Fédéralisme : Le pari raté de Cabral Libii qui hypothèque son avenir politique

Cabral Libii Candidat.png Image illustrative

Wed, 11 Feb 2026 Source: www.camerounweb.com

En misant tout sur le fédéralisme communautaire lors de la présidentielle d'octobre 2025, Cabral Libii a effrayé plus qu'il n'a convaincu. Cette erreur stratégique pourrait-elle se transformer en opportunité lors des municipales à venir ?

Le fédéralisme comme cheval de bataille électoral : voilà le choix qui pourrait avoir coûté cher à Cabral Libii. Lors de la dernière présidentielle d'octobre 2025, le leader du PCRN a fait campagne sur un thème aussi audacieux que risqué – le fédéralisme communautaire. Un pari qui s'est soldé par un recul de plus de 61 000 voix par rapport à 2018.

"L'évocation du fédéralisme continue de susciter une certaine anxiété au sein de l'opinion camerounaise", confirme un observateur politique. Dans un pays marqué par des tensions séparatistes dans les régions anglophones, le simple mot "fédéralisme" agit comme un repoussoir pour une partie de l'électorat.

Cabral Libii disposait pourtant de plusieurs atouts pour cette élection : l'absence de Maurice Kamto, principal opposant lors du scrutin de 2018, un discours direct mêlant révolte et foi en la jeunesse, une stratégie de campagne de proximité, et une identité visuelle forte. Mais en choisissant le fédéralisme comme thème central, il a transformé ces forces en faiblesses.

"Cette élection avait tous les traits d'une primaire de l'opposition, au cours de laquelle les électeurs ont porté leur choix sur celui qui incarnait le mieux une rupture radicale avec le pouvoir", analyse un observateur local. Et visiblement, ce n'était pas le fédéralisme qui incarnait cette rupture aux yeux des Camerounais.

L'analyse des résultats révèle une géographie électorale contrastée. Le PCRN a obtenu ses meilleurs scores dans les grands centres urbains : Douala, Yaoundé, Bafoussam. "Ce qui montre que nous y conservons une audience", se réjouit un cadre du parti.

Mais cette performance urbaine masque mal l'échec en zone rurale, où le discours fédéraliste n'a pas pris. Un paradoxe pour un parti qui avait fait de la proximité et des campagnes de terrain sa marque de fabrique.

C'est précisément cette implantation urbaine que le PCRN compte désormais capitaliser. Avec les élections législatives et municipales à l'horizon – dont la date n'est pas encore fixée –, le parti espère rebondir sur un terrain plus favorable.

"Nous avons bon espoir de faire élire députés et conseillers municipaux à travers tout le pays", affirme l'entourage de Cabral Libii. Une stratégie qui pourrait s'avérer payante : lors des scrutins locaux, les enjeux de gouvernance quotidienne prennent souvent le pas sur les grands débats constitutionnels.

Le fédéralisme, concept anxiogène à l'échelle nationale, pourrait se traduire en revendications concrètes au niveau municipal : plus d'autonomie dans la gestion locale, décentralisation des ressources, participation citoyenne accrue. Un discours potentiellement plus mobilisateur dans les mairies que dans l'isoloir présidentiel.

Mais une ombre plane sur cette stratégie de reconquête par la base : les rumeurs persistantes d'une entrée de Cabral Libii dans un gouvernement d'union nationale. Le président Paul Biya, réélu en octobre, a annoncé la formation d'une équipe gouvernementale faisant la part belle aux jeunes et aux femmes.

Le profil de Cabral Libii – jeune, urbain, opposant modéré – pourrait séduire un chef de l'État en quête de renouvellement après la rupture avec Issa Tchiroma Bakary. Certaines rumeurs évoquent même un poste au ministère de la Jeunesse.

"Le Cabral que je connais ne peut pas entrer dans un gouvernement sans condition", assure Jean-Marie Nouga, proche du leader. Mais quelles conditions ? Un engagement sur la décentralisation ? Des garanties pour les prochaines municipales ? Ou simplement un portefeuille ministériel suffisamment prestigieux ?

Cabral Libii se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. D'un côté, l'ancrage dans l'opposition et la reconquête municipale, un chemin long et incertain. De l'autre, l'entrée dans un gouvernement qui lui offrirait visibilité et moyens d'action, mais au risque de perdre sa crédibilité d'opposant.

Sa présence au palais de l'Unité début janvier pour présenter ses vœux au président – alors qu'il avait refusé en 2018 en dénonçant "des prévaricateurs de la fortune publique" – et sa félicitation à Issa Tchiroma Bakary début février ont déjà suscité des interrogations sur ses intentions réelles.

Les prochaines semaines diront si le fédéralisme, ce pari raté de la présidentielle, trouvera une seconde vie dans les campagnes municipales... ou si Cabral Libii choisira une toute autre voie vers le pouvoir.

Source: www.camerounweb.com