Dans une démarche qui marque un tournant majeur dans la politique d'aménagement urbain de Yaoundé, le gouvernement camerounais vient de prendre une décision d'envergure concernant les terrains gérés par la Mission d'Aménagement et de Gestion des Zones Industrielles (MAGZI) dans les quartiers de Mvan et Nsam.
Selon un décret signé le 12 février 2025 par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, ces terrains situés en plein cœur de la capitale camerounaise sont désormais mis en vente. Ce document officiel, dont notre rédaction a pu obtenir une copie, fixe précisément les prix au mètre carré selon les différentes zones concernées.
Cette décision intervient dans un contexte où ces zones industrielles, initialement établies en périphérie, se sont progressivement retrouvées englobées dans le tissu urbain de Yaoundé suite à l'expansion rapide de la ville. Les quartiers de Mvan et Nsam, autrefois considérés comme périphériques, constituent aujourd'hui des zones stratégiques pour le développement de la capitale.
Les industries installées dans ces zones sont devenues sources de nuisances multiples pour les populations riveraines, générant régulièrement des tensions entre les habitants, les entreprises et la MAGZI. Pollution sonore, rejets industriels et trafic de poids lourds figurent parmi les principales préoccupations soulevées par les riverains ces dernières années.
Parallèlement à cette mise en vente, le gouvernement a lancé une invitation aux entreprises actuellement implantées sur ces sites à "renégocier les contours liés à leur installation". Cette formulation diplomatique laisse entendre que les industriels devront soit acquérir définitivement les terrains qu'ils occupent, soit envisager un déménagement vers d'autres zones plus adaptées.
"Cette mesure était attendue depuis longtemps", nous confie sous couvert d'anonymat un fonctionnaire du ministère de l'Industrie. "La cohabitation entre ces industries et les zones résidentielles densément peuplées devenait intenable, tant pour les habitants que pour les industriels eux-mêmes."
Le décret s'inscrit dans une vision plus large de réaménagement urbain, puisqu'il mentionne explicitement l'engagement du gouvernement à organiser "le transfèrement des activités industrielles en dehors du centre urbain de Yaoundé". Cette relocalisation vise à créer de nouvelles zones industrielles modernes en périphérie de la capitale, mieux adaptées aux normes environnementales contemporaines et moins susceptibles d'être rattrapées par l'urbanisation dans les prochaines décennies.
Selon nos informations, plusieurs sites potentiels seraient déjà à l'étude pour accueillir ces nouvelles zones industrielles, notamment dans les environs de Nkoabang et Nkolafamba, à une vingtaine de kilomètres du centre-ville.
Cette annonce suscite des réactions contrastées parmi les différentes parties prenantes. Les riverains, qui se plaignaient depuis des années des nuisances industrielles, accueillent favorablement cette initiative. "C'est une bonne nouvelle pour notre santé et notre tranquillité", déclare Mme Ngono, présidente d'une association de résidents du quartier Nsam.
Du côté des industriels, l'inquiétude prédomine. "Les prix fixés au mètre carré sont-ils réalistes ? Les nouvelles zones seront-elles équipées des infrastructures nécessaires ? Qui financera le déménagement des équipements lourds ?", s'interroge un chef d'entreprise qui a requis l'anonymat.
Pour les observateurs du marché immobilier, cette décision pourrait entraîner une revalorisation significative des quartiers concernés. "Ces zones bénéficient déjà d'infrastructures routières et de réseaux divers. Leur reconversion en espaces résidentiels ou commerciaux de standing pourrait transformer radicalement le visage de cette partie de Yaoundé", analyse un expert immobilier de la place.
Les recettes générées par cette vente devraient, selon le décret, être affectées en priorité au développement des nouvelles zones industrielles, créant ainsi un cercle vertueux d'aménagement urbain.