La décision du tribunal arbitral du CIRDI, rendue le 4 septembre 2026, met fin aux spéculations sur le montant de la condamnation. L'État camerounais est reconnu coupable d'« expropriation illégale » et de violation du traitement juste et équitable dans l'éviction du groupe Piccini du chantier d'Olembé en novembre 2019. La facture totale, intérêts compris, pourrait dépasser les 80 millions d'euros.
Exclusif … VOICI LA DÉCISION QUI CONDAMNE LE CAMEROUN À VERSER 78,5 MILLIONS D’EUROS ( 51 MILLIARDS FCFA ) À PICCINI, PLUS DES INTÉRÊTS ET FRAIS D’ARBITRAGE
La sentence est désormais écrite noir sur blanc. Dans l’affaire opposant Gruppo Officine Piccini S.p.A. à la République du Cameroun, le tribunal arbitral du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a condamné l’État camerounais à verser 78,5 millions d’euros à l’entreprise italienne, auxquels s’ajoutent des intérêts et une partie importante des frais de procédure.
La sentence, rendue le 4 septembre 2026 dans l’affaire ARB/23/21, clôt un contentieux directement lié au chantier du complexe sportif d’Olembé. Le différend trouve son origine dans l’éviction de Piccini du projet en novembre 2019, alors que le groupe italien avait été chargé de la construction du complexe destiné notamment à accueillir la Coupe d’Afrique des nations. Après la rupture, le chantier avait été confié au groupe canadien Magil.
Le verdict du CIRDI est particulièrement sévère pour Yaoundé. Le tribunal considère que le Cameroun a « illégalement exproprié » l’investissement de Piccini, en violation de l’article 5(1) du traité applicable. Il conclut également que l’État a manqué à son obligation d’accorder à l’investissement italien un traitement juste et équitable, ainsi qu’une pleine protection et sécurité.
Toutes les prétentions de Piccini n’ont cependant pas été retenues : le tribunal rejette notamment sa demande fondée sur une discrimination, celle relative au traitement de la nation la plus favorisée ainsi que sa demande de réparation pour préjudice moral.
UNE INDEMNISATION DE 78,5 MILLIONS D’EUROS
Le montant principal accordé à Piccini atteint 78,5 millions d’euros, soit environ 51,5 milliards de FCFA au taux de conversion fixe euro/FCFA. La sentence détaille cette somme : 51,3 millions d’euros pour l’investissement net de Piccini, 5,4 millions au titre du manque à gagner sur les travaux non réalisés, 8,1 millions pour la perte de jouissance des machines et équipements, 7,7 millions pour leur perte de valeur et 6 millions d’euros correspondant aux frais engagés après l’expropriation.
Mais la facture réelle pour le Cameroun sera supérieure à ces 51,5 milliards de FCFA.
Le tribunal accorde en effet des intérêts pré-sentence composés annuellement au taux EURIBOR six mois majoré de 4 %, calculés à partir du 29 novembre 2019 jusqu’à la date de la sentence. Des intérêts post-sentence au même taux continueront à courir si le paiement n’intervient pas dans les trente jours suivant sa notification.
Le Cameroun doit également rembourser 70 % des honoraires et frais juridiques de Piccini, soit 2 860 394,50 euros, environ 1,88 milliard de FCFA. À cela s’ajoutent 157 427,55 dollars correspondant à 70 % des frais d’arbitrage mis à la charge de l’État.
LE COÛT D’OLEMBÉ DE NOUVEAU EN QUESTION
Cette condamnation relance inévitablement le débat sur le coût réel du complexe d’Olembé. Initialement présenté autour de 155 milliards de FCFA, le projet a connu rupture de contrat, changement de constructeur, retards, contentieux et nouveaux marchés nécessaires à sa poursuite.
Des documents budgétaires camerounais ont par la suite situé le coût du complexe autour de 218 milliards de FCFA. Si l’on ajoute uniquement les 51,5 milliards de FCFA d’indemnisation principale désormais prononcés en faveur de Piccini, l’exposition financière liée au projet atteint déjà théoriquement environ 269,5 milliards de FCFA. Et ce calcul ne comprend ni les intérêts accumulés depuis novembre 2019, ni l’intégralité des frais liés au contentieux, ni nécessairement toutes les dépenses engagées pour terminer le complexe.
La sentence apporte surtout une précision essentielle après plusieurs jours de chiffres contradictoires : le montant principal prononcé n’est ni de 250 milliards de FCFA ni exactement de 50 milliards. Il est de 78,5 millions d’euros, soit environ 51,5 milliards de FCFA, avant intérêts et frais.
L’affaire Olembé ne se résume donc plus au coût d’un stade. Elle pose désormais la question du prix global payé par les finances publiques pour la rupture du contrat Piccini et la gestion ultérieure de l’un des projets sportifs les plus coûteux de l’histoire du Cameroun.
Ainsi va la République