Jean-Marie Atangana Mebara : dix-huit ans de prison, trois condamnations, un acquittement ignoré

13422 Jean Marie Atangana Mebara 34 5467 001 Ns 600 Image illustrative

Tue, 21 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Acquitté de toutes les charges en mai 2012, puis immédiatement frappé de nouvelles accusations trois jours plus tard, Jean-Marie Atangana Mebara croupit depuis dix-huit ans à Kondengui. Jeune Afrique reconstitue le feuilleton judiciaire d'un homme que le système a voulu broyer — et qui résiste depuis sa cellule de 12 m².

Le 4 mai 2012, le tribunal rend son verdict : Jean-Marie Atangana Mebara est acquitté de toutes les accusations de détournement ou de tentative de détournement de fonds qui pesaient sur lui depuis son arrestation en août 2008. Un acquittement total, prononcé après quatre années de procédure au cours desquelles, selon les révélations de Jeune Afrique, « on peinait à trouver des témoins ». Pour n'importe quel justiciable ordinaire, cette décision aurait signifié la liberté.

Pour l'ancien secrétaire général de la présidence de la République du Cameroun, elle signifiait le début d'un nouveau cauchemar judiciaire. Trois jours plus tard — soixante-douze heures après son acquittement —, le juge d'instruction formulait deux nouvelles accusations. Mebara restait en détention. La machine ne s'arrêtait pas.

La chronologie judiciaire du cas Atangana Mebara, que Jeune Afrique reconstitue avec une précision documentaire remarquable, illustre un phénomène bien connu des observateurs de la justice politique africaine : l'accusation à géométrie variable, qui se régénère à chaque fois qu'une charge s'effondre.

Premier dossier : le détournement présumé de près de 31 millions de dollars liés à l'acquisition d'un Boeing BBJ-2 neuf, dont une partie aurait servi à louer un avion d'occasion — lequel, ironie cruelle, avait failli coûter la vie au président Biya lors de son premier vol. Pièce centrale de l'accusation : une lettre d'Atangana Mebara confirmant le choix d'une société de conseil en aviation. Acquitté.

Deuxième dossier, ouvert trois jours après l'acquittement : le détournement en coaction de 1,5 milliard de FCFA virés par la SNH à une entreprise américaine pour régler des arriérés de loyers de la Cameroon Airlines. Mais comme le révèle Jeune Afrique, le liquidateur de la compagnie aérienne nationale a lui-même affirmé en audience que la somme a bien été virée et consignée dans les livres de comptes. Le ministère public a maintenu ses accusations malgré tout.

Troisième dossier : le détournement présumé de 121 580 181 FCFA, reliquat d'un crédit mis à disposition de l'ambassadeur du Cameroun aux États-Unis en janvier 2004. L'ambassadeur lui-même, cité par la défense, a soutenu que ces fonds avaient couvert des charges de fonctionnement de l'ambassade. Le nom d'Atangana Mebara y reste judiciairement associé, malgré ce témoignage à décharge.

Le résultat de ces trois dossiers successifs, selon Jeune Afrique : des condamnations à 20 ans, puis 15 ans, puis 25 ans de prison. Des peines qui s'accumulent sur un homme que les tribunaux avaient d'abord acquitté — et qui sont prononcées dans une affaire où les témoins à décharge contredisent systématiquement les accusations du parquet. Une arithmétique judiciaire qui, pour un observateur extérieur, ressemble moins à la justice qu'à une volonté de maintenir indéfiniment derrière les barreaux un homme dont la liberté serait politiquement dangereuse.

Depuis sa cellule de 12 m² au quartier 14 de la prison centrale de Kondengui, Atangana Mebara a choisi une forme de résistance particulière : l'écriture. Deux ouvrages rédigés en détention, dans lesquels il livre sa version des faits et, selon Jeune Afrique, prodigue des conseils à « ceux qui ont quelque raison de penser qu'ils sont dans le viseur ». Sa formule la plus célèbre résume dix-huit ans d'expérience carcérale : « Préparez-vous à franchir la porte du labyrinthe des humiliations et du déshonneur. »

La cruauté supplémentaire du destin d'Atangana Mebara tient à la présence, dans son lieu de détention, d'un homme qu'il tient pour responsable de sa chute : Edgar Alain Mebe Ngo'o, ancien patron de la police camerounaise, lui-même rattrapé par l'opération anticorruption Épervier qu'il avait contribué à mettre en œuvre. Comme le révèle Jeune Afrique, les deux hommes cohabitent à Kondengui tout en continuant de s'éviter. La communauté du destin n'a pas suffi à effacer les rancœurs.

Une image qui dit tout d'un système qui dévore ses propres serviteurs — sans distinction, sans mémoire, et sans remords.

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