qu'une motion demandant au chairman Joshua Osih de "ne plus refuser les sollicitations présidentielles" a été déposée lors du NEC du 7 février. Une entrée historique du principal parti d'opposition au gouvernement serait-elle en préparation ? Le repositionnement idéologique vers le centre divise profondément les militants.
C'est une information majeure que Jeune Afrique dévoile en exclusivité dans son édition du 16 février : une motion demandant au chairman du Social Democratic Front (SDF), Joshua Osih, de « ne plus refuser les sollicitations présidentielles » a été déposée lors du Comité exécutif national (NEC) du 7 février dernier. Une formulation diplomatique qui cache une réalité explosive : une partie significative du parti souhaite désormais que le SDF accepte d'entrer au gouvernement de Paul Biya.
Selon les informations exclusives obtenues par Jeune Afrique, cette motion n'a certes pas été débattue lors de ce NEC historique, mais son simple dépôt constitue déjà un événement politique majeur. Pour la première fois dans l'histoire du principal parti d'opposition camerounais, des voix s'élèvent officiellement pour réclamer une participation gouvernementale, rompant avec des décennies d'opposition frontale au régime.
Cette révélation de Jeune Afrique soulève une question vertigineuse : le SDF est-il en train de basculer du statut de parti d'opposition radicale à celui de force d'appoint du régime Biya ? Et si oui, ce tournant stratégique peut-il être la planche de salut après la débâcle électorale d'octobre 2025, ou au contraire le coup de grâce à l'identité même du parti ?
Jeune Afrique souligne l'importance historique de cette perspective : une entrée du SDF au gouvernement « serait une première historique ». Depuis sa création en 1990 sous l'impulsion de John Fru Ndi, le parti s'est toujours positionné dans une opposition intransigeante au régime du RDPC. Participer à un gouvernement dirigé par Paul Biya constituerait donc une révolution copernicienne dans la stratégie politique du parti.
Mais selon les révélations de Jeune Afrique, « si certaines voix au sein du parti prônent l'ouverture d'un débat sur la question », le sujet reste ultra-sensible. Les cadres dirigeants n'ont d'ailleurs pas osé l'aborder frontalement lors du dernier NEC, préférant sans doute ne pas enflammer davantage une atmosphère déjà explosive après la catastrophique présidentielle.
Cette prudence témoigne de la conscience aiguë qu'a la direction du parti du caractère potentiellement schismatique de cette question. Entrer au gouvernement diviserait inévitablement le SDF entre « pragmatiques » favorables à une participation pour peser de l'intérieur, et « radicaux » fidèles à la ligne d'opposition pure et dure héritée de Fru Ndi.
Les révélations de Jeune Afrique mettent en lumière un débat idéologique fondamental qui traverse aujourd'hui le SDF : le parti doit-il se repositionner vers le centre politique ou maintenir sa posture d'opposition radicale ?
Louis-Marie Kakdeu, vice-président du SDF, défend sans ambiguïté la première option dans les colonnes de Jeune Afrique : « Les nouveaux dirigeants du SDF ont beau expliquer la nécessité d'un repositionnement vers le centre, les nostalgiques de l'ère John Fru Ndi, marquée notamment par une opposition frontale au pouvoir, restent visibles dans les rangs du parti. »
Kakdeu va plus loin et tacle directement les « radicaux » du parti : « Il faut cesser de regarder la politique à travers le rétroviseur. Les extrémistes reprochent au SDF de ne plus tenir des discours violents. Ils nous accusent d'être devenus "mous". Le SDF est sorti des extrêmes pour consolider son statut de parti républicain capable de gouverner : on ne gouverne pas en divisant ; on gouverne en rassemblant. »
Ces propos, rapportés en exclusivité par Jeune Afrique, constituent une véritable profession de foi en faveur d'une mutation profonde du parti. Le terme « parti républicain capable de gouverner » est particulièrement significatif : il suggère que le SDF ne se voit plus comme un parti contestataire perpétuel, mais comme une force de gouvernement potentielle, y compris aux côtés du RDPC.
Jeune Afrique révèle l'ampleur du fossé générationnel qui divise désormais le parti. D'un côté, « les nostalgiques de l'ère John Fru Ndi, marquée notamment par une opposition frontale au pouvoir », qui considèrent le repositionnement centriste comme une trahison des idéaux fondateurs du parti. De l'autre, les nouveaux dirigeants autour de Joshua Osih et Louis-Marie Kakdeu, qui estiment que cette posture radicale est devenue électoralement contre-productive et politiquement stérile.
Cette fracture idéologique est d'autant plus douloureuse que John Fru Ndi, décédé en juin 2024, incarne toujours une figure mythique pour une large partie des militants. « Chairman » du SDF pendant 34 ans (1990-2024), Fru Ndi avait fait de l'opposition intransigeante à Paul Biya le cœur de son identité politique. Renoncer à cette ligne, c'est symboliquement tourner la page de son héritage.
