Fusillade de Garoua : Jeune Afrique reconstitue la nuit où l'opposition camerounaise a failli basculer dans la violence armée

Tchiroma A Mora .png Image illustrative

Fri, 16 Jan 2026 Source: www.camerounweb.com

Le 27 octobre 2025, des rafales d'armes de guerre ont déchiré la nuit dans le quartier Marouaré. Jeune Afrique reconstitue les événements qui ont failli transformer la crise postélectorale camerounaise en affrontement armé.

Quelques heures après la proclamation de la victoire de Paul Biya à la présidentielle, le Cameroun a frôlé le point de non-retour. Dans une enquête exclusive, Jeune Afrique reconstitue la nuit du 27 octobre 2025 à Garoua, où des coups de feu ont été tirés depuis la résidence d'un allié du pouvoir vers le domicile du principal opposant.

Jeune Afrique révèle les détails précis d'un incident qui aurait pu dégénérer en tragédie nationale. Dans le quartier Marouaré de Garoua, la résidence du puissant maire de Pitoa, Yerima Dewa, se situe à "moins de deux cents mètres" du domicile d'Issa Tchiroma Bakary, selon les informations recueillies par le magazine.

Cette proximité géographique, banale en temps normal, devient explosive dans le contexte postélectoral. Jeune Afrique documente comment, quelques heures après l'annonce des résultats officiels, "des rafales d'armes de guerre déchirent la quiétude" du quartier. Des snipers, selon les témoignages rapportés par le magazine, auraient été "postés sur le toit de la résidence" de Yerima Dewa et auraient "ouvert le feu en direction du domicile" de Tchiroma Bakary.

L'incident illustre à quel point la tension politique camerounaise s'était muée en confrontation potentiellement meurtrière entre anciens alliés devenus ennemis irrémédiables.

Jeune Afrique mène l'enquête sur la nature exacte des installations présentes sur le toit de la résidence de Yerima Dewa. Le maire de Pitoa fournit sa version au magazine : craignant pour sa sécurité après avoir découvert un enregistrement audio où des proches de Tchiroma dressaient "une liste de domiciles à incendier, dont le sien", il aurait sollicité une protection.

Le magazine révèle le circuit de cette demande de protection : Dewa s'adresse au "puissant Lamidat de Rey Bouba", qui l'oriente vers "un général de l'armée". Ce dernier met à sa disposition "une équipe de sécurité" et installe "un dispositif de surveillance à son domicile".

Jeune Afrique détaille précisément l'installation : "Des techniciens posent six caméras sur son toit, tandis que des électriciens mettent en place des projecteurs." C'est ce dispositif qui aurait, selon Dewa interrogé par le magazine, "alimenté la rumeur selon laquelle il aurait permis le déploiement de snipers".

Mais la question demeure : des caméras et des projecteurs peuvent-ils être confondus avec des positions de tireurs ? Et d'où provenaient réellement les rafales d'armes de guerre qui ont déchiré la nuit ?

L'enregistrement audio : preuve d'un complot ou instrument de justification ?

Jeune Afrique révèle l'existence d'un élément clé du dossier : un enregistrement audio que Yerima Dewa brandit comme preuve d'un complot ourdi contre lui par les partisans de Tchiroma Bakary. Dans cet enregistrement, selon le magazine, "des proches de Tchiroma dressent une liste de domiciles à incendier", dont celui du maire de Pitoa.

Cette révélation soulève plusieurs interrogations que Jeune Afrique expose sans détour. L'enregistrement est-il authentique ? A-t-il été réalisé avant ou après la rupture entre les deux hommes ? Justifie-t-il le déploiement d'un dispositif de sécurité lourd impliquant l'armée ?

Le magazine rapporte également la défense de Yerima Dewa face aux accusations : "Je suis croyant. Pourquoi irai-je tuer Tchiroma ? Et si l'État voulait l'arrêter, aurait-il eu besoin de moi ? Un hélicoptère suffisait."

Un argument qui, selon Jeune Afrique, ne convainc pas les partisans de l'opposition qui continuent de désigner Dewa comme "le complice d'un pouvoir qui aurait tenté de faire tuer son principal opposant".

Le rôle trouble de l'armée dans la sécurisation de domiciles privés

L'investigation de Jeune Afrique met en lumière un aspect troublant de l'affaire : l'implication directe de l'armée camerounaise dans la sécurisation du domicile d'un responsable politique rallié au pouvoir. Le fait qu'un "général de l'armée" mette à disposition "une équipe de sécurité" et installe un "dispositif de surveillance" soulève des questions sur la neutralité des forces armées.

Le magazine rappelle le contexte : cette protection intervient après le ralliement public de Yerima Dewa à Paul Biya le 24 juillet 2025, et quelques semaines avant une élection présidentielle hautement contestée. L'armée protège-t-elle un citoyen menacé ou sécurise-t-elle un allié politique stratégique du pouvoir ?

Jeune Afrique note que cette intervention militaire s'inscrit dans un schéma plus large où les institutions sécuritaires camerounaises sont régulièrement accusées de partialité en faveur du parti au pouvoir.

Dans un renversement d'accusation révélé par Jeune Afrique, Yerima Dewa attribue les violences postélectorales à Tchiroma Bakary et à ses partisans. "Et c'est avec ce chaos qu'il veut gouverner le Cameroun ?", interroge-t-il dans les colonnes du magazine.

Cette contre-offensive rhétorique intervient alors que le bilan des violences postélectorales reste lourd et que plusieurs personnes arrêtées lors de ces événements font face à la justice camerounaise. Jeune Afrique rappelle que des barricades avaient été érigées par des partisans de Tchiroma Bakary après l'annonce des résultats, non seulement à Garoua mais également à Yaoundé.

Le magazine constate que la nuit du 27 octobre 2025 à Garoua cristallise toutes les tensions de la société camerounaise : rivalités personnelles, instrumentalisation politique, implication trouble des forces de sécurité, et basculement potentiel vers la violence armée.

Jeune Afrique conclut son enquête sur un constat sans appel : "Longtemps larvé, le conflit entre les deux hommes est dorénavant ouvert, et le divorce consommé." Les coups de feu de Marouaré ont marqué le point de non-retour entre deux hommes qui incarnaient, il y a encore deux ans, une alliance politique solide au sein du FSNC.

Au-delà du différend personnel, le magazine souligne que cet incident illustre la fragmentation croissante de l'opposition camerounaise et la facilité avec laquelle le pouvoir aurait su exploiter les failles internes de ses adversaires. La nuit du 27 octobre 2025 restera dans les mémoires comme celle où le Cameroun a frôlé une escalade dont les conséquences auraient pu être dramatiques.

Source: www.camerounweb.com