Selon des informations révélées par le lanceur d'alerte Boris Bertolt, Paul Biya envisagerait de repousser une nouvelle fois les élections législatives et municipales prévues en 2027 — souhaitant que ces scrutins soient organisés et supervisés par le Vice-Président de la République dont la nomination se fait toujours attendre. Une révélation qui, si elle se confirme, éclaire d'un jour nouveau le silence présidentiel qui s'étire depuis la promulgation de la loi constitutionnelle le 14 avril 2026.
Car tout s'explique désormais avec une logique redoutable. Si Paul Biya souhaite que son Vice-Président supervise les prochaines élections, nommer ce dernier trop tard priverait la nouvelle institution du temps nécessaire pour s'installer, asseoir son autorité et préparer sérieusement un processus électoral d'une telle importance. La temporalité de la nomination change alors de nature : elle n'est plus seulement une question de succession — elle devient une question d'agenda électoral.
Cette révélation de Boris Bertolt intervient dans un contexte déjà chargé. Depuis la promulgation de la Loi N°2026/002 créant le poste de Vice-Président — adoptée au Congrès avec 200 voix pour, 18 contre et 4 abstentions —, le pays attend. Souley Onohiolo du Messager ne s'est toujours pas rasé. Les candidats présumés se multiplient — Philémon Yang, Oswald Baboké, Franck Biya, Paul Atanga Nji, Louis Paul Motaze — pendant que Paul Biya, selon Jeune Afrique, «prend plaisir à laisser s'élargir le champ des possibles». Et pendant que des analystes comme David Eboutou proposent même Samuel Eto'o au nom de la «légitimité des cœurs».
Mais si l'information de Boris Bertolt est exacte, le jeu présidentiel est plus stratégique qu'il n'y paraît. Repousser les législatives et municipales de 2027 — qui auraient dû renouveler l'Assemblée nationale désormais présidée par Théodore Datouo et les 360 conseils municipaux — permettrait au futur Vice-Président de faire ses premières armes sur un dossier électoral structurant, tout en consolidant son autorité institutionnelle avant de potentiellement hériter de fonctions plus larges.
Pour l'opposition, cette perspective est un nouveau motif d'inquiétude. Maurice Kamto avait déjà saisi l'Union Africaine pour dénoncer la révision constitutionnelle comme un «coup d'État constitutionnel». Des prorogations de mandats supplémentaires, décidées unilatéralement, risquent de raviver une contestation que ni le 20 Mai ni la visite papale n'ont réussi à éteindre.
Le Cameroun attend son Vice-Président. Il devra peut-être également attendre ses prochaines élections.