Il cherche à réaffirmer l'autorité du chef de l'État
L'interview accordée par Samuel Mvondo Ayolo à Jeune Afrique peut être analysée comme une opération de communication à double objectif : démentir les rumeurs sur l'état de santé de Paul Biya en affirmant qu'il continue d'exercer pleinement ses fonctions, et adresser un avertissement aux responsables du sérail qui anticipent sa succession.
La sortie de Samuel Mvondo Ayolo dans le magazine "Jeune Afrique" poursuit, à mon humble avis, un double objectif : rassurer sur l’état du président de la république et recadrer les ambitions, peu ou prou, internes.
Le volet sanitaire : un démenti frontal
Face à la recrudescence des rumeurs, le Directeur du cabinet civil utilise un ton certes serein mais ferme. Il nie toute hospitalisation à Genève et décrit un Paul Biya plutôt, comme à son habitude, actif : déjeuner à Évian, nominations à la SNH, travail sur "plusieurs dossiers". Le message est donc clair : il n’y a pas de vide à la tête de l’État. Et ce depuis le 06 novembre 1982. Même au plus fort des crises multiformes auxquelles le pays fait face tant au plan sécuritaire, économique que culturel. Et dont les pics, comme la guerre de bakassi, les deux tentatives de coup d'Etat de 1983 et 1984,la grave crise économique des années 80/90 avec son corollaire de villes mortes et de crises post-électorales, la crise anglophone et Boko Haram dans le septentrion entre autres ,n'en sont que des fresques rigoureuses de cette situation. Sous son magistère, ayant inspiré toute une thèse de doctorat, le peuple est demeuré confiant, le pays est toujours stable et se bat pour la relance de son économie et son unité fortement ébranlées.
Le volet politique : la pique au "sérail".
Malgré les multiples débats, les uns plus ou moins vaseux, la phrase la plus commentée de cette interview n’est pas sur la santé du président mais plutôt sur la succession. Un sournois prétexte, comme en 1988, d'une prétendue grève de la faim qui était en fait le précurseur d'une déstabilisation contre la révision constitutionnelle.
La sentence, qui ressort de cette sortie épistolaire du collaborateur institutionnel le plus proche en ce moment, est sans ambages.
"Certains au sein du sérail attendent ce départ, mais ils partiront peut-être avant lui." Comme en 1988 avec les "apprentis sorciers ", Samuel MVONDO AYOLO donne quelques indices sur les prochains actes de Paul Biya, attendus et annoncés, relativement à la mise sur pied dans les "tous prochains jours" du gouvernement.
La fin de la longue attente ne sera certainement pas qu’une simple sinécure pour les indécis.
En visant les "ennemis de l’intérieur", Samuel Mvondo Ayolo, qui s'affirme comme le dernier rempart sûr du président Paul Biya, dénonce, ouvertement, les calculs pernicieux et les manœuvres de ceux qui, au sein même du pouvoir, anticipent hypocritement l’après-Biya. C’est une mise en garde classique mais nécessaire, en ce moment de panique que l'on observe chez certains dans ces périodes de longue présidence. Il ne saurait être superflu de rappeler la discipline à tous ceux qui cheminent à côté ou auprès de Paul Biya, depuis le de début, avant de sanctionner tous ces traîtres qui alimentent un concubinage incestueux avec l'ennemie à travers les fuites.
Le rappel à la réalité
En admettant que "le Président Paul Biya partira un jour", le ministre, directeur du cabinet civil, évite le déni total. Il humanise le chef de l’État tout en repoussant l’échéance à la fois légale et constitionelle dont semblent vouloir surfer ceux qui pensent que le navire va chavirer, surtout sans eux. En suscitant la peur, la panique et la torpeur des lendemains incertains au sein de l'opinion. Samuel MVONDO AYOLO, en bon stratège a incrusté, en chacun, la connaissance du temps biologique, pour mieux écarter l’urgence politique.
Le moins que l’on puisse reconnaitre est qu'au fond, cette interview sert de pare-feu. Elle a réussi, à la fois, à rassurer une opinion publique, inquiète des rumeurs, et surtout l’appareil d’État, tenté par la spéculation.
A chacun, selon son degré d'implication, d'en juger fort opportunément.
Tafeu François Bikoro