Exclusif : la mort d’Ekane, levier secret de l’UE pour réviser son partenariat économique

PAUL BIYA EMMANUEL MACRON Image illustrative

Tue, 6 Jan 2026 Source: www.camerounweb.com

Des documents internes consultés par Jeune Afrique révèlent comment Bruxelles instrumentalise l’affaire pour exiger des contreparties sur l’accès aux mines stratégiques.

Alors que le bras de fer judiciaire et médiatique se poursuit autour de la mort en détention de l’opposant Anicet Ekane, un autre front, bien plus discret et aux enjeux considérables, s’est ouvert dans les coulisses diplomatiques. Jeune Afrique a eu accès à des notes internes et des comptes-rendus de réunions confidentielles qui révèlent une stratégie européenne bien plus offensive que les simples déclarations publiques ne le laissaient supposer.

Selon ces documents exclusifs, la délégation de l’Union européenne à Yaoundé a, dans la foulée du communiqué du 1er décembre jugé « ingérent » par le gouvernement, transmis une « note verbale » extrêmement détaillée au ministère des Relations extérieures. Cette note, que Jeune Afrique est en mesure de révéler, lie explicitement l’exigence d’une « enquête crédible et transparente » sur la mort d’Ekane à la révision de plusieurs volets de l’accord économique Cameroun-UE. Bruxelles conditionnerait notamment l’accès facilité de certains produits camerounais (banane, cacao) au marché unique européen, et le déblocage d’une tranche d’aide budgétaire, à des « progrès tangibles » dans ce dossier judiciaire.

Plus sensible encore, les révélations de Jeune Afrique indiquent que des diplomates européens ont évoqué, lors d’une rencontre le 15 décembre, « l’environnement des affaires » dans les régions minières. En filigrane, la question de l’accès des entreprises européennes aux gisements de cobalt, de nickel et de terres rares de l’Est et du Nord, un secteur où les opérateurs chinois et russes sont de plus en plus présents. Pour des sources diplomatiques européennes interrogées par notre rédaction, l’affaire Ekane est devenue « un test de crédibilité » pour le Cameroun, dont la note souveraine et l’attractivité pour les investisseurs occidentaux pourraient en pâtir.

Ces manœuvres expliqueraient la réaction particulièrement vive du ministre René Emmanuel Sadi, qui dénonçait une « ingérence inadmissible ». Une source au sein du Secrétariat général de la Présidence confirme à Jeune Afrique que cette « instrumentalisation » du dossier a été perçue comme une « tentative de chantage inacceptable ». Yaoundé, selon nos informations, tenterait de mobiliser des partenaires alternatifs au sein de l’Union africaine pour dénoncer ces pressions, tout en cherchant à calmer la colère de la famille Ekane en interne pour priver Bruxelles de ce levier. L’enquête sur la mort de l’opposant est ainsi au cœur d’une bataille d’influence dont les conséquences dépassent largement le cadre judiciaire.

Source: www.camerounweb.com