Les « radicaux » dénoncés par Kakdeu dans Jeune Afrique ne sont donc pas de simples contestataires : ils sont les gardiens de l'orthodoxie Fru Ndi, convaincus que le parti est en train de perdre son âme au nom d'un prétendu pragmatisme qui n'est en réalité qu'une capitulation déguisée.
L'accusation d'être devenus "mous"
Le terme « mous », rapporté par Jeune Afrique, cristallise toutes les tensions. Pour les militants radicaux, le nouveau SDF d'Osih a perdu sa capacité à mobiliser précisément parce qu'il a renoncé aux « discours violents » qui faisaient sa force mobilisatrice. En voulant être respectable et gouvernable, le parti serait devenu fade et indistinct, incapable de susciter l'enthousiasme populaire.
Cette critique trouve un écho particulier dans les résultats catastrophiques de la présidentielle 2025. Jeune Afrique rappelle que Joshua Osih n'a obtenu que 1,21 % des suffrages (55 841 voix), contre 3,35 % (118 706 voix) lors de sa première tentative en 2018. Un effondrement de près de 63 % qui semble valider la thèse selon laquelle le repositionnement centriste n'a pas convaincu l'électorat.
Pire encore, révèle Jeune Afrique, même dans les fiefs anglophones traditionnels du SDF (Nord-Ouest et Sud-Ouest), Osih n'a obtenu que 16 292 et 9 875 voix respectivement, des scores humiliants pour un parti qui se présentait comme le champion de la cause anglophone.
Pour Louis-Marie Kakdeu, dont les propos sont rapportés par Jeune Afrique, cette critique est injuste et anachronique. Sa vision est claire : « On ne gouverne pas en divisant ; on gouverne en rassemblant. » Le SDF doit donc abandonner les postures radicales héritées de l'ère Fru Ndi pour devenir un parti « républicain », c'est-à-dire capable de dialoguer, de négocier, et potentiellement de cogérer le pouvoir.
Cette philosophie justifie logiquement l'ouverture d'un débat sur une participation gouvernementale. Si l'objectif est de « gouverner », pourquoi rester éternellement dans l'opposition quand des « sollicitations présidentielles » se présentent ?
Mais cette logique se heurte à une objection fondamentale, que Jeune Afrique laisse en filigrane : comment « gouverner » avec Paul Biya, qui dirige le Cameroun depuis 1982 et dont le régime est régulièrement dénoncé pour son autoritarisme, sa corruption et sa gouvernance désastreuse ? N'est-ce pas cautionner précisément ce contre quoi le SDF a été créé ?
La formulation « sollicitations présidentielles » révélée par Jeune Afrique mérite qu'on s'y attarde. Que recouvre exactement ce terme ? S'agit-il d'approches informelles du régime Biya proposant des postes ministériels à des cadres du SDF ? De propositions de participation à un gouvernement d'union nationale ? D'offres de collaboration ponctuelle sur des dossiers spécifiques ?
Jeune Afrique ne fournit pas de détails sur la nature précise de ces « sollicitations », mais leur simple évocation lors d'un NEC est déjà hautement significative. Cela suggère qu'il y a eu effectivement des contacts, des ouvertures, peut-être même des négociations embryonnaires entre Joshua Osih et le pouvoir.
La motion demandant au chairman de « ne plus refuser » ces sollicitations implique logiquement qu'il les a refusées jusqu'à présent. Mais jusqu'à quand pourra-t-il continuer à refuser si la pression interne monte ? Et quelles ont été les propositions concrètes faites par le régime ?
Cette révélation de Jeune Afrique intervient dans un contexte particulièrement défavorable pour Joshua Osih. Comme le magazine le note, une motion de censure a également été déposée contre lui lors du même NEC du 7 février, le jugeant « suffisant », « condescendant » et « nullement affecté par les résultats catastrophiques du 12 octobre 2025 ».
Coincé entre les « radicaux » qui lui reprochent d'avoir trahi l'héritage Fru Ndi et les « pragmatiques » qui veulent aller encore plus loin dans le repositionnement centriste, Joshua Osih se retrouve dans une position intenable. Accepter une entrée au gouvernement aliénerait définitivement la frange radicale du parti. Refuser pourrait provoquer une scission menée par les « pragmatiques » désireux de participer au pouvoir.
Jeune Afrique souligne d'ailleurs qu'Osih pourrait « perdre des plumes » lors des prochaines législatives s'il ne parvient pas à se faire réélire dans sa circonscription du Wouri. Une défaite législative, combinée aux tensions internes, pourrait précipiter sa chute et ouvrir la voie à un nouveau leadership plus favorable à une participation gouvernementale.
Cette tentation du gouvernement n'est pas inédite dans l'histoire des partis d'opposition africains. Le continent regorge d'exemples de formations qui, après des années d'opposition, ont fini par accepter de participer à des gouvernements d'union nationale ou de coalitions élargies.
Certains de ces exemples sont positifs : des opposants devenus ministres ont pu effectivement peser sur certaines politiques et introduire des réformes. Mais d'autres sont catastrophiques : des partis d'opposition jadis crédibles qui ont été phagocytés par le pouvoir, transformés en faire-valoir démocratiques, et qui ont fini par disparaître de la scène politique, trahis par leur base et méprisés par le régime qu'ils servaient.
