Inondations à Yaoundé : le MINHDU dénonce l'incivisme, mais admet des défaillances sur le chantier du PADY

Innondation Yaoundé Désagrément Image illustrative

Tue, 9 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Après les fortes pluies du jeudi 4 juin 2026 qui ont paralysé le centre-ville de Yaoundé, le ministère de l'Habitat et du Développement urbain (MINHDU) a rendu public un communiqué radio-presse. Si le gouvernement pointe du doigt l'incivisme urbain, il reconnaît également des dysfonctionnements concrets sur le chantier du Projet d'Assainissement de Yaoundé (PADY), ravivant la polémique sur l'efficacité des investissements massifs consentis.

Des dégâts matériels importants, mais aucune perte en vies humaines

Selon le communiqué publié le 8 juin 2026, les inondations survenues jeudi dernier dans la capitale n'ont heureusement fait aucun mort. En revanche, d'« importants dégâts matériels » sont à déplorer, et leur évaluation complète est toujours en cours.

La zone de la Poste Centrale a été particulièrement touchée, avec une paralysie totale de la voie menant à Acapulco. Les forces de l'ordre ont dû intervenir pour bloquer les accès et prévenir tout dommage supplémentaire.

Un mur effondré et des blocs rocheux déversés dans le canal

L'enquête préliminaire menée par une descente conjointe (MINHDU, Communauté urbaine de Yaoundé, commune d'arrondissement de Yaoundé IV et entreprises spécialisées) a permis d'établir un premier constat : l'effondrement d'un mur de soutènement a provoqué la destruction de voies du canal du Mfoundi, construit dans le cadre du PADY.

Plus grave encore, lors des travaux de reconstruction entrepris par un opérateur privé, « un volume important de blocs rocheux utilisés a été déversé dans cette infrastructure de drainage », favorisant ainsi le refoulement des eaux en amont. Une faute d'exécution que le MINHDU a immédiatement sanctionnée en ordonnant le dégagement urgent des matières rocheuses. Les travaux de curage ont aussitôt démarré.

L'incivisme urbain pointé du doigt

Malgré ces défaillances sur le chantier, le ministère tient à rappeler que les facteurs humains restent déterminants. « Les efforts de l'État ne produiront qu'un impact limité si les facteurs anthropiques continuent de perturber la nature », souligne le communiqué.

Parmi ces facteurs : l'obstruction des collecteurs et caniveaux par des dépôts sauvages de déchets solides, qui rend les infrastructures de drainage inopérantes. Le MINHDU appelle une nouvelle fois au respect des règles d'urbanisme et de construction, et rappelle ses directives aux maires pour renforcer le contrôle des constructions.

209,6 milliards FCFA investis : qui est responsable ?

Le débat dépasse désormais le simple constat. Depuis le lancement du PADY, financé par la Banque africaine de développement (BAD), ce sont plus de 209,6 milliards FCFA (environ 2,5 milliards d'euros pour les phases 1 et 2) qui ont été investis dans l'assainissement de Yaoundé. À cela s'ajoutent 23,6 milliards FCFA mobilisés pour une phase complémentaire, le Projet Complémentaire d'Assainissement de Yaoundé (PCOAY).

Face à ce niveau d'investissement, la question est inévitable : qui porte réellement la responsabilité des inondations récurrentes ?

Les citoyens indélicats qui obstruent les caniveaux par des dépôts sauvages ?

Les entreprises exécutantes qui déversent des blocs rocheux dans les drains ?

Le suivi des travaux par les maîtres d'ouvrage et les autorités de contrôle ?

Le MINHDU ne désigne pas clairement de coupable unique. Mais en pointant à la fois l'incivisme et les fautes d'exécution, il reconnaît implicitement que la responsabilité est partagée.

Des projets d'envergure pour l'avenir

Pour renforcer la résilience de la capitale, le gouvernement annonce deux projets structurants :

Le Projet de Lutte contre les Inondations à Douala (PLUDI) : financé à hauteur de 101 milliards FCFA par l'AFD, avec réalisation d'ouvrages de drainage sur 94 km dans trois secteurs prioritaires de Yaoundé (Osta, Mponda, Amont/Aval Aké), incluant 22 hectares de bassins de rétention. La convention a été signée le 21 janvier 2026.

Un projet de lutte contre les sécheresses : lancé en 2026 à Yaoundé, intégrant des infrastructures de drainage dans les kilomètres de voies à construire ou réhabiliter.

Pendant que les responsabilités se discutent, les populations subissent

Une chose est sûre : les discours et les annonces ne suffisent plus. À chaque saison des pluies, les mêmes quartiers de Yaoundé se transforment en bourbiers, les mêmes voies deviennent impraticables, et les mêmes promesses de « mesures urgentes » sont répétées.

Pendant que le MINHDU, les mairies et les entreprises se renvoient la balle, les populations, elles, continuent de subir. Et tant que les causes profondes — incivisme, mauvaise exécution des travaux, contrôle défaillant — ne seront pas traitées de manière systémique, les inondations resteront, hélas, une fatalité annoncée.

Source: www.camerounweb.com