Alors que le Ministère de la Justice a publié la liste des 1 555 candidats admissibles aux épreuves orales de l'Examen d'Aptitude au Stage d'Avocat, un témoignage poignant d'une candidate ayant échoué à deux reprises met en lumière les dérives d'un système jugé opaque et élitiste.
L'Examen d'Aptitude au Stage d'Avocat (EASA) est la porte d'entrée obligatoire pour exercer la profession d'avocat au Cameroun . Les épreuves écrites se sont tenues les 9 et 10 mai 2026, et les résultats d'admissibilité ont été publiés le 19 juin par le ministre d'État, Laurent Esso . Sur les 5 201 candidats ayant composé, seuls 1 555 ont été déclarés admissibles aux oraux . Un taux de réussite de seulement 30 % qui interroge.
Interrogée sur cette sélectivité, une candidate ayant échoué en 2024 et 2026 témoigne : « La frustration liée à ces échecs est immense. Ce qui fait encore plus mal, c'est de voir certains réussir à cet examen sans avoir jamais mis les pieds dans un cabinet d'avocats, ni dans une salle d'audience. »
Le parrainage, un business juteux
Au cœur des critiques, la lettre de parrainage, obligatoire pour se présenter à l'examen. Selon le témoignage, « certains parrains vendent des lettres à des prix exorbitants alors qu'ils sont parfois incapables de plaider eux-mêmes pour leurs collaborateurs, et cela est déplorable. »
Cette pratique a déjà été dénoncée par Me Christian Ntimbane Bomo, qui qualifiait la limitation du nombre de parrainages par avocat de « pratique discriminatoire et irrégulière, source de tous les trafics matériels et immoraux sur la délivrance de ces lettres » .
Des copies réellement corrigées ?
La candidate remet également en cause la correction des copies. « On en vient même à se demander si les copies sont réellement corrigées », s'interroge-t-elle.
Selon l'arrêté ministériel, l'admissibilité aux épreuves orales est soumise à l'obtention d'une note au moins égale à 10/20 aux épreuves écrites . La note finale pour être reçu doit atteindre 12/20 . Alors que la procédure prévoit l'anonymisation des copies, le système de correction et de notation reste opaque pour les candidats .
« L'amour de cette profession se meurt »
Face à ces difficultés, la candidate confie : « C'est vraiment pathétique. À la fin, l'amour de cette profession se meurt peu à peu. »
Ce témoignage intervient alors que les épreuves orales, prévues les 23 et 24 juin à l'ENAM de Yaoundé , viennent de s'achever. Les résultats définitifs détermineront quels candidats pourront accéder au stage professionnel avant le serment et l'inscription définitive au tableau de l'Ordre .