Jeune Afrique ne fait pas ce parallèle explicitement, mais la question plane : le SDF veut-il devenir un véritable acteur de la gouvernance ou un simple alibi démocratique pour le régime Biya ?
Un élément contextuel révélé par Jeune Afrique pourrait éclairer cette tentation gouvernementale : la situation financière désastreuse du SDF. Le magazine rapporte que sur un budget de campagne de 7 milliards de F CFA, le parti n'a pu collecter que 200 millions, soit moins de 3 %.
Dans ce contexte de pénurie chronique, les ressources que pourrait apporter une participation gouvernementale (financements publics, accès aux marchés publics, possibilités de patronage) pourraient être terriblement tentantes pour un parti exsangue financièrement.
Cette dimension matérielle, rarement évoquée publiquement, joue pourtant un rôle crucial dans les calculs stratégiques. Un parti pauvre est un parti faible. Si participer au gouvernement permet au SDF d'accéder à des ressources qui lui manquent cruellement, la tentation sera forte, même si cela implique des compromis idéologiques majeurs.
Le piège de la légitimation mutuelle
Mais Jeune Afrique met indirectement en lumière un piège redoutable : en acceptant d'entrer au gouvernement, le SDF apporterait une légitimité démocratique précieuse à un régime décrié. Paul Biya pourrait brandir cette participation comme la preuve que son gouvernement est inclusif, pluraliste, démocratique.
En échange, le SDF recevrait une légitimité gouvernementale et des ressources matérielles. Mais cette transaction serait-elle acceptable pour la base militante ? Et surtout, comment le SDF pourrait-il ensuite critiquer les dérives du régime si ses propres membres sont ministres ?
Cette question est d'autant plus aiguë que Jeune Afrique rappelle les circonstances controversées de la présidentielle d'octobre 2025, avec des accusations massives de fraude et une répression violente des manifestations. Comment participer au gouvernement d'un président dont l'élection est si contestée ?
Face à cette perspective, Jeune Afrique note que « les nostalgiques de l'ère John Fru Ndi [...] restent visibles dans les rangs du parti ». Ces « radicaux », qualifiés d'« extrémistes » par Louis-Marie Kakdeu, ne resteront probablement pas les bras croisés si le SDF bascule dans une participation gouvernementale.
On peut anticiper plusieurs scénarios : une scission du parti avec la création d'un « vrai SDF » fidèle à l'esprit Fru Ndi ; des départs individuels massifs de militants dégoûtés ; une paralysie institutionnelle avec deux camps irréconciliables s'affrontant à chaque décision ; ou encore une implosion pure et simple du parti.
Jeune Afrique souligne d'ailleurs que Charlie Tchikanda, militant présent au NEC, déplore déjà que le Comité exécutif national se soit « transformé en lieu de meeting où l'on vient applaudir les belles phrases du prince ». Une critique qui suggère que les dissidents considèrent que la messe est déjà dite et que le parti est déjà aux mains d'une clique qui a décidé de son orientation sans véritable débat démocratique.
Jeune Afrique révèle un élément crucial : Joshua Osih, élu dans le Wouri, « pourrait perdre des plumes s'il ne parvenait pas à se faire réélire lors des prochaines législatives ». Ces élections, prévues en 2026, constitueront donc un test électoral majeur pour le chairman et sa stratégie de repositionnement centriste.
Si le SDF enregistre une nouvelle débâcle aux législatives, cela validerait la thèse des « radicaux » selon laquelle le repositionnement centriste est un échec. Mais cela pourrait aussi précipiter paradoxalement l'entrée au gouvernement : face à un nouveau fiasco électoral, la participation gouvernementale pourrait apparaître comme l'ultime planche de salut pour un parti au bord du gouffre.
À l'inverse, si le SDF obtenait de bons résultats aux législatives, cela conforterait Joshua Osih et lui donnerait les moyens de résister aux pressions pour entrer au gouvernement. Mais rien dans les révélations de Jeune Afrique ne laisse présager un tel sursaut électoral.
Un élément intrigant dans les révélations de Jeune Afrique : aucune réaction du régime Biya n'est mentionnée. Le pouvoir a-t-il effectivement lancé des « sollicitations » au SDF ? Sous quelle forme ? Avec quelles contreparties ?
Ce silence pourrait être stratégique. En laissant le SDF se déchirer sur la question d'une participation gouvernementale sans confirmer ni infirmer l'existence de propositions concrètes, le régime affaiblit le principal parti d'opposition sans même avoir à agir directement. Une manipulation politique d'une grande habileté.
Il est également possible que ces fameuses « sollicitations présidentielles » soient plus fantasmées que réelles, des rumeurs que certains au sein du SDF instrumentalisent pour justifier leur virage idéologique. Sans confirmation officielle du côté du pouvoir, difficile de démêler le vrai du faux.