« Je détiens toutes les preuves sur l'affaire Martinez Zogo » : l'appel de détresse du lieutenant-colonel Ayissi Nanga

Amougou Danwe Zogo Image illustrative

Fri, 16 Oct 2026 Source: www.camerounweb.com

Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait a créé la stupeur, ce 13 octobre 2026, en faisant irruption dans la salle d'audience du Tribunal militaire de Yaoundé. Tremblant de peur, l'officier supérieur a affirmé détenir les preuves relatives à l'assassinat de Martinez Zogo et à ses véritables commanditaires. Il dit être menacé de mort et redouter que la prolongation de la cross-examination du 35ᵉ témoin ne soit l'occasion de l'« éteindre ». Dans un pays normal, un tel témoin aurait été immédiatement entendu et protégé.

C'est une scène que les habitués du Tribunal militaire de Yaoundé n'avaient jamais vue. Ce 13 octobre 2026, alors que se déroulait la cross-examination du lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, 35ᵉ témoin de l'accusation, un homme en uniforme a franchi la porte de la salle d'audience. Il tremblait. Il a demandé la parole. Et ce qu'il a dit a glacé l'assistance.

« Tout ce que certains témoins ont dit de moi est faux »

Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait, ancien commandant du Groupement territorial de Gendarmerie du Mfou, n'est pas un inconnu dans ce dossier. C'est lui qui, en janvier 2023, avait reçu l'alerte du sous-lieutenant Legrand Ngamby concernant les messages échangés entre Justin Danwe et ses hommes. C'est cette alerte qui avait déclenché la vague d'interpellations.

Mais selon lui, sa véritable faute est ailleurs. Il affirme avoir été écarté de la commission d'enquête mixte après avoir demandé aux opérateurs de téléphonie mobile — Camtel, Orange, MTN — d'établir l'origine de la coupure d'Internet survenue pendant l'opération du commando de la DGRE. Une démarche qui visait à identifier l'autorité ayant ordonné cette coupure ciblée, un aspect crucial pour comprendre les conditions exactes de l'enlèvement et de la mort du journaliste.

Devant le tribunal, il a déclaré : « Tout ce que certains témoins ont dit de moi est faux. Je détiens toutes les preuves sur l'affaire Martinez et sur ses véritables commanditaires. Je suis menacé de mort. Ma vie est en danger. En prolongeant la cross-examination du 35ᵉ témoin, on risque de m'éteindre. »

Un témoin qui en sait trop

Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga a également adressé une lettre au ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo. Selon nos informations, il y affirme avoir été victime d'une tentative d'assassinat le 19 août 2026 à Ebolowa, commanditée depuis sa prison par l'un des accusés.

Cette accusation est d'une extrême gravité. Elle suggère que, malgré leur incarcération, certains protagonistes du dossier continueraient de disposer de moyens d'action à l'extérieur. Et elle jette une lumière crue sur les risques qui pèsent sur les témoins dans cette affaire.

Une demande de protection ignorée

En entrant dans la salle d'audience, le lieutenant-colonel Ayissi Nanga n'a pas seulement demandé à parler. Il a demandé protection. Il a demandé à être entendu. Il a demandé que sa vie soit protégée.

Dans un pays normal, un officier supérieur qui se présente devant une juridiction en affirmant détenir les preuves d'un assassinat et être menacé de mort serait immédiatement pris en charge. Sa déposition serait enregistrée. Sa sécurité serait assurée. Les autorités judiciaires et politiques se saisiraient de l'affaire avec la plus grande célérité.

Mais au Cameroun, ce 13 octobre 2026, rien de tout cela ne s'est produit. L'audience a repris son cours. La cross-examination du colonel Bialo s'est poursuivie. Et le lieutenant-colonel Ayissi Nanga a quitté la salle comme il y était entré : en tremblant.

Cette scène pose une question fondamentale : comment un procès peut-il établir la vérité si ceux qui détiennent cette vérité craignent pour leur vie ? Comment la justice peut-elle fonctionner si les témoins doivent supplier pour être entendus et protégés ?

Me Charles Tchoungang, avocat de la défense, a lui-même reconnu que le Code de procédure pénale camerounais est insuffisant en matière de protection des témoins. Il a appelé à une réforme pour donner au président du tribunal les pouvoirs et les moyens de sécuriser les témoins dans les affaires comme celle-ci.

Mais au-delà de la réforme, c'est une question de volonté politique. Si un officier supérieur de l'armée camerounaise doit trembler et supplier un tribunal militaire de protéger sa vie pour pouvoir dire la vérité, alors c'est l'État de droit tout entier qui est en danger.

Plus de trois ans après l'assassinat de Martinez Zogo, ce procès n'est plus seulement celui des 17 accusés dans le box. C'est le miroir des fractures et des secrets les plus sombres de l'État. Et le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait vient de briser ce miroir.

Source: www.camerounweb.com