Guerre Cabral Libii contre Morgan Palmer : Les 200 millions de la discorde

MORGAN PALMER CABRAL LIBII Cabral Libii doit dire pourquoi il raconte cette histoire sans en nommer le héros

Thu, 15 Oct 2026 Source: www.camerounweb.com

À l’approche des législatives et des municipales, une polémique oppose Cabral Libii à Morgan Palmer. Le député affirme avoir refusé une offre de 200 millions de FCFA en 2018, tandis que Palmer conteste son récit et l’accuse de chercher à se présenter comme incorruptible. En riposte, l’animateur évoque une supposée proximité nocturne entre Libii et Ferdinand Ngoh Ngoh, ainsi qu’un possible arrangement autour de la vice-présidence, sans toutefois présenter les preuves annoncées. Cette confrontation soulève des interrogations sur l’usage politique des plateformes numériques et la diffusion de révélations non étayées.

À l'approche des législatives et des municipales, une violente polémique oppose Cabral Libii, président du PCRN, à Morgan Palmer, animateur du Fauteuil Rouge. Au départ, une offre de 200 millions de francs CFA que le député dit avoir refusée en 2018. À l'arrivée, une guerre ouverte faite de révélations annoncées, de démentis jurés et de soupçons autour de la vice-présidence. Chacun raconte. Personne ne prouve.

I. L'étincelle : les 200 millions de 2018

Le 4 octobre, sur Obama Time, Cabral Libii affirme avoir décliné 200 millions, proposés « bien avant » une offre d'entrer au gouvernement. Il ne nomme pas l'émissaire. Il le décrit comme un homme qu'il voit « interviewer beaucoup de gens maintenant qui font des révélations » et qui était, « à l'époque, assez proche du cabinet civil ». Le portrait est transparent. Désigner sans nommer permet pourtant d'accuser sans assumer.

Le député ne parle pas de corruption. L'offre « partait d'une bonne foi », pour « m'encourager tout simplement ». Sur le poste ministériel, il nuance même le mot « décliné ». Il dit avoir demandé à rencontrer le chef de l'État pour obtenir des garanties. Il assure aussi avoir raconté l'épisode « à maintes occasions ».

Sur Info TV, un journaliste présenté comme enquêteur va plus loin. Léon Theiller Onana, aujourd'hui président de l'OMP, aurait présenté Morgan Palmer comme un homme du cabinet civil. Il y aurait eu trois rencontres au rond-point Lonkak, puis une interception le dernier jour de campagne près d'Ahala, une Prado, « un gros sac » et un troisième homme connu sous le seul nom de Nga. Selon Morgan Palmer, ce journaliste ne l'a jamais contacté. Selon un ancien vice-président d'Univers présent sur le plateau, il n'a pas joint non plus Léon Theiller Onana. Plus le récit circule, plus il s'épaissit.

Le 14 octobre, Morgan Palmer dément tout. Une seule rencontre, « même pas cinq minutes », « devant un témoin ». Il le jure « sur la tête de mes enfants ». Pour lui, le député a voulu « se faire passer pour le mec incorruptible ».

Le témoin est Léon Theiller Onana, celui-là même qu'Info TV présente comme l'intermédiaire. Et une question reste sans réponse. Pourquoi cette rencontre ? « S'il le souhaite, je dirai pourquoi je le rencontrais à l'époque. » Le cœur de l'affaire est suspendu au bon vouloir de l'adversaire. Quant à l'audio de l'huissier diffusé en fin d'émission, il date de 2023. Il ne dit rien de 2018.

II. La contre-offensive : collusion et succession

Morgan Palmer riposte. Cabral Libii serait « un visiteur du soir » de Ferdinand Ngoh Ngoh, « très tard la nuit », « même pendant la période électorale ». Il annonce des archives, des témoins, une vidéo. « Qu'il le dise et puis on apportera la preuve. » Le 14 octobre, rien n'est montré.

La formule « enfant du système » n'est pas nouvelle. Elle vient d'une archive de près de deux ans, diffusée par Morgan Palmer lui-même pour prouver qu'il n'avait « jamais parlé » du député. La pièce à décharge confirme une hostilité ancienne.

Il faut surtout confronter l'accusation aux propos de l'accusé. Le 4 octobre, Cabral Libii évoque le SGPR, « l'homme des hautes instructions ». « Non, c'est pas mon ami. » « Je me suis toujours promis que le jour que je le rencontrerais, je lui poserais la question. » Il parle même d'« un accaparement du pouvoir ». L'un laisse entendre qu'il n'a jamais rencontré Ngoh Ngoh. L'autre le décrit franchissant son portail la nuit. L'un des deux ne dit pas la vérité. Seule une preuve tranchera.

Reste la vice-présidence. Cabral Libii plaide pour une nomination urgente. Il invoque l'âge du chef de l'État et le risque d'« une impasse juridique » en cas d'empêchement définitif. La Constitution révisée dit pourtant que le président « peut » nommer un vice-président, pas qu'il le doit. Le député dessine aussi un profil : un confident « de totale confiance », rompu à « la gestion du pouvoir ». Il doute d'ailleurs d'être lui-même choisi, lui qui a voulu « par deux fois » remplacer Paul Biya « par les urnes ».

Morgan Palmer y voit « un deal » : Ngoh Ngoh « se voit comme vice-président » et pousserait « ses sherpas » sur les plateaux. La question de fond est légitime. Pourquoi un opposant épouse-t-il une réforme portée par la majorité ? Mais le profil décrit par Cabral Libii correspond à plusieurs figures du sérail. Morgan Palmer transforme une ressemblance en contrat, sans la moindre pièce.

III. La fin d'une trêve non dite

Morgan Palmer s'était fixé une règle : « Je m'attaque pas aux jeunes. » Il y renonce. « Tous ces jeunes qui s'attaquent à moi aujourd'hui, eh ben, on rendra coup pour coup. »

L'aveu qui suit pèse plus lourd. « Nous savons tout ça depuis. » « Par respect pour ceux qui croient en eux, on se tait. » « Vous parlez de nous, on dit qui vous êtes. »

Si l'information est vraie, elle relevait de l'intérêt public avant la présidentielle de 2025. Si elle ne l'est pas, elle devient une représaille. Dans les deux cas, l'information cesse d'être un service rendu au public. Elle devient une arme de dissuasion.

Morgan Palmer voit enfin une cabale. Beyala, Kelman, Info TV, Cabral Libii : tout partirait des officines du SGPR, en réaction à l'exfiltration du caporal-chef Foula. Pourtant, Cabral Libii dit avoir raconté l'épisode bien avant, et l'affaire est entrée dans le Fauteuil Rouge par la question d'un internaute. La coïncidence de dates ne fait pas une coordination.

L'homme qui dénonce les « portraits-robots » parle d'ailleurs de Calixthe Beyala sans la nommer, moque ses chagrins amoureux et révèle un appel privé. John Lawson ne prend pas parti dans leur différend. Mais on ne peut pas condamner le portrait-robot et dessiner le sien.

Conclusion : quand le serment remplace la preuve

Les plateformes numériques concurrencent désormais les partis dans la formation de l'opinion. Un live de trois heures peut ébranler une réputation politique. Mais dans cette affaire, chacun jure et personne ne prouve. La main au feu pour l'un, les yeux dans les yeux pour l'autre, une offre « de bonne foi » venue du cabinet civil pour le troisième.

Cabral Libii doit dire pourquoi il raconte cette histoire sans en nommer le héros. Morgan Palmer doit dire pourquoi il a rencontré le candidat en 2018, et montrer les archives qu'il annonce. À l'approche des législatives, l'opinion attend des documents, pas des serments.

Nous ne sommes pas du côté de la sincérité qui pardonne toutes les fautes. Nous sommes du côté de la cohérence et de la vérité.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com