Guerre de succession : Quand le renseignement d’État devient une affaire de clans

NGOH NGOH FRANCK BIYA MVONDO AYOLO Le problème des rivalités au sein de l'appareil d'État n'est d'ailleurs pas nouveau

Sat, 26 Sep 2026 Source: www.camerounweb.com

Les risques de dérives au sein du renseignement camerounais, notamment dans un contexte de rivalités entre différents réseaux du pouvoir inquiètent plus d’un. Des éléments rapportés par Jeune Afrique révèlent que certains agents pourraient monnayer des informations confidentielles, notamment des données sur les communications privées. L’affaire Martinez Zogo est également évoquée en raison de l’implication de responsables de la DGRE dans la procédure judiciaire.

Le renseignement camerounais aurait-il fini par devenir l’un des terrains les plus sensibles des luttes de pouvoir à Yaoundé ?

Dans une enquête consacrée aux coulisses du pouvoir camerounais, Jeune Afrique décrit un univers marqué par les rivalités entre clans autour du chef de l’État et par l’importance stratégique des services de renseignement.

Le média rapporte notamment une affirmation pour le moins troublante : des informations confidentielles pourraient être obtenues auprès de certains agents en échange de sommes dérisoires.

L’exemple cité est particulièrement saisissant : pour moins de 25 000 FCFA, soit environ 40 euros, un agent de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) serait susceptible de fournir à un mari jaloux des renseignements détaillés sur les communications de son épouse. Mais si elle était confirmée, la question dépasserait largement les histoires de jalousie conjugale.

Car le véritable problème serait alors celui du détournement d’un outil de souveraineté nationale à des fins privées.

Imaginez un instant les conséquences.

●Un particulier pourrait chercher à surveiller son conjoint.

●Un homme d’affaires pourrait vouloir connaître les conversations de son concurrent.

●Un responsable politique pourrait chercher à identifier ses adversaires ou ses sources.

●Un clan pourrait vouloir connaître les mouvements et les stratégies d’un autre clan.

Et des informations collectées dans le cadre du renseignement d’État pourraient ainsi devenir des instruments de pression, de chantage ou de règlement de comptes.

L’AFFAIRE MARTINEZ ZOGO : QUAND LE RENSEIGNEMENT SE RETROUVE AU CŒUR D’UNE AFFAIRE CRIMINELLE

L’affaire Martinez Zogo a donné une dimension particulièrement grave à cette problématique.

Après l’assassinat du journaliste en janvier 2023, l’enquête judiciaire s’est notamment intéressée à la DGRE, puisque plusieurs de ses responsables et agents ont été impliqués dans la procédure.

Jeune Afrique rapportait dès février 2023 l’arrestation de Léopold Maxime Eko Eko, alors directeur général de la DGRE, ainsi que de Justin Danwe, son adjoint chargé des opérations spéciales, dans le cadre de l'enquête.

Ce dossier a surtout mis en lumière une question fondamentale :

●Que devient une information de renseignement lorsqu’elle quitte le circuit institutionnel auquel elle était destinée ?

●Car le renseignement n’est pas une simple collection de secrets.

●Il donne accès à des informations extrêmement sensibles : communications, déplacements, relations, réseaux, sources, habitudes et activités de personnes surveillées.

DES LUTTES DE CLANS QUI NE DATENT PAS D’HIER

Le problème des rivalités au sein de l'appareil d'État n'est d'ailleurs pas nouveau. Dans plusieurs analyses consacrées au Cameroun, Jeune Afrique a régulièrement décrit les luttes d’influence autour du président Paul Biya et la concurrence entre différents réseaux du pouvoir. Une édition consacrée aux coulisses du régime évoquait ainsi les « luttes de clans » qui traversent Yaoundé.

Le renseignement devient alors particulièrement stratégique : celui qui détient l'information dispose d'un avantage considérable sur celui qui en est privé.

Et lorsque plusieurs réseaux cherchent simultanément à influencer le pouvoir, contrôler l'information peut devenir aussi important que contrôler une fonction officielle.

MAIS LA QUESTION LA PLUS INQUIÉTANTE RESTE CELLE-CI

Si les informations de renseignement peuvent réellement être obtenues contre quelques dizaines de milliers de francs CFA, qui protège alors les citoyens contre ceux qui disposent des moyens techniques de les surveiller ?

Parce qu'une chose est de surveiller une personne dans le cadre d'une procédure légalement autorisée.

Une autre est de permettre à un particulier de transformer un dispositif de renseignement national en service privé de surveillance.

Et c'est là que se situe le véritable enjeu.

Le renseignement appartient-il à l'État ou peut-il devenir la propriété personnelle de ceux qui ont accès aux fichiers, aux écoutes et aux outils techniques ?

Le Cameroun a besoin de services de renseignement efficaces pour lutter contre le terrorisme, la criminalité organisée, l'espionnage, le financement du terraurisme et les menaces contre la sécurité nationale.

Mais plus ces services disposent de pouvoirs importants, plus les mécanismes de contrôle, de responsabilité et de traçabilité deviennent essentiels.

Car lorsqu'un secret d'État peut être vendu, le danger ne réside plus seulement dans celui qui achète l'information.

Il réside aussi dans celui qui possède le pouvoir de la vendre.

ET APRÈS L'AFFAIRE MARTINEZ ZOGO, LA QUESTION RESTE POSÉE : QUI SURVEILLE LES SURVEILLANTS ?

Leon Voss Shance Premium


Source: www.camerounweb.com