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Je nourris mes enfants grâce au plantain - une mère raconte son calaire

Femme Danse Danse Africaine Une femme raconte son histoire

Thu, 22 Jul 2021 Source: Le Jour

Partie de Kumba pour échapper aux violences qui y règnent, elle a regagné la ville de Yaoundé où elle braise du plantain et des prunes afin de subvenir aux besoins de sa famille.

Vêtue d’un pagne bleu, des tennis pleins de boue et les doigts couverts de charbon, An nabella Nanji, n’hésite pas à proposer sa marchandise à chaque personne qui passe devant elle. « Plantain et prune bien sucrés », crie-t-elle à tue-tête, espérant attirer de potentiels clients. Installée à l’entrée de l’hôpital de Djoungolo au quartier Nlongkak à Yaoundé, la jeune femme âgée de 32 ans et ressortissante du Sud-Ouest, s’est installée à Yaoundé il y a deux ans, fuyant les troubles qui ont décimé sa famille. Elle raconte : « mes parents sont morts sous mes yeux, tués par les Ambaboys. J’ai aussi perdu ma dernière fille, âgée de 8 mois. Heureusement, j’ai pu me sauver de là avec mes fils de 8 et 5 ans et je suis venue à Yaoundé me chercher ».

Titulaire d’un Bts en action commerciale obtenu en 2015, la jeune dame pensait rapidement trouver un emploi à Yaoundé, afin de subvenir aux besoins de sa famille. « A mon arrivée ici, j’ai cherché du travail partout. Je postulais en tant que commerciale, puisque c’est le travail que je faisais à Kumba. Après six mois de recherche, j’ai abandonné et j’ai plutôt trouvé un travail de ménagère chez une femme », affirme Annabella. Toutefois, ce n’était pas une mince affaire. Maltraitée, repoussée et discriminée, elle a préféré démissionner. Elle confie : « Ma patronne était tellement bonne envers moi. Ce sont ses proches qui me traitaient comme une moins que rien. A chaque fois que je faisais à manger, ils disaient qu’ils ne mangent pas les nourritures des Bamenda. Après deux mois de travail, j’ai préféré partir de là ». Annabella, après plusieurs échecs de la sorte, réalise que la vie de rêve qu’elle s’était faite à Yaoundé n’est pas le cas. Il lui fallait trouver une solution pour s’occuper convenablement de ses enfants qui n’étaient pas scolarisés depuis deux ans déjà. C’est ainsi qu’elle décide de se lancer à son propre compte. Avec ses petites économies, elle va se faire fabriquer un four à charbon et débute ainsi avec la braise de poisson. « A mes débuts, ce n’était pas facile. Je venais en route avec mes enfants car j’avais peur de les laisser seuls à la maison. Je devais en même temps vendre et surveiller les enfants. Heureusement, je pouvais compter sur le boutiquier d’à côté. Il m’aidait à garder le plus grand ».

Annabella Nanji exerce ses activités selon les saisons. Elle explique : « En ce moment je braise le plantain et les prunes en journée car ça passe bien. Le soir à partir de 19h, je braise plutôt du poisson. J’arrête le travail à 22h car je dois rentrer préparer la prochaine journée ». La jeune femme ne gagne pas assez, mais parvient à s’occuper de sa famille. « J’ai un capital initial de 50.000 Fcfa. Les bénéfices varient en fonction des jours et des saisons. Pour ce qui est du poisson braisé, je peux faire entre 3000 et 5000 Fcfa de bénéfice par jour. Les prunes ne donnent pas beaucoup de bénéfice, pareil pour les plantains. Un régime de plantain peut se vendre en deux jours, et produire 3000 Fcfa », avoue-t-elle.

Grâce à ces deux activités, elle a pu inscrire ses enfants à l’école et parvient à s’occuper d’eux. « Ce n’est pas facile tous les jours. Parfois j’enregistre des pertes, parfois même je ne vends pas assez pour nous nourrir. Mais c’est mieux que tout ce que j’ai subi lorsque je travaillais chez les gens ». Installée dans une chambre au quartier Elig-Edzoa, Annabella Nanji y paye un loyer de 15.000Fcfa. Quant à son activité, elle loue son espace à 10.000 Fcfa le mois.

Source: Le Jour