« Je ne suis pas un pantin. » C'est par cette déclaration de principe que le Pr Maurice Aurélien Soso, recteur de l'Université de Yaoundé I de 2012 à 2024, aurait irrité le ministre de l'Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo. Selon cette analyse, le magistère du recteur a été systématiquement sapé par une « déstabilisation permanente » orchestrée par le ministre et son clan, dans une logique tribaliste. Dès 2017, le successeur du recteur était déjà désigné : le Pr Rémy Magloire Etoua, protégé de Fame Ndongo et neveu du président du conseil d'administration de l'université, Jean Foumane Akame. Ce dernier aurait solennellement demandé à Fame Ndongo, lors d'une messe d'action de grâces, de faire de son neveu le recteur. La nomination du Pr Soso en 2012 avait déjà échappé au circuit de Fame Ndongo : la Présidence avait imposé son nom, contre la liste proposée par le ministre. L'analyse rappelle que Soso a dirigé l'université comme Laurent Gbagbo a gouverné la Côte d'Ivoire : en travaillant tout en luttant contre une rébellion intérieure. Une vérité que nul n'a osé avouer publiquement.
Opinion… UNIVERSITÉ DE YAOUNDÉ I : LE MANDAT DU RECTEUR SOSSO À L’ÉPREUVuE* D’UNE DÉSTABILISATION PERMANENTE … Correspondance particulière du Dr Joseph MBALLA TSANGA
« Cette tribune n’a pas pour ambition de canoniser le Recteur émérite Maurice Aurélien SOSSO, mais de lui rendre justice en rétablissant une vérité que nul n’a osé avouer publiquement.
Nommé Recteur le 29 juin 2012, le Pr Maurice Aurélien SOSSO a dirigé l’Université de Yaoundé I dans un climat marqué par la haine, l’hostilité et le tribalisme. Affirmer que M. Jacques FAME NDONGO est le ministre le plus tribaliste du régime BIYA relève du truisme.
Dans la perspective de rendre chaotique la gouvernance universitaire du Recteur SOSSO, plusieurs acteurs — enseignants et autres personnels — ont été instrumentalisés dans une entreprise de dénigrement et de pourrissement du climat social à l’Université de Yaoundé I.
Dès 2017, alors même que le Recteur émérite, le Pr Maurice Aurélien SOSSO, était encore en fonction, il faisait déjà l’objet de manœuvres de déstabilisation. Son successeur était en effet déjà désigné : il s’agissait du poulain et protégé de M. Jacques FAME NDONGO, l’éternel ministre de l’Enseignement supérieur : le Pr Rémy Magloire ETOUA, directeur de l'Ecole nationale supérieure polytechnique de l'Université de Yaoundé 1.
Je n’ai jamais entretenu de relations d’amitié avec le Recteur SOSSO. Mes sentiments envers lui sont neutres et impartiaux. Mais l’honnêteté intellectuelle commande de reconnaître que son magistère à la tête de l’Université de Yaoundé I a été systématiquement sapé par son autorité de tutelle, M. Jacques FAME NDONGO.
Il est de notoriété publique qu’à partir de 2017, M. Jacques FAME NDONGO et M. FOUMANE AKAME, alors Président du Conseil d’administration de l’Université de Yaoundé I, œuvraient déjà, dans une logique tribaliste, à l’éviction du Recteur SOSSO, qu’ils qualifiaient d’« étranger à la tête de notre université ».
Le Pr Rémy Magloire ETOUA est le fils adoptif du défunt Jean FOUMANE AKAME. Plus précisément, il est le fils de la sœur de l'épouse du défunt Jean FOUMANE AKAME. En sa qualité de PCA de l’Université de Yaoundé I, Jean FOUMANE AKAME aurait sollicité auprès de Jacques FAME NDONGO la nomination de son neveu, Rémy Magloire ETOUA — tout juste de retour du Canada en 2011 — au poste de Recteur de l’Université de Yaoundé I.
À cette fin, il le fit nommer Directeur de l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé en 2017. Lors de la messe d’action de grâces organisée à son domicile, sis derrière la Croix-Rouge à Yaoundé, Jean FOUMANE AKAME, après s’être fait longuement attendre, prit la parole en ces termes, et s'adressa à Jacques FAME NDONGO qui était aussi présent à l'office religieux :
« Je t’ai confié cet enfant afin que tu en fasses le Recteur de l’Université de Yaoundé I. Tu devras t’y employer, que je sois encore de ce monde ou non. »
À moins de faire preuve de myopie volontaire ou de mauvaise foi, chacun à l’université sait que le Recteur SOSSO — qui n’est pas exempt de défauts et que je ne me propose nullement de canoniser — a considérablement souffert de l’hostilité de Jacques FAME NDONGO et de son clan durant son magistère.
Le Pr Maurice Aurélien SOSSO n’a pas bénéficié de la sérénité administrative nécessaire à l’exercice plein et entier de ses fonctions de Recteur de l’Université de Yaoundé I. Il a dû consacrer une part importante de son mandat à parer aux assauts d’une déstabilisation permanente orchestrée par le ministre de l’Enseignement supérieur et par son cercle de directeurs centraux tapis au sein dudit ministère, avec des exécutants au sein même de l'Université de Yaoundé 1.
Le Pr Maurice Aurélien SOSSO a dirigé l’Université de Yaoundé I comme Laurent GBAGBO a gouverné la Côte d’Ivoire : travailler tout en luttant simultanément contre la rébellion d’Alassane OUATTARA et de Guillaume SORO.
Pour ceux qui douteraient de la véracité de ces faits, qu’il me soit permis de rappeler que le nom et le numéro de téléphone de Jacques FAME NDONGO figurent, en qualité de parrain, sur le curriculum vitae du Pr Rémy Magloire ETOUA.
Jacques FAME NDONGO aspirait à placer à la tête de l’Université de Yaoundé I un recteur docile. Lui-même Recteur de cette université entre 1998 et 2000, il s’était habitué à la diriger par recteurs interposés. Le Pr Maurice Aurélien SOSSO incarnait un profil différent : « Je ne suis pas un pantin .»
La nomination du Pr Maurice Aurélien SOSSO au poste de Recteur de l’Université de Yaoundé I a échappé au circuit de Jacques FAME NDONGO. Lorsque le Pr Oumarou BOUBA — de regrettée mémoire —, alors Recteur de l’Université de Yaoundé I, fut muté à l’Université de Yaoundé II-Soa en 2012, la Présidence de la République demanda à Jacques FAME NDONGO de lui soumettre une liste de noms pour la succession.
À la stupéfaction générale, le Secrétariat général de la Présidence de la République constata l’absence du nom de Maurice Aurélien SOSSO sur la liste transmise par Jacques FAME NDONGO. Il apparaissait absurde et incompréhensible que le Pr Maurice Aurélien SOSSO ne figurât pas parmi les dix personnalités proposées. Inspecteur général des services au ministère de l’Enseignement supérieur depuis sept ans, il était pourtant l’un des plus proches collaborateurs de Jacques FAME NDONGO. Le Pr Maurice Aurélien SOSSO avait par ailleurs occupé à deux reprises le poste de Vice-recteur à l’Université de Yaoundé I et avait été Doyen de la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales de la même université.
Estimant que Jacques FAME NDONGO manquait d’objectivité, la Présidence de la République décida de passer outre. Le 29 juin 2012, Jacques FAME NDONGO, à l’instar du citoyen lambda, apprit par décret présidentiel la nomination du Pr Maurice Aurélien SOSSO à la tête de l’Université de Yaoundé I. Il n’en crut pas ses oreilles. La Présidence de la République l’avait pris de court.
Professeur agrégé de chirurgie, le nouveau recteur était un homme étranger aux coulisses et au cercle d'influence du ministre de l’Enseignement supérieur. Il entama ainsi son magistère dans une atmosphère hostile, atmosphère qui se détériora progressivement jusqu’à son paroxysme le 9 avril 2024, date à laquelle le Recteur SOSSO fut remplacé par le Pr Rémy Magloire ETOUA.
Le jour de l’installation du nouveau recteur, Jacques FAME NDONGO, qui connaissait parfaitement son rôle de parrain dans l’ascension fulgurante de Rémy Magloire ETOUA au sein de l’administration universitaire camerounaise, percevait le malaise ambiant. Cherchant à dissimuler un secret de polichinelle, il déclara :
« Ce n’est pas moi, FAME NDONGO, qui l’ai nommé, mais le président de la République, Paul BIYA. »
Pourquoi éprouva-t-il le besoin de le préciser ?
Cette tribune ne vise pas à canoniser le Recteur émérite Maurice Aurélien SOSSO, mais à restituer une vérité, une réalité connue de toute la communauté universitaire camerounaise : Jacques FAME NDONGO était résolu à imposer le Pr Rémy Magloire ETOUA à la tête de l’Université de Yaoundé I.
La preuve en est que, alors même que le président de la République venait de créer trois nouvelles universités, Jacques FAME NDONGO s’empressa de promouvoir son protégé, Rémy Magloire ETOUA, au poste de Recteur de l’Université de Bertoua, au détriment de professeurs totalisant plus de dix ans de fonctions de vice-recteurs, tels les Pr René Jolly ASSAKO ASSAKO ou Edmond BILOA.
Or, le Pr Rémy Magloire ETOUA n’avait jamais occupé de fonctions de Doyen, de Secrétaire général ou de Vice-recteur. Il n’avait donc jamais exercé de responsabilités au cœur de l’université. Il est passé directement du poste de Directeur de l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé à celui de Recteur.
Pour corroborer l’idée d’une décision prise de longue date par FAME NDONGO de le placer à la tête de l’Université de Yaoundé I, il suffit de constater que, dès le départ à la retraite du Recteur SOSSO, le 9 avril 2024, Rémy Magloire ETOUA fut nommé Recteur de l’Université de Yaoundé I, alors même qu’il n’avait pas encore achevé deux années à la tête de l’Université de Bertoua !
En définitive, loin de défendre le Recteur émérite Maurice Aurélien SOSSO — un homme qui a aussi ses faiblesses —, il est intellectuellement honnête de reconnaître que Jacques FAME NDONGO et son clan n’ont eu de cesse de le combattre et de saper son action. Plusieurs incidents survenus à l’Université de Yaoundé I étaient d’ailleurs le fait de certains personnels et enseignants manipulés à cette fin.»