Un challenge TikTok initialement anodin a pris une tournure particulière au Cameroun. Les enfants de plusieurs figures publiques du pays — hommes d'affaires, politiques, artistes — ont décidé de participer massivement à la tendance "C'est l'héritage de mon daron", transformant un simple jeu viral en véritable démonstration de fierté filiale... et d'influence sociale.
Tout a commencé de manière innocente. Sur TikTok, une nouvelle tendance a émergé : le challenge "Elle dit ici tu es très attirant, c'est normal c'est l'héritage de mon daron". Le principe ? Les participants publient d'abord une photo ou vidéo d'eux-mêmes sous leur meilleur jour, puis révèlent une image de leur père, suggérant ainsi qu'ils ont hérité de sa beauté ou de son charisme.
Un concept simple, ludique, et accessible à tous... du moins en théorie. Car au Cameroun, ce challenge a rapidement pris une dimension inattendue.
C'est lorsque les enfants de personnalités connues ont commencé à participer que le challenge a changé de nature. Parmi les participants remarqués figurent notamment les enfants d'Amougou Belinga (magnat des médias et homme d'affaires), de David Eto'o (frère de la légende du football Samuel Eto'o et lui-même
personnalité publique), et bien d'autres rejetons de figures influentes du pays.
Sur leurs comptes TikTok, ces jeunes gens affichent fièrement leurs photos aux côtés de celles de leurs "darons" — terme familier désignant le père. Mais contrairement aux participants lambda, leurs publications mettent en avant des hommes occupant des positions de pouvoir, de richesse ou de notoriété.
Le message implicite ? "Mon père n'est pas seulement beau, il est aussi puissant/riche/célèbre."
Cette évolution n'a pas manqué de susciter des réactions contrastées sur les réseaux sociaux. Si certains trouvent ces publications amusantes et innocentes, d'autres y voient une forme d'étalage de privilèges.
De nombreux internautes ont exprimé leur "frustration" — pour reprendre le terme utilisé sur la toile — de ne pas pouvoir participer au challenge de la même manière. Comment rivaliser lorsque son père n'est "pas assez connu" ou "n'occupe pas un poste particulier dans la société" ?
Un internaute résume ainsi le sentiment général : "Petit challenge comme ça, ils ont élevé le niveau MASSAAA" — expression camerounaise signifiant "énormément" ou "à l'extrême".
Du challenge ludique à la démonstration de statut social
Ce qui devait être un simple jeu viral est ainsi devenu, pour certains, une vitrine du capital social et familial. En affichant leurs pères influents, ces jeunes TikTokeurs ne se contentent plus de parler d'héritage génétique, mais aussi — consciemment ou non — d'héritage social, économique et symbolique.
Les publications se multiplient, chacune plus soignée que la précédente. Photos officielles, clichés lors d'événements prestigieux, images tirées de médias... tout est bon pour mettre en valeur le "daron" et, par extension, sa descendance.
Au-delà de l'aspect divertissant, ce phénomène interroge sur plusieurs plans :
La reproduction sociale : Ces publications rappellent que, au Cameroun comme ailleurs, le nom de famille et les connexions parentales jouent un rôle majeur dans la trajectoire sociale des individus.
Les réseaux sociaux comme espace de distinction : TikTok, plateforme initialement démocratique où tout le monde peut devenir viral, devient ici un espace où se reproduisent les hiérarchies sociales existantes.
La fierté filiale à l'ère numérique : Les jeunes générations ne cachent plus leurs origines privilégiées, bien au contraire. Elles les revendiquent publiquement, sans complexe.
Si ces publications sont accueillies avec amusement par certains, d'autres y voient une forme de provocation involontaire envers ceux dont les parents ne bénéficient pas de la même aura médiatique ou du même statut social.
Les commentaires sous ces vidéos oscillent entre admiration ("La beauté ET le pouvoir, quelle chance !"), humour ("Nous on va montrer nos darons avec leurs motos-taxis"), et critiques plus acerbes sur l'inégalité des chances au Cameroun.