El Hadji Diouf envoie encore un message à Samuel Eto'o

L'ancien International Sénégalais El Hadji Diouf Image illustrative

Mon, 9 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

L'ancienne gloire du football sénégalais prône l'humilité et l'apprentissage, estimant que l'expérience sur le terrain ne suffit pas pour gérer une fédération

El Hadji Diouf n'a jamais eu la langue dans sa poche, et ce n'est pas sur le plateau de « Le Grand Talk/Life TV » qu'il allait changer. Mais cette fois, l'ancien attaquant sénégalais a surpris par la maturité de son propos. Loin de revendiquer un rôle de dirigeant au nom de son glorieux passé de joueur, il a livré une analyse lucide sur la gouvernance du football, bousculant au passage une idée reçue bien ancrée : celle selon laquelle seules les anciennes stars seraient légitimes pour diriger les instances sportives.

« Jouer au football et diriger une fédération sont deux choses totalement différentes »

La formule est claire et sans appel. Pour El Hadji Diouf, le talent sur un terrain ne garantit en rien les compétences nécessaires pour administrer une institution. « Il y a des personnes qui n'ont jamais joué au football et qui peuvent diriger une fédération de football, et même devenir de très grands dirigeants », affirme-t-il avec conviction.

Cette prise de position tranche avec le discours souvent entendu dans le football africain, où le slogan « le football aux footballeurs » est régulièrement brandi par d'anciennes gloires candidates aux postes de direction. Diouf, lui, n'y croit pas. Ou du moins, il estime que ce n'est pas un critère suffisant.

« Quand je jouais, je croyais que j'étais la star, que je maîtrisais tout. Pourtant, une fois ma carrière terminée, j'ai compris que l'organisation est plus importante que le fait de jouer au football », confesse-t-il avec une franchise désarmante.

Ce qui frappe dans le discours d'El Hadji Diouf, c'est son humilité. Lui qui peut légitimement se présenter comme « l'un des plus grands footballeurs de l'histoire du football sénégalais » ne revendique aucun droit automatique à diriger.

« Ce n'est pas parce que je m'appelle El Hadji Diouf [...] que je dois venir dire à ceux qui étaient là quand je jouais, et qui ont fait du bon travail, de dégager pour que je prenne leur place. Non, ce n'est pas comme ça que les choses doivent se passer », martèle-t-il.

Au contraire, l'ancien attaquant se place dans une posture d'apprentissage. « Moi, par exemple, je suis là pour apprendre derrière notre président de la Fédération sénégalaise de football. Je suis là pour apprendre auprès de l'administration, et demain, peut-être que j'aurai la chance de diriger cette fédération. »

Cette position contraste avec celle d'autres anciennes stars africaines qui ont tenté de conquérir le pouvoir fédéral sans passer par une phase d'apprentissage administratif, avec des résultats souvent décevants.

Pour illustrer son propos, El Hadji Diouf revient sur le cas de la Fédération ivoirienne de football (FIF) et l'élection présidentielle qui a vu la victoire d'Idriss Diallo face à Didier Drogba.

« Pendant l'élection présidentielle de la FIF, celle qui a vu l'élection de mon frère Monsieur Idriss Diallo, qui fait un travail extraordinaire, je suis venu en Côte d'Ivoire. J'ai essayé de réunir tout le monde pour leur dire, notamment à Didier Drogba, Zokora, Yaya Touré et aux autres, de se donner la main, de travailler ensemble », révèle-t-il.

Le message qu'il leur a délivré est clair : « Ils sont encore jeunes, qu'ils se mettent derrière Idriss Diallo, qu'ils apprennent à ses côtés, et demain, ce sera à eux de diriger cette fédération. »

Cette approche graduelle, privilégiant l'apprentissage et la collaboration plutôt que la confrontation, témoigne d'une vision à long terme de la gouvernance fédérale. Pour Diouf, les anciennes gloires doivent accepter de commencer par des rôles secondaires pour comprendre les rouages administratifs avant de prétendre aux plus hautes fonctions.

El Hadji Diouf insiste sur « la nécessité pour cette génération de se placer dans une dynamique d'accompagnement plutôt que de confrontation ». Cette philosophie s'oppose frontalement à la stratégie de certaines anciennes stars qui tentent de conquérir le pouvoir par l'affrontement direct avec les dirigeants en place.

« L'expérience administrative s'acquiert avec le temps, et la gestion d'une fédération ne s'improvise pas, même pour les plus grands noms du football africain », souligne-t-il. Ce constat, fruit de son propre parcours post-carrière, devrait interpeller nombre d'anciennes gloires qui pensent pouvoir transposer leur leadership sur le terrain dans les salles de réunion fédérales.

En élargissant sa réflexion, Diouf rappelle une réalité souvent occultée : « Des dirigeants n'ayant jamais été footballeurs ont parfois réussi à bâtir de solides structures. »

L'histoire du football, en Afrique comme ailleurs, regorge d'exemples de présidents de fédération n'ayant jamais été footballeurs professionnels mais ayant mené leurs instances vers le succès. Leur atout ? Des compétences en gestion, en communication, en lobbying international, en finance – autant de domaines où l'expérience de joueur ne sert à rien.

À l'inverse, de nombreuses tentatives d'anciennes stars de prendre la tête de fédérations se sont soldées par des échecs, souvent parce qu'elles surestimaient l'importance de leur passé glorieux et sous-estimaient la complexité de la gestion administrative.

« L'organisation est plus importante que le fait de jouer au football. » Cette phrase d'El Hadji Diouf résume parfaitement le changement de paradigme qu'il appelle de ses vœux.

Sur un terrain, un joueur de talent peut briller individuellement et faire la différence. Dans une fédération, c'est la capacité à structurer, organiser, planifier, budgétiser, négocier qui fait la différence. Ce sont des compétences qui n'ont rien à voir avec la technique balle au pied ou le sens tactique.

Diouf le reconnaît lui-même avec lucidité : quand il jouait, il croyait tout maîtriser. Une fois sa carrière terminée, il a découvert un monde dont il ne soupçonnait pas la complexité. Cette prise de conscience le place en porte-à-parole d'une génération d'anciennes stars qui doivent apprendre l'humilité.

« C'est ça, la sagesse »

El Hadji Diouf conclut son intervention par une formule qui sonne comme une maxime : « C'est ça, la sagesse. Nous sommes des responsables et nous devons bien nous tenir. »

Cette sagesse, fruit de l'expérience et de la réflexion, devrait inspirer nombre d'anciennes gloires africaines tentées par les sirènes du pouvoir fédéral. Elle suggère que la vraie grandeur ne consiste pas à revendiquer le pouvoir au nom d'un passé glorieux, mais à accepter d'apprendre, de servir, et de se préparer patiemment aux responsabilités futures.

Si El Hadji Diouf parle depuis sa position au sein de la Fédération sénégalaise de football, son message dépasse largement les frontières de son pays. Il s'adresse à toute une génération d'anciennes stars africaines qui, en fin de carrière ou déjà reconverties, lorgnent vers les postes de dirigeants.

Le cas de Didier Drogba en Côte d'Ivoire, qui a échoué dans sa tentative de prendre la présidence de la FIF, illustre les limites de la stratégie du « football aux footballeurs ». Malgré son immense popularité et son aura de légende vivante, Drogba n'a pas convaincu les électeurs, peut-être précisément parce qu'il n'avait pas l'expérience administrative nécessaire.

Le conseil de Diouf – apprendre d'abord, diriger ensuite – aurait peut-être évité cet échec et permis à Drogba de construire progressivement une crédibilité de dirigeant.

Des implications pour le football africain

Au-delà des cas individuels, la réflexion d'El Hadji Diouf interroge le modèle de gouvernance du football africain. Trop souvent, les fédérations sont dirigées soit par d'anciens joueurs sans formation administrative, soit par des administratifs sans connaissance du football.

Diouf suggère une troisième voie : celle d'anciennes stars qui acceptent de se former, d'apprendre les rouages administratifs, et de collaborer avec les dirigeants en place avant de prétendre aux plus hautes fonctions. Cette approche hybride pourrait combiner le meilleur des deux mondes : la légitimité sportive et la compétence administrative.

En se plaçant volontairement dans une position d'apprentissage au sein de la Fédération sénégalaise, El Hadji Diouf montre la voie. Plutôt que de clamer « le football aux footballeurs » et d'exiger immédiatement le pouvoir, il accepte de le mériter en acquérant les compétences nécessaires.

« Demain, peut-être que j'aurai la chance de diriger cette fédération », dit-il. Ce « peut-être » et cette notion de « chance » témoignent d'une humilité bienvenue dans un milieu souvent marqué par l'ego surdimensionné des anciennes stars.

Si d'autres légendes africaines du football suivaient cet exemple – accepter d'apprendre, collaborer plutôt qu'affronter, reconnaître que jouer et diriger sont deux métiers différents – le football africain n'en sortirait que renforcé.

« Nous sommes des responsables »

La dernière phrase d'El Hadji Diouf mérite qu'on s'y attarde : « Nous sommes des responsables et nous devons bien nous tenir. » Cette notion de responsabilité dépasse la simple gouvernance fédérale.

Les anciennes stars du football sont des modèles pour la jeunesse. Leur comportement, leurs déclarations, leurs choix de carrière après le terrain sont scrutés et imités. En adoptant une posture d'humilité et d'apprentissage, Diouf envoie un message puissant aux jeunes footballeurs : la gloire sportive ne dispense pas du respect des processus, de l'apprentissage patient, et de la reconnaissance de ses propres limites.

C'est peut-être là la leçon la plus importante de cette intervention : les véritables légendes ne sont pas celles qui réclament le pouvoir au nom de leur passé, mais celles qui acceptent de repartir de zéro pour apprendre un nouveau métier.

Source: www.camerounweb.com