Guerre de clans à Étoudi : Le Général Beko’o Abondo tourne le dos à Ngoh Ngoh

GENERAL BEKO'O ABONDO Raymond Jean Charles NGOH NGOH En cas de vacance du pouvoir ou de transition, sa position deviendrait encore plus centrale

Tue, 11 Aug 2026 Source: www.camerounweb.com

Le général Raymond Jean Charles Beko’o Abondo, récemment promu général de brigade tout en conservant la tête de la Garde présidentielle, apparaît comme une figure stratégique dans le contexte de tensions entre les différents clans du pouvoir à Yaoundé. À la tête de cette unité depuis 2013, il bénéficie de la confiance de Paul Biya et est décrit comme un officier discret, discipliné et sans affiliation clanique apparente.

Beko’o Abondo, le général qui pourrait arbitrer la guerre des clans

Raymond Jean Charles Beko’o Abondo vient d’être promu général. Patron de la Garde présidentielle depuis treize ans, cet homme discret pourrait jouer un rôle majeur dans les futurs équilibres du pouvoir à Yaoundé. Portrait.

Lors des cérémonies, au palais de l’Unité, Raymond Jean Charles Beko’o Abondo n’est jamais loin de Paul Biya. Depuis treize ans, ce militaire au physique athlétique commande les hommes chargés de protéger le chef de l’État camerounais. Le 3 août, ce dernier l’a élevé au grade de général de brigade, tout en le maintenant à son poste. Une preuve de confiance. Et un vrai symbole.

À 54 ans, le patron des « bottes rouges » est, depuis la création de cette unité, le premier officier général à la commander directement. Paul Biya avait jusqu’ici veillé à garder les généraux à l’écart du palais présidentiel et de sa garde. Alors que plusieurs officiers moins en vue ont accédé au généralat au sein d’unités à l’importance moins stratégique, le commandant de la Garde présidentielle était resté colonel. Jusqu’à aujourd’hui, donc.

Le tout-Yaoundé a les yeux braqués sur lui

Quelques heures après sa promotion, Beko’o Abondo a fait célébrer une messe d’action de grâce à sa résidence. Devant ses proches et ses frères d’armes, il a remercié le président pour cette « marque de confiance ». Le nouveau général sait que tous les regards sont braqués sur lui. La santé de Paul Biya suscite en effet toutes les inquiétudes, et les clans qui s’affrontent à Yaoundé affûtent leurs couteaux.

Né le 8 mai 1972 à Batouri, dans la région de l’Est, Raymond Jean Charles Beko’o Abondo est titulaire d’un baccalauréat scientifique. Après un passage à l’université, il choisit la carrière des armes en 1992. Il est envoyé à l’Académie militaire d’Evelpidon, près d’Athènes (Grèce), où il suit jusqu’en 1997 une formation d’officier. De retour au Cameroun, il sert à l’état-major de l’armée de terre. En 1999, il rejoint la Garde présidentielle. Il ne la quittera pratiquement plus.

Il y commande le groupe d’appui et le centre d’instruction commando d’Obala, passe par le bureau des ressources humaines et assiste le conseiller technique de la présidence chargé des forces spéciales. Breveté parachutiste et titulaire d’un certificat d’état-major, il suit des stages de perfectionnement dans la lutte antiterroriste, aux États-Unis notamment.

Les clans voudraient l’avoir de leur côté

Lorsqu’il est nommé à la tête de la Garde présidentielle, en janvier 2013, Beko’o Abondo n’est encore que lieutenant-colonel. Il remplace Raymond Etoundi Nsoé à un poste sensible. Après le putsch manqué de 1984, la garde a été réformée – de « républicaine » elle est devenue « présidentielle » – et Paul Biya la surveille de près. Placée sous l’autorité directe du chef de l’État, elle est chargée de protéger le président et sa famille dans tous leurs déplacements.

Force de combat rapidement mobilisable à Yaoundé, la Garde présidentielle compte parmi les unités les mieux équipées du pays. En cas de problème, elle doit pouvoir faire face à d’autres composantes importantes de l’armée, comme le Bataillon d’intervention rapide (BIR). Dans un système sécuritaire fragmenté, où cohabitent des services aux chaînes de commandement diverses, elle doit faire figure d’arbitre.

Beko’o Abondo en est conscient. Décrit comme réservé, rigoureux et attaché à la discipline, il n’accorde pratiquement jamais d’entretien, ne commente pas les querelles de palais et ne revendique aucune appartenance à un clan. Ses rares apparitions publiques sont en relation avec la vie de son unité. Il donne l’image d’un gradé à l’écoute de ses hommes, au-dessus de la mêlée politique.

En août 2024, il a ainsi supervisé la distribution de fournitures scolaires et d’aides financières à 691 enfants de militaires et de personnels civils décédés. Depuis 2013, plus de 5 000 enfants auraient ainsi été soutenus. Dans la même logique, en juin 2026, Beko’o Abondo a donné le coup d’envoi de la huitième édition de GP Sports Vacances. Il jouit de la réputation d’un homme jaloux de son autonomie et rétif aux pressions du sérail.

Celles-ci existent pourtant. Dans l’entourage de Beko’o Abondo, on estime que son avancement a été freiné par son refus prendre parti pour l’un ou l’autre des clans de Yaoundé. Ses relations seraient difficiles avec certains responsables de la présidence, notamment avec Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général. Et les tensions vont croissant : en cas de vacance du pouvoir ou de transition, sa position deviendrait encore plus centrale. Obtenir son appui revêt d’autant plus d’importance.

Yves Plumey Bobo

Source: www.camerounweb